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À mourir entre les bras de ma nourrice - Par Eacersall et Scala - Éd. Glénat

Par Akira OIKAWA Favori de la rédaction 13 janvier 2025 
En argot policier, le terme « nourrice » désigne une personne cachant de la drogue ou des objets illégaux en échange d’une rémunération. Dans un HLM de Paris, Fatoumata élève seule ses trois filles. Divorcée et limitée aux petits boulots, elle doit se battre pour vivre. Lorsque les dealers du quartier lui proposent alors de stocker une mystérieuse mallette chez elle en échange d’une somme faramineuse, elle accepte tout de suite. Mais cette mallette est convoitée par beaucoup, et Fatoumata se transforme en cible. Prise en tenailles entre les gangs, la police, et sa propre famille, elle devra se battre seule pour sauver ceux qu’elle aime.

Fruit du duo de scénaristes Mark Eacersall et Henri Scala, déjà connus pour GoSt 111, À mourir entre les bras de ma nourrice est aussi le premier travail de l’illustrateur Raphaël Pavard. Paru chez Glénat en janvier 2025, il est notamment en sélection pour le Fauve Polar SNCF Voyageurs. À la fois roman noir, récit féministe et aventure policière, il propose des personnages très réalistes, dans un récit palpitant qui maintient une tension et un suspense parfaitement dosés.

À mourir entre les bras de ma nourrice - Par Eacersall et Scala - Éd. Glénat
À mourir entre les bras de ma nourrice, p. 15
©Glénat

Première grande qualité du livre, les personnages du récit sont d’un réalisme impressionnant. Les scénaristes ont réussi l’exploit de donner plusieurs facettes très variées à chacun, tout en parvenant à les rendre cohérentes au sein de leurs personnalités respectives. Par exemple, Fatoumata doit jongler entre la mère de famille aimante prête à tout pour défendre ses filles, la nourrice qui doit courber l’échine devant les dealers et la complice de la police qui tente de négocier avec les représentants de la loi. À travers des dialogues très bien écrits et un rythme soigneux, les auteurs parviennent à combiner ces différents rôles, pour créer un personnage extrêmement réaliste que l’on imagine facilement croiser dans l’ascenseur le matin. Le lecteur comprend aisément pourquoi le personnage prend telle ou telle décision, et les péripéties s’enchaînent de manière très naturelle. Prenons un exemple pour bien illustrer ce point.

À mourir entre les bras de ma nourrice, p. 12
©Glénat

Au tout début du récit, Fatoumata est accostée par les dealers du quartier pour garder la mallette, et la décision qu’elle prend de leur obéir est finalement prise sous la pression. Puis, lorsque l’argent commence à arriver dans les poches de la femme de ménage, elle devient plus entreprenante et investit dans son confort, en payant ses loyers en retard ou en achetant un frigo plus grand. Cependant, ce sont ces actions, suspectes au vu de ses déclarations financières, qui vont la mettre dans la ligne de mire de la police. Sa garde à vue et l’accord qu’elle passe avec la police vont alors la mettre dans une situation délicate. Cet exemple est simplifié, mais il montre l’enchaînement fluide d’actions où chaque péripétie s’articule dans la suivante de manière très naturelle. L’impact direct des actions des personnages sur le récit témoignent également de la petite échelle de l’intrigue. Le cadre se limite à quelques appartements, les personnages à quelques membres de la cité HLM et le temps à quelques mois.

À mourir entre les bras de ma nourrice, p. 25
©Glénat

Soulignons également la subtilité avec laquelle les auteurs abordent la moralité. Racontant un récit policier, où le trafic de drogue a ravagé des quartiers entiers de Paris, aucun personnage n’est bon ou méchant dans l’ouvrage. Chacun a ses raisons d’agir comme il ou elle agit, et fait de son mieux pour survivre dans cette cité délaissée pat les pouvoirs publics. Fatoumata est un personnage parmi d’autres, perdu au milieu de ce chaos, et elle fait ce qu’elle peut pour subsister et améliorer sa qualité de vie. Peut-on reprocher à une mère célibataire de vouloir s’assurer que ses enfants survivent ?

À mourir entre les bras de ma nourrice, p. 18
©Glénat

Pour peindre cette fresque humaine, Raphaël Pavard a utilisé de magnifiques illustrations en couleur directe, qui transforment chaque case en tableau. Les teintes aquarelles restent surtout dans des tons sombres, violacés, gris ou verts, afin d’illustrer la moralité floue des personnages. Même lorsque les personnages sont dans la lumière, au supermarché par exemple, ils sont entourés d’un blanc aveuglant. La lumière blafarde et artificielle n’apporte aucune chaleur, et sert uniquement à révéler les secrets que les personnages cherchent à cacher.

À mourir entre les bras de ma nourrice, p. 33
©Glénat

Autre élément graphique très subtil, l’illustrateur fait varier les coiffures de Fatoumata pour montrer le temps qui passe. Comme les lecteurs de Racines le savent, les cheveux sont très symboliques pour les personnes afro-américaines et c’est le cas également ici. D’abord rasée au tout début du récit, Fatoumata laisse ses cheveux pousser tout au long du récit, passant par des coupes courtes, des queues de cheval ou des chignons. Par ce détail discret, l’illustrateur a réussi à donner une idée concrète du temps qui passe, et à montrer l’évolution du personnage. Plus Fatoumata a les cheveux longs, plus elle prend d’initiatives dans l’histoire. C’est un choix simple et subtil, mais très intelligent.

À mourir entre les bras de ma nourrice, p. 40
©Glénat

À mourir entre les bras de ma nourrice propose une histoire policière à l’atmosphère presque intimiste, et aux personnages parfaitement écrits. Eacersall et Scala maintiennent un suspens parfaitement maîtrisé tout au long du livre, et présentent cette cité crasseuse sous un angle étonnamment poétique. Un très beau roman graphique à avoir sur ses étagères. Bonne chance pour Angoulême !

Par Akira OIKAWA

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Code EAN : 9782344031025

À mourir entre les bras de ma nourrice, Par Mark Eacersall et Henri Scala, Éd. Glénat, paru le 10 janvier 2024.

✍ Mark Eacersall ✍ Henri Scala ✏️ Raphaël Pavard tout public Policier, Thriller Tranche de vie Drame Polar chronique sociale Feminisme Vie quotidienne France Angoulême 2025
 
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