Bon
13 janvier 2025
Tout commence chez un homme seul dans son appartement, qui se laisse complètement aller. Absorbé par les images de son téléviseur, il évite tout contact avec autrui. Il accumule les sacs poubelles, les livres et des objets en tout genre, créant ainsi une atmosphère miteuse dans laquelle il se cloître.
Quand vient le jour où il trépasse, une équipe de nettoyage est missionnée pour vider et nettoyer le logis. Dans cette équipe, on retrouve un certain Adel qui vit son premier jour. Étrangement, le jeune homme est attiré par cet endroit. Il ressent une sorte de connexion.
Arborant un style semi-réaliste, l’album alterne entre le noir et le blanc, en plus d’utiliser une association de couleurs vives. Immatériel raconte une histoire, qui possède une dimension métaphysique. Cette dernière montre l’entrecroisement entre le monde réel et le monde spectral. Si les expressions faciales des personnages y sont plutôt minimalistes, plusieurs cases tendent à nous surprendre. Les planches dégagent une aura inquiétante, à la limite du terrifiant.
Plongée dans les méandres de l’isolement social
Le trouble nommé en japonais “Hikikomori” est un des thèmes centraux de cette histoire. Les personnes souffrant de ce trouble restent des mois, voire même des années, sans sortir de chez eux. Un réel isolement social, qui rappelle ce que l’on appelle en Occident la « phobie sociale ». Au cours de ce récit, d’autres thématiques sont abordés, telle que le syndrome de Diogène qui pousse les personnes atteintes à accumuler chez eux - parfois jusqu’à ne plus pouvoir voir le sol, Ce qui peut mener à un train de vie insalubre. L’album met donc en lumière plusieurs troubles, tout en prenant un angle surnaturel. Il met également au premier plan le métier méconnu de nettoyeur, qui est confronté à la mémoire des lieux, ainsi que son quotidien.
Le récit est plutôt mélancolique et nous présente peu de personnages, qui ne sont pas développés. Cependant, l’histoire est bien ficelée et a le mérite de mettre en avant ces troubles pas assez connus. Le syndrome de Diogène par exemple, toucherait une personne sur 2 000 en France. On pourrait qualifier cette œuvre de drame psychologique ; un moment suspendu.
Immatériel instaure une ambiance inquiétante, dans une histoire intéressante qui met en lumière des personnes qui restent dans l’ombre. Soulignons que l’album fait partie de la sélection officielle du prochain FIBDA, qui se déroulera du 29 janvier au 2 février 2025.
Jérôme Dubois est un auteur et dessinateur né en 1989 à Rueil-Malmaison. De prime abord dirigé vers la voie scientifique, le destin et surtout son amour pour la BD - notamment Gaston Lagaffe et Lanfeust de Troy - le pousse à devenir artiste. Après avoir ni plus ni moins échappé de peu à la catastrophe de Fukushima et la tempête Andréa à New York, il publie finalement sa première BD : Jimjilbang. Elle est paru en 2014 chez Cornélius, avec qui il collabore par la suite à plusieurs reprises.
Par Rémi BARNAULT
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Immatériel, paru aux éditions Cornélius, est disponible pour 34,50 €.