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Très bon
28 septembre 2026
Paru aux éditions Jungle en mars 2026, La Légende du Hakutaku est le fruit du travail de l’illustratrice espagnole Alba Cardona. Cette dernière avait déjà travaillé sur Emma et les mauvais éléments avec Holzl au scénario, mais La Légende du Hakutaku est son premier album solo. Détail intéressant, le livre se lit dans le sens oriental, de droite à gauche, témoignant d’une volonté d’en faire un simili-manga. Dans les 176 pages de l’album, la bédéiste y raconte une histoire d’apprentissage et de recherche de soi, le tout en traitant de la perception du handicap.
On y suit Yuki, une jeune fille sourde ayant des difficultés à communiquer avec le reste du village. Pourtant, elle va devoir s’adapter, étant l’héritière du titre de cheffe après la mort de ses parents. Isolé au milieu des montagnes enneigées, le village a moult traditions, notamment le festival annuel visant à repousser le Hakutaku, un démon blanc comme neige dont la présence annonce souvent de grands malheurs.
Treize ans après sa dernière apparition, où il avait réduit le village en cendres, le démon blanc n’est toujours pas réapparu, mais son souvenir hante encore les habitants. Tout change cependant le jour où Yuki, s’éloignant un peu trop du village, rencontre un mystérieux garçon à la peau et aux cheveux immaculés. La jeune fille n’en revient pas ; un véritable Hakutaku vient de se présenter à elle ! Mais pourquoi ne l’attaque-t-il pas ? Et si celui que les villageois avaient craint et haï pendant si longtemps était plus complexe qu’un simple démon sanguinaire ?
Avec La Légende du Hakutaku, Alba Cardona ne propose pas de grande épopée en vingt tomes ou d’histoire ultra-complexe remplie de dilemmes cornéliens. L’album a une histoire simple et fluide qui se lit vite et bien, ce qui n’est pas pour nous déplaire. La bédéiste propose un très bon one-shot jeunesse avec un message d’acceptation de soi et des autres.
Yuki étant sourde, elle a des difficultés à se faire comprendre et à se faire accepter des autres. Même son ancien meilleur ami Dai s’est éloigné d’elle, la plupart des villageois la considérant comme maudite. Comme l’expliquent les pages bonus à la fin du livre, Yuki utilise une langue des signes inspirée de la langue des signes espagnole, un élément qu’on avait déjà pu voir dans des albums comme le Runes de Carlos Sánchez (dont l’un des protagonistes s’appelait aussi Daï, par ailleurs !). Ici aussi, on trouve une syntaxe spécifique à la langue des signes, avec des bulles en pointillés.
La Légende du Hakutaku aborde également une dimension mythologique, en réinterprétant des légendes japonaises. La tradition de jeter des haricots sur des icônes du Hakutaku est une référence directe au « Setsubun » japonais, où l’on jette des haricots secs sur des hommes déguisés en diables pour chasser le mauvais sort.
Le Hakutaku lui-même est un yôkai des légendes japonaises, bien qu’il soit radicalement différent dans le mythe original ; là où le Hakutaku d’origine est un bœuf à neuf yeux et six cornes, Alba Cardona a choisi d’en faire un long dragon blanc, référence évidente à Haku du Voyage de Chihiro. Une réinterprétation de plusieurs légendes et traditions japonaises « made in Spain » qui fera sourire les lecteurs les plus connaisseurs.
On peut souligner le style de l’album qui, dans son dessin comme dans son format, essaie d’être un simili-manga. Le sens de lecture oriental, les chara-designs et les personnages eux-mêmes évoquent très clairement le manga. Yuki et Dai sont des archétypes que l’on retrouve dans plusieurs mangas, avec l’héroïne qui tente de prouver sa valeur aux autres et son ami-rival d’enfance qui est le premier à la reconnaître. Le trait d’Alba Cardona évoque également le manga, en ajoutant par exemple des lignes de vitesse pour accentuer l’action et le mouvement des personnages. L’album est cependant plus grand qu’un manga classique et est en couleurs ; on a donc affaire à un produit hybride dans sa forme.
La Légende du Hakutaku est un album sympathique, une lecture rapide qui entraînera le lecteur dans un conte sur l’acceptation et l’importance de ne pas se fier aux apparences. Pour 15,95 €, il est un peu cher, mais ne vous laissera pas avec le sentiment d’être volé. En plus du livre, vous aurez également une jolie couverture réversible avec une illustration alternative !
Par Akira OIKAWA
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La Légende de Hakutaku, par Alba Cardona, éditions Jungle. Parution le 12 mars 2026. 15,95 €.