Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html

Elizabeth Holleville (Hysteria) : « Je désirais redonner ses lettres de noblesse à l’utérus » [PODCAST]

Par Sévan DUDOGNON 28 septembre 2026 
Elizabeth Holleville publie en cette rentrée "Hysteria" chez Glénat, un roman graphique de 256 pages paru le 26 août 2026. Après "L’Été fantôme" et "Immonde !", l’autrice poursuit son exploration du fantastique et de l’horreur. Elle y suit Garance, une jeune femme qui revient vivre dans l’inquiétant manoir de ses grands-parents et découvre les secrets de sa lignée. Nourri par le cinéma d’horreur et une esthétique Art nouveau, le récit aborde notamment l’emprise familiale et les injonctions faites aux femmes autour de la maternité. Rencontre.

Les premières interviews s’accompagnent toujours d’une petite boule au ventre, d’autant plus lorsqu’on a apprécié l’œuvre de la personne concernée. L’exercice est intimidant. On veut poser les bonnes questions, éviter les redites, être le plus pertinent possible, inviter au débat. Le graal du journaliste, c’est l’exclusivité, capturer un grand moment. Une confession, une illumination. Bref, on se met la pression pour rien alors qu’au final, tout se goupille à merveille.

Elizabeth Holleville (Hysteria) : « Je désirais redonner ses lettres de noblesse à l'utérus » [PODCAST]
© Glénat

Nous sommes invités à rejoindre Elizabeth Holleville dans un petit café de l’Odéon. Le cadre est charmant, l’endroit peuplé de librairies. Nous sommes dans notre élément. Un peu d’avance. Une cigarette à la main, nous échangeons quelques nuages de fumée avec l’autrice et son agente avant de prendre place en haut du café. Nous demandons à baisser la musique, puis nous nous installons autour d’une table. Un climat familial. Une vue dégagée. Le seul hic : le micro… On bloque le téléphone, la faute à un code PIN oublié dans les miasmes du début de la sénilité avançant pas à pas. Le club des 27 nous tend les bras. Ouch.

L’été Fantôme (2018)

En attendant de réparer ce petit problème technique, nous vous proposons un petit exposé de la carrière de l’autrice. Musique d’ascenseur. Elizabeth Holleville effectue des études d’illustration à l’école Estienne, à Paris, puis se spécialise dans la bande dessinée en intégrant l’EESI à Angoulême, où elle évolue au sein d’un vivier de jeunes auteurs. Elle dessine des fanzines et publie de courtes histoires sur la plateforme en ligne Grandpapier, où elle se fait la main. Elle publie son premier roman graphique en 2018 : L’Été fantôme, chez Glénat, un éditeur auquel elle restera fidèle.

Nous revoilà, l’incident est clos. Le micro est toujours bloqué, mais nous trouvons une autre solution : enregistrer tout simplement avec notre téléphone, au plus près d’Elizabeth. Tout baigne. En scène, maestro.

Elizabeth Holleville - Immonde ! (2022)

Lorsqu’on se plonge dans la bibliographie de l’autrice, une chose se démarque : la question d’un passé qui ne meurt jamais. Nan, pas le James Bond. Holleville interroge l’héritage, les blessures qui ne cicatrisent pas, les plaies qui restent ouvertes et suintent par-dessus le pansement. Pas étonnant, au cours de notre échange, que le nom de Stephen King soit lâché dans la cour. L’influence est limpide. Les mêmes marottes. La même science pour croquer des portraits humains, insinuer l’horreur dans la banalité, nous faire cohabiter avec nos fantômes.

Une figure que l’on retrouve comme une rime dans l’œuvre de l’autrice. Le titre de son premier ouvrage en témoigne. Sous ce fantastique aux relents todoroviens se niche un amour du cinéma manifeste. Lynch, Polanski, Aster, Mitchell… La galerie est longue. Tout un tribunal de Grands Anciens donnant une certaine envergure à ses récits. Des influences digérées et recrachées avec tact sur la planche.

Elizabeth Holleville - Hysteria - ©Glénat

Une planche qui profite à son tour d’un crayon proche du noir, au trait épais, rappelant les ouvrages de Charles Burns. Cette même maîtrise du noir & blanc offre chair au malaise sourd, mâtiné de couleurs froides voguant dans les violets et les verts poisseux.

Elizabeth Holleville et son Prix Goscinny de la jeune scénariste 2025
© Kelian Nguyen

À la voir, on aurait du mal à imaginer que sous ce sourire grouillent autant de cauchemars. Un imaginaire animé par des tentacules gesticulant dans des eaux saumâtres où il ne ferait pas bon se baigner sans brassards. Du reste, pas étonnant que le fil de sa mine l’ait trainée à s’attaquer à une autre figure ancestrale de l’horreur : la sorcière.

La réhabilitation de l’horreur folk avec la sortie de Midsommar, lui-même inspiré de The Wicker Man, a su ressusciter un genre que l’on aurait pu croire enraciné trop profondément. Un retour à la terre, mère nature. L’occasion de dialoguer avec un autre sujet qui rampe à la surface depuis la fameuse tentation de « réarmer la nation » par notre cher président : la maternité.

Hysteria dresse donc le portrait de cette injonction, de cette pression démographique absurde face à un avenir incertain. Le thème naît également (sans mauvais jeu de mots) d’une constatation dans son cercle d’amies. Holleville avait à cœur d’esquisser une histoire mêlant intime et politique, terreur et tradition. Le fantastique, comme elle nous l’explique, lui permet de mieux saisir ces sentiments nébuleux qui pèguent sous le crâne, difficilement avouables ou curieusement tabous.

Boulevard of Broken Nightmares
Elizabeth Holleville - Hysteria - ©Glénat

À terme, la volonté était surtout de redonner son titre de noblesse à l’utérus et à sa figure d’immortalité. De l’arracher à ce monstre qu’en ont fait les thérapeutes du début du XXIe, épinglant à son nom celui d’hystérie.

Ou comment redorer l’image de la féminité à grands coups d’incantations alchimiques et de songes brumeux. La couverture campe l’ambiance. Les 240 pages qui suivent le confirment. Un travail minutieux qui affirme la voie de Elizabeth Holleville comme un incontournable de l’horreur française.

Le temps passe, les questions défilent. Le carnet se vide. Et trois gorgées de limonade plus tard, l’entretien se clôt. Nous coupons le micro (oups, le téléphone) et continuons de discutailler un peu, de tailler le bout de gras autour des nouvelles sorties cinéma. Chacun repart de son côté avec une nouvelle liste de films à rattraper. Une dédicace personnalisée sous le bras, rendant l’album d’autant plus précieux.

Par Sévan DUDOGNON

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN : 9782344056172
CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Sévan DUDOGNON  
A LIRE AUSSI  
Interviews