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Excellent
5 octobre 2026
Un assassin vole sur les toits de la capitale. Une orpheline aux cheveux bleus s’est échappée. Un commissaire mène l’enquête. Le pulp rejoint le roman noir dans ce polar ambitieux. En ceci, l’ouverture avec un narrateur n’est pas un hasard. Grand trope du film noir américain des années 40-50’s, on y retrouve par la même occasion cette ambiance poisseuse et vénéneuse où la politique se mêle aux injustices dans un vaste échiquier géopolitique. La transposition et condensation des modèles et archétypes du hard-boiled sont délivrées avec un panache contagieux.
Des faubourgs pestilentiels aux calèches gitanes décrépies, en bifurquant dans les corridors décadents d’un palais royal, les manigances pullulent dans la cosmopolite tentaculaire de Dead Train, sorte de Paris fantasmée dans laquelle règne l’Onirium, une drogue gangrenant l’entièreté de la population. A défaut d’un monde meilleur, le gouvernement se charge (gracieusement) de répandre de quoi oublier. L’opium du peuple.
D’ailleurs, ce triangle géographique sous lequel se construit une autorité corrompue jusqu’à l’os converge vers le même sens : la recherche active de l’orpheline, laquelle serait, dit-on, dotée de pouvoirs mystiques, une magie noire puissante à même de défaire les instances, allumer la flamme de l’insurrection.
La parenté avec l’univers de Caro & Jeunet ne serait que fortuite. Toutefois, le duo Wallace & Le Turk nous livre un album où la caricature se marie superbement à l’ambiance steampunk rouillée, très proche du magnifique La Cité des Enfants perdus. Sous couvert d’une fiction juteuse, le tandem esquisse un écho plutôt ténu avec notre propre monde en mutation, divisé par moult tensions politiques défigurant nos rues. En cela, le trait de Le Turk, tout en déliquescence et où les influences se télescopent en nombre, épouse avec un malin plaisir cette hétérogénéité.
Bien que l’introduction dans ce monde en vase clos peut laisser perplexe au premier abord, notamment en ce qui concerne la truculente brochette de personnages et son style si chargé, une fois dépassée cette acclimatation, l’univers reste en tête. Sa singularité fait sa force, au même titre que son travail d’ambiance prêtant une épaisseur considérable à son univers grouillant de salopards et d’anges déchus.
D’un autre côté, le scénario de Le Turk, accompagné de Wallace, crache comme un chargeur au stand de tir. Ses dialogues sont ciselés et son vocabulaire bien beurré, fournissant un sacré relief à ce premier tome. Sans l’ombre d’un doute, la mise en scène participe à ce sentiment d’ampleur. Un élément comparable à son exercice de séquençage hypnotique aussi bien dans sa manière de traduire l’action que de mettre en remous cet univers.
Tout est diablement malin et efficace. Le binôme ne tarit pas d’imagination quand il est question de nous prodiguer des séquences mémorables.
Imprimant notre rétine, bousculant nos attentes, forgeant toute une histoire nous maintenant en haleine, Wallace & Le Turk signent probablement l’une des plus belles réussites de l’année. Une œuvre à la lisière des styles et des inspirations graphiques qui corrompent la narration comme notre cœur. Plus qu’à ronger son frein en attendant la sortie de la Face B.
Par Sévan DUDOGNON
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