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Très bon
22 septembre 2026
Tout commence en 2016 : souhaitant montrer une image de l’Afghanistan autre que celle d’un pays miné par l’imposition de la charia et les conflits ethniques, elle découvre l’ANIM, créé par l’ethnomusicologue Ahmad Sarmast. Cet institut était alors un véritable sanctuaire : un lieu d’éducation mixte, ouvert aux enfants de toutes les ethnies (tadjike, ouzbèke, pachtoune, hazara), où la musique classique occidentale et les traditions afghanes cohabitaient. Pour ces jeunes filles, souvent issues de milieux modestes ou conservateurs, apprendre un instrument, jouer en orchestre et se produire en public représentait bien plus qu’une activité artistique : c’était un acte d’émancipation, un espace de liberté et de construction de soi.
Le récit suit leur parcours : la découverte de la musique, les répétitions, les premiers concerts, les obstacles familiaux et sociétaux, puis la bascule de 2021. Avec le retour des talibans, la musique (surtout pratiquée par des femmes) est sévèrement contrôlée, et parfois prohibée. L’orchestre Zohra, symbole d’un Afghanistan en reconstruction, se retrouve contraint à l’exil. L’album raconte cette trajectoire collective et individuelle, entre espoir, résistance et reconstruction ailleurs.
Sarah El Younsi privilégie la parole et le choix des jeunes musiciennes elles-mêmes. Comme elle le résume : « C’est une histoire d’émancipation. Ces filles ont eu des opportunités, mais elles ont surtout choisi leur destin. » Cette phrase pourrait servir de manifeste à l’album. Le scénario articule intelligemment le collectif (la vie de l’orchestre, le rôle de l’ANIM, le contexte politique) et l’intime (les trajectoires individuelles, les doutes, les joies des concerts, la douleur de l’exil). On comprend concrètement ce que la musique a représenté comme refuge et comme outil de résistance face à un ordre qui veut effacer les femmes de l’espace public. L’album évite aussi de réduire les jeunes Afghanes à des victimes : il montre leur talent, leurs ressources et leur détermination.
Le récit, très documenté, peut parfois pencher vers le témoignage plutôt que vers une pure narration fictionnelle, ce qui est cohérent avec le projet mais demande une attention soutenue.
Graphiquement, le dessin est photoréaliste : il semble être directement inspiré du travail documentaire de l’autrice. Les scènes de concert et de pratique instrumentale sont particulièrement réussies : on y sent la concentration, le plaisir partagé et la puissance symbolique de ces filles qui jouent ensemble.
L’album apporte ainsi une focale précieuse : celle de jeunes femmes qui ont fait de la musique un acte politique et existentiel, qui donne à voir une facette de l’Afghanistan absente des médias.
Par Damien BOONE
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