Yann Cozic : « C’est une vraie récompense et j’en suis très ému » [INTERVIEW]

Par Rémi BARNAULT 4 février 2025 
Après avoir illustré la série Erwann chez Jungle, Yann Cozic s'est lancé dans son tout premier projet solo : Mardival. Ce récit médiéval raconte l'histoire de Moira, une jeune servante du château, qui un jour se voit renié. Durant son exil, elle va faire la connaissance de Grégoire, un soldat déserteur activement recherché. Mêlant recherche de soi et quête de justice, cet album a obtenu le Fauve des collégiens, lors du festival d’Angoulême 2025. Le jeune auteur revient ici sur le succès de cet album et son histoire.

Ça faisait un moment que vous vouliez vous lancer sur un tel projet ?

J’ai commencé chez Jungle avec la série Erwan, aux côtés de Cédric Mayen au scénario, où je ne faisais que le dessin. C’est vraiment le projet qui m’a lancé dans la bande dessinée. Ça m’a beaucoup appris et permis d’évoluer. Je ne me sentais pas forcément de faire mes propres BD, mais je me suis senti prêt à faire mes propres scénarios à force de tester des petits pitchs, de créer un ensemble, des enjeux. Mon envie est devenue de plus en plus forte et je me suis lancé avec Mardival.

Vous avez fait un BTS Design Graphique, puis un DNAP en Images Animées. Vous avez donc étudié l’art, mais comment en êtes-vous arrivé à la BD ?

Le dessin a toujours été un objectif pour moi. Il faut faire des études après le baccalauréat. Je m’orientais donc vers des diplômes, qui se rapprochaient le plus de ce que j’aimais bien et qui pouvaient éventuellement apporter des débouchées, c’est-à-dire le graphisme avec le BTS. J’ai fait effectivement une formation en animation 3D, qui était déjà beaucoup plus proche de ce que je voulais faire. Le projet Erwann s’est lancé à ce moment-là et je l’ai entamé juste après mon diplôme. Soit je faisais de l’animation, soit de la BD. J’ai eu cette opportunité pour la BD, donc j’ai foncé et maintenant je continue.

Dans Mardival, Moira est rejetée par son monde, mais elle trouve une forme d’émancipation au fur et à mesure du récit. Pourquoi avoir choisi ce thème, et quel message vouliez-vous transmettre ?

C’est sûr qu’il y a chez Moira cette forme d’émancipation. Elle grandit en faisant ce voyage. Il y a aussi l’idée de trouver sa place. Au début au château, elle n’est pas à sa place. Elle a envie de faire partie de ce monde là, mais elle a l’impression de gêner, qu’elle est de trop. L’histoire est comme une boucle de voyage où elle évolue.

Pourquoi une histoire sur le moyen âge ?

J’avais des influences à ce moment là. J’étais en train de jouer à The Witcher 3, de baigner dans cet univers, et je me disais que ça serait génial de faire une BD qui se passe au Moyen-Âge. Un BD qui soit comme de la dark fantasy pour les enfants. Après, je ne suis pas un expert du Moyen-Âge, donc ça reste assez approximatif.

Il y a donc une influence de Johan et Pirlouit de Peyo ?

Ouais, c’est surtout le souvenir que j’en avais, comme pour les Schtroumpfs. C’est le coté médiéval cartoon, un peu rétro. Je ne peux pas faire autrement, que mixer mes influences manga et la BD franco-belge, avec laquelle j’ai grandi.

La mère de Moira semble être décédée au début du récit, mais ce n’est pas tant explicite. La jeune fille travaille ensuite au château.

J’ai essayé de mettre le plus d’indices possible, pour qu’on comprenne qu’elle n’est plus là. Déjà, elle est souffrante au début. Il y a une espèce de transition, à un moment où Moira pleure à la suite de ça. On se retrouve après dans la cuisine du château, où on a encore des pleurs. Mais là, ce sont ceux de la dame à côté d’elle qui épluche les oignons. J’ai essayé de faire une transition pareille pour représenter une sorte de deuil, comme ce n’est plus Moira qui pleure. Il y a aussi un petit côté humoristique. J’ai essayé de ne pas le dire clairement, mais on est censé pas trop avoir de doutes après.

Combien de temps a pris la création de Mardival ?

Pour faire les pages, le storyboard, le dessin et la couleur, on va dire une bonne année. Mais je pense qu’avant tout, il faut compter quelques mois de réflexion. Comme je faisais d’autres choses en même temps, c’était assez long.

Le nom Mardival, titre du livre et patronyme du royaume présent dans cette histoire fait penser légèrement au mot « Médiéval ». Est-ce fait exprès ?

Oui exactement. À la base, c’était un nom provisoire qui était un mixte de plusieurs autres noms et avait une certaine sonorité, comme Perceval par exemple. Mais je ne savais pas encore quelle place ça allait avoir dans le récit. Finalement, j’ai décidé de l’utiliser en nom propre dans la BD.

Le nom de la protagoniste signifie “destin” en grec. Est-ce pour cela que vous avez choisi ce nom ? Est-ce en lien avec sa destinée ?

C’est sûr que ça sonne bien. Ça marcherait bien, mais non (rire). Je ne suis pas forcément dans la symbolique des noms. Je m’étais un peu renseigné sur les noms un peu moyenâgeux, comme Grégoire (autre personnage de la BD, ndlr).

Vous avez obtenu le Prix des collèges du festival d’Angoulême cette année pour votre premier album solo. Ça vous fait quoi ?

(rire) C’est vachement bien, c’est génial même, mais en même temps ça fait bizarre. Que cette BD ait plus à tant de collégiens, c’est une vraie récompense et j’en suis très ému.

Avez-vous d’autres projet désormais ?

Oui j’ai d’autres idées. Je veux continuer de faire de la BD, je développe des choses. Ça prendra le temps que ça prendra. J’aime bien quand même avancer, ne pas rester trop de temps sans projets. Ce qui me permet de prendre un peu mon temps, c’est qu’à côté je fais des commandes d’illustrations pour la presse, notamment pour Bayard. C’est l’équilibre que j’ai trouvé entre les longs projets de bandes dessinées et les petits projets courts. Ça me permet de gagner un peu d’argent, avec les commandes d’illustrations pour la presse.

Une suite de Mardival serait-elle envisageable ?

C’est pas prévu. Si ça arrive, ça pourrait être chouette, il y a déjà eu des réflexions à ce sujet. À la base, c’était un projet de one-shot qui me faisait du bien aussi, comme à côté j’ai la série Erwann que je dessine et aime beaucoup. On peut s’arrêter un peu comme on veut dans la série, mais j’aime bien l’idée de faire des one-shot et faire complètement autre chose dans le bouquin suivant. Je ne suis pas hyper attaché au médiéval.

Pensez-vous un jour faire un projet plus axé adulte ?

Oui, je ne me l’interdis pas du tout. Je n’ai pas forcément envie de m’enfermer dans la jeunesse. Pas que ça soit désagréable, au contraire, c’est cool. J’ai un peu développé mon dessin pro, celui qui me sert à gagner ma vie dans un style jeunesse, mais c’est cohérent aussi avec ce que j’aime faire. Je ne suis pas un gros dessinateur classique semi-réaliste ou réaliste.

Donc je vais aller plus facilement vers des récits pour enfants. Et même si des fois j‘imagine des projets pour adultes, je les transforme pour les rendre plus accessible pour les plus jeunes. En fait, j’ai l’impression que je peux me permettre une certaine naïveté un peu marrante en jeunesse. C’est ce que j’ai essayé pour Mardival. En tant que jeune scénariste et jeune auteur, c’est cohérent avec la façon dont j’écris. Je ne suis pas encore prêt par exemple à imaginer des polars ou des intrigues géo-politiques hyper complexes. J’aime bien la décontraction dans l’écriture.

© Glénat.

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