Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Très bon
17 septembre 2026
Après avoir conclu l’histoire de Fleur dans les tomes 1 et 2 et celle de Mia dans le tome 3, Manon (Henaux) et Greg Blondin reviennent avec un nouvel opus de (Dé)rangée, toujours aux éditions Bamboo. Dans ce quatrième volume, les auteurs adoptent un point de vue beaucoup plus jeune que dans leurs œuvres précédentes. Là où les trois premiers tomes exploraient le monde du travail et des responsabilités des adultes, la protagoniste est cette fois-ci une adolescente de troisième, ce qui ancre pour la première fois la série dans un contexte scolaire. Avec le tome 3, Manon et Greg Blondin avaient changé le format de la série pour en faire des oneshots autonomes qui partagent un même concept, celui de la voix dans sa tête qui prend vie. Ce nouveau format pourrait donc permettre d’alterner entre des perspectives plus variées. Mais ne faisons pas de plans sur la comète, examinons d’abord ce tome 4.
Première grande différence entre ce volume 4 et le reste de la série, c’est le postulat de base. En effet, Rose a ici affaire à deux voix qui prennent forme humaine, au lieu d’une seule dans les tomes précédents. Là où Line agissait comme une coach de développement personnel pour Fleur et la petite fée du tome 3 (surnommons-la Papillon, si vous avez lu le tome 3 vous comprendrez) matérialisait les regrets d’enfance de Mia, les deux fées de Rose représentent les divers conflits intérieurs que la jeune fille ressent. La première, appelons-la « fée joyeuse », est toujours enthousiaste et surexcitée, poussant Rose à se lever le matin et à voir les révisions du brevet comme une opportunité et non une corvée (oh, joie…), tandis que la deuxième, la « fée Goth », traîne devant son lit pendant qu’elle dort pour l’encourager à affronter ses cauchemars et ses doutes. La vie n’est donc pas de tout repos pour la pauvre adolescente qui tente tant bien que mal de jongler entre ses cours, son père psy, sa grande sœur partie à l’université, et les rares souvenirs qu’elle a de sa mère. Au cours des quelque 128 pages, Rose va devoir apprendre à prendre confiance en elle et à ne plus se mentir à elle-même. Tant que son alter ego, l’autrice Pétales Noirs, n’est pas démasquée, tout ira bien… pas vrai ?
Lorsque nous parlions de (Dé)rangée sur ActuaBD, il y avait un mot qui revenait toujours : « feelgood ». Notre rédactrice Gaëlle Bédis avait même intitulé sa deuxième partie « Un bijou d’humour qui fait du bien au moral ». Comment (Dé)rangée maîtrise-t-elle si bien ce genre, tout en parvenant à se renouveler ? Les réponses sont multiples, mais la plus claire à nos yeux est celle-ci : chaque album a pour but de réparer quelque chose. Là où d’autres albums arrachent leurs protagonistes à une vie tranquille pour les jeter tête première dans l’aventure, les personnages de (Dé)rangée atteignent la bonne fin lorsqu’ils arrivent à une forme de stabilité. Fleur avait besoin de trouver un équilibre en prenant soin d’elle pour elle-même au lieu de vouloir plaire aux autres, Mia avait besoin de se ressourcer en acceptant pleinement son âme d’enfant, Rose a besoin de comprendre que les causes de ses peurs peuvent devenir ses plus grandes forces. Avec une recette de base qui fonctionne si bien, pas étonnant que les auteurs arrivent à établir une atmosphère « feelgood » malgré le changement de personnage, surtout avec le trait doux de Greg Blondin pour porter le tout !
Autre leitmotif intéressant de (Dé)rangée, c’est que chaque album est une ode à la création. Fleur s’est lancée en tant que rédactrice dans le tome 1, Mia renoue avec sa passion pour le dessin afin de mieux alimenter son travail de designer, et Rose cherche elle aussi à écrire des histoires. Intéressant donc de voir ces histoires racontées au format BD, un médium de création où le texte et les dessins dialoguent constamment. Toutes les voix qui ont pris forme humaine (ou devrions-nous plutôt dire forme féérique ?) invitent leurs protégées à se lancer dans quelque chose qui les fait réellement vibrer, quelque chose qui donne plus de sens à leur vie que l’incessante routine du métro-boulot-dodo. En bonne BD « feelgood », le message est toujours rassurant : ça va bien se passer. Un message toujours agréable à entendre.
Avec ce tome 4, (Dé)rangée continue donc sa lancée en tant que série « feelgood » qui donne avec douceur et humour la parole aux voix dans nos têtes qui en ont marre d’être ignorées. Maintenant que la série semble avoir trouvé son rythme de croisière, avec une histoire différente par volume, on peut se demander quelles variations les auteurs trouveront pour la suite. Après trois tomes à avoir surtout suivi de jeunes personnages, peut-être verrons-nous des histoires sur des femmes plus âgées ? Une retraitée qui discute avec sa voix intérieure de la vie qu’elle a vécue, une mère laissée à elle-même après le départ de ses enfants pour vivre leurs propres vies, une globe-trotteuse qui n’arrive pas à trouver son chez-soi, les pistes sont infinies ! ActuaBD ouvre l’œil !
Par Akira OIKAWA
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
(Dé)rangée, par Manon et Greg Blondin, éditions Bamboo. Parution le 26 août 2026. 17,90 €.