Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Pas mal
6 octobre 2026
Blanche Peyron avait tout pour elle. Fille d’une famille aisée, elle était destinée à la vie mondaine, à côtoyer les comtesses et les princesses, puis à épouser un bon parti et fonder une famille. Mais l’Histoire n’en a pas voulu ainsi. Blanche a voulu changer le monde. Inspirée par une certaine Kate Booth, fer de lance d’une « Armée du Salut », elle rejoint les rangs de dizaines d’autres femmes qui cherchent à se battre contre la misère et l’injustice. Progressivement, Blanche prend du galon au sein de l’Armée, jusqu’à en devenir l’une des figures clés ; c’est sous son commandement, et celui de son mari Albin Peyron, que l’Armée du Salut viendra en aide aux victimes lors de la Première Guerre mondiale. Alors que le Palais de la Femme, que Blanche Peyron rachète en 1926 pour y héberger des femmes et des familles dans le besoin, fête son centenaire, Marie-Laure Marshall (scénario) et Christophe Girard (dessin) mettent en pages son histoire.
Blanche, une victorieuse, de son titre complet Blanche, une victorieuse - naissance d’une armée contre la misère (en référence au roman Les Victorieuses de Laetitia Colombani), est paru chez l’éditeur catholique Bibli’O en octobre 2026, en partenariat direct avec l’Armée du Salut et le Palais de la Femme. Le but ? Raconter la vie de Blanche Peyron, figure de proue de l’Armée du Salut en France.
Une vie qui doit tenir en seulement 130 pages ! Il est donc naturel de retrouver ici la verbosité et l’avalanche de contexte historique vues dans énormément de biopics. Les conséquences de la guerre de 1870, les tumultes qui ont marqué la fin du XIXe siècle, la IIIe République, la Première Guerre mondiale, Blanche a vu l’Histoire s’écrire sous ses yeux ! Pour les plus studieux d’entre vous, la vingtaine de pages de fin, remplies de contexte historique et de fiches de révision, saura sûrement vous satisfaire. Pour le reste d’entre nous, il faudra parfois plisser un peu les yeux pour lire toutes les explications historiques dans les marges.
Là où Blanche, une victorieuse trouve son plus grand intérêt, c’est que l’album retranscrit bien la philosophie de l’Armée du Salut. Que vous soyez d’accord ou non avec le message de Blanche Peyron, ce dernier reste toujours d’actualité cent ans après. Lors du lancement de l’album au Palais de la Femme, le directeur du Palais, Christophe Piedra, a inauguré la salle Blanche Peyron en décrivant sa philosophie comme « une révolte » et « une audace », un refus de rester discret et silencieux.
Là où beaucoup de mouvements sociaux et/ou religieux cherchent à susciter la pitié et la générosité des passants, Blanche n’a pas hésité à crier, à chanter fort, à aller exiger directement des plus puissants les moyens d’aider ceux qui sont dans le besoin comme il se doit. À notre époque tendue, où les inégalités ne font que se creuser, il n’est pas inutile de se rappeler que le changement est aussi passé par des gens qui ont osé hausser la voix.
Déjà habitué aux biopics avec La Dernière Nuit de Mussolini et aux récits féministes avec La liberté dans le sang, Christophe Girard retrouve son style graphique réaliste, héritier direct de la ligne claire aux tons beiges et gris. L’illustrateur a expliqué lors de la table ronde avoir pris des peintures et illustrations d’époque, avant de les pixelliser jusqu’à n’avoir plus qu’une dizaine de couleurs qu’il a ensuite utilisé pour sa palette.
On trouve également plusieurs références à des œuvres d’art connues, comme le Sans asile de Fernand Pelez de Cordova, complètement assumées par le dessinateur. Hormis certains regards qui louchent ou regardent dans le mauvais sens et quelques proportions un peu étranges, le style de dessin reste tout à fait acceptable et dans la continuité de ce que proposait Christophe Girard dans ses précédents albums.
Fresque historique, album féministe, ode à la résilience humaine, Blanche, une victorieuse est un condensé de la philosophie de l’Armée du Salut. L’album présente Blanche comme une combattante qui représente parfaitement ce que veut dire être un soldat de l’Armée du Salut. À vous de voir si c’est un message que vous êtes prêts à lire pendant 130 pages. Notons que, sur les 25 euros que coûte chaque album, 2 euros seront reversés à l’Armée du Salut ; c’est au moins la garantie que votre achat soutiendra une bonne cause.
Par Akira OIKAWA
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Blanche, une victorieuse, par Marie-Laure Marshall et Christophe Girard, éditions Bibli’O. Parution le 2 octobre 2026. 25,00 €.