Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Excellent
9 septembre 2026
Au Punjab, Jaspreet dit au revoir à ses parents avant de prendre un train pour son intégration dans l’armée au Sikkim. Il n’a pas l’air d’avoir déjà été loin de sa maman et il pressent que le choc sera rude. A Delhi, Sangay se perd dans le dédale du métro pour trouver le quartier Tibétain. Il se rend à la chambre d’agriculture pour défendre son dossier. Eleveur de yaks, il se bat pour la survie de son troupeau, victime du manque de diversité. Aussi à Delhi, Pema termine son cours de botanique en tant que professeur à l’université. Elle prépare son voyage pour le Sikkim dans le but de régler tous les documents administratifs suite au décès de son père. Elle va retourner à Gangtok ou elle a grandi et mettre en vente sa maison.
Ainsi commence ce volumineux roman graphique. Le rythme est posé, lent, et cette mise en place se fait avec des scènes suivant sans parole les personnages qui peuvent s’étaler sur trois à quatre pages, remplis de détails de la vie quotidienne, qui, loin d’être ennuyeux, rendent la lecture toujours douce et intéressante.
Le premier point commun de nos trois protagonistes va être leur découverte de l’absurdité d’un système. Et si la culture Indienne est bien différente de notre culture occidentale, on se retrouve assez facilement dans les problèmes administratifs et de réglementation que subissent Jaspreet, Sangay et Pema. Jaspreet découvre l’armée, les patrouilles, le froid et l’inutilité totale de sa présence en haute montagne pour surveiller une frontière.
Toutefois, il va aussi découvrir l’histoire de Harbhajan Singh, jeune soldat mort il y a des décennies et devenu martyr puis objet d’un culte. Sangay va découvrir tous les freins qu’induisent ces nouvelles frontières, notamment l’impossibilité de communiquer avec les autres communautés d’éleveurs, pourtant comme le faisaient ses ancêtres depuis des générations. Il comprend doucement mais douloureusement qu’il est peut-être un des derniers éleveurs dans sa région. Pema découvre quant à elle les lourdeurs administratives pour se faire reconnaître comme la fille de son père récemment décédé. Elle va notamment découvrir qu’elle doit fournir un certificat de non-mariage pour prouver qu’elle reste bien appartenante à sa communauté de naissance.
L’histoire nous entraine dans leurs pas et l’on se rend compte qu’ils traversent toutes ces épreuves avec calme et sagesse. Les choses avancent lentement, mais sûrement. Leur second point commun est de se trouver au cœur de cette crue glaciaire surprise.
Ils vont être témoins d’une catastrophe environnementale et humaine ; devront se battre pour survivre et se déplacer ; assister impuissants à la destruction de maisons et à la perte de nombreuses personnes dans cette crue éclaire. Ils ne seront pas surpris de cette situation, sans doute moins naïfs et hypocrites que nos politiques occidentaux qui font mine de découvrir l’ampleur de la catastrophe climatique, pourtant annoncée et rabâchée depuis des décennies. Ils savent qu’elle est vue comme exceptionnelle aujourd’hui, mais demain, elle ne sera plus que la première d’une longue série.
Et pour cette région, la sentence est lourde, subissant la double peine d’un réchauffement climatique global mais aussi de mauvais choix locaux, comme le barrage hydroélectrique dont le père de Pema était un farouche opposant.
Qui plus est, le scénario s’inspire au plus près de la vie du Sikkim, puisque Pema Wangchuk Dorjee est un journaliste de la région, lequel chronique son quotidien depuis une trentaine d’années. Il a enseigné à Gangtok, ville où se passe partiellement l’histoire. Il a écrit plusieurs livres sur la région et ses croyances, mais aussi sur l’impact du réchauffement climatique et sur les projets hydroélectriques, au cœur de cet ouvrage.
Le dessin de Simon Lamouret, aussi co-scénariste, est doucement réaliste et les personnages sont aux traits simples et facilement identifiables. Tout est représenté avec un trait d’encre noire épais, et les nombreux décors sont précis et plongeants, donnant une impression d’immersion dans ces immensités Himalayennes.
Les pages aux très nombreuses petits cases donnent un rythme de suivi des gestes quotidiens tout en douceur et en contemplation. On passe de temps à autre soudainement à une pleine page et l’on s’arrête pour admirer le paysage avec le personnage.
Après des études à Strasbourg, il a vécu en Inde à Bangalore et a rencontré le scénariste à Gangtok où ils ont élaboré l’histoire ensemble, en se basant sur différents récits sur la vie locale.
Ses albums précédents, dont l’action se situait aussi en Inde, montrent sa connaissance et sa passion pour ce pays. On notera une mise en couleur pleine de nuances, au rendu très aquarelle, avec de nombreux dégradés pastel qui apportent une grande douceur aux images.
Par Laurent MENUT
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Sikkim Stories - Par Simon Lamouret et Pema Wangchuk Dorjee. Ed. Sarbacane