Angoulême 2025 - Bilan et perspectives : quel est le « plan B » ?

Par Didier PASAMONIK 4 février 2025 
Il faut le reconnaître : la 52e édition du Festival international de la BD d’Angoulême a été une réussite : grande qualité des expositions et des événements, la file devant les plus grandes expositions, en particulier celles des auteurs de mangas, et puis surtout le soleil qui a été présent de jeudi à dimanche. Reste cette ombre au tableau : L’Humanité révélant une enquête qui entachait quelque peu la réputation de l’événement et surtout de son dirigeant, M. Franck Bondoux. L’avenir du FIBD est-il menacé ?

Dimanche soir, Franck Bondoux pouvait être satisfait. En dépit de l’augmentation conséquente des billets d’entrée (parfois + 30% depuis l’année dernière), la foule était présente dans toutes les allées du Festival et devant les expositions. Les trois jours de soleil sur la Charente, certes quelquefois entrecoupés de crachin, y ont été pour quelque chose mais pas que : la programmation, riche et variée, était à la hauteur.

Une semaine auparavant, tout était à craindre. La météo annonçait une tempête sur la Charente en début de semaine et le quotidien L’Humanité publiait une enquête accablante pour le Festival. La bourrasque météorologique a été courte et pas bien méchante ; en revanche, tout le monde à Angoulême commentait l’article signé Lucie Servin. Nous vous avons parlé de tout cela. Sur le terrain, coups d’éclat et tracts en soutien à la parole de Chloé se sont multipliés.

Dans un article du Parisien, signé Christophe Levent, daté de lundi, (réservé aux abonnés), le ton est différent. Franck Bondoux, qui a préféré ne pas répondre dans le feu de l’événement, y réfute tous les éléments point par point :

–  Le sponsor vendeur de burgers, en l’occurrence Quick ? Il botte en touche en prenant comme exemple le Centre National du Livre (CNL), dépendant de l’Etat, qui lui aussi a recours pour son événement « Partir en livre » à un vendeur de burgers, en l’occurence McDonald. Dès lors, pourquoi pas le FIBD ?

–  La perte de 250 000 euros ? Elle est couverte, dit-il, par des fonds propres supérieurs qui permettraient selon lui d’assurer cette mauvaise passe.

–  L’opacité de la gestion mise en exergue par la Cour régionale des comptes ? il ne la récuse pas, mais souligne que sa gestion n’a fait l’objet d’aucune plainte de la part de cette administration et que certaines de ses demandes (par exemple, la valorisation des apports en nature des collectivités), étaient « illégales ». Voilà qui a tout l’air d’être un sophisme...

–  L’affaire du viol de « Chloé » (nom d’emprunt) enfin, est selon lui une affaire distincte des motifs du licenciement de la victime justifié par un comportement inapproprié dans l’entreprise.

Dans toute la ville, les soutiens à Chloé ont fleuri.
Photos : Kelian Nguyen

Bondoux préfère mettre en avant un bilan positif depuis qu’il est arrivé au poste de délégué du FIBD 2007. De fait, sa professionnalisation, son rayonnement international, l’importance croissante de l’événement dans les deux décennies écoulées sont à mettre à son crédit.

Cette année encore, les expositions, travail des directeurs artistiques Marguerite Demoëte et Fausto Fasulo, étaient de grande qualité. Les problèmes liés aux flux émanaient essentiellement du succès des fréquentations. Évidemment que les Prix remis suscitent des mécontentements, mais c’est le lot de tout palmarès, par essence perfectible.

Fausto Fasulo et Marguerite Demoëte, les directeurs artistiques du FIBD.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
Anouk Ricard traquée par les photographes
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
Le marché des droits réunit un grand nombre d’éditeurs internationaux
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
Ces dernières années, avec le succès des mangas, le FIBD a considérablement développé sa section "Asie"
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

« Langue de bois »

Mais il n’a pas échappé à Marius Chappuis de Libération que ces réponses relevaient de la langue de bois.

Quick sponsor ? Soit. Ajoutons même, tant mieux : une restauration rapide sur le FIBD étant la bienvenue. Mais sa présence a été massive : sur les affiches, dans le centre-ville, dans le quartier jeunesse. C’est du jamais vu ! Doit-on en passer par là ? La question se pose. L’hostilité de certains éditeurs est palpable.

La perte de 250 000 € est plus préoccupante : c’est la première fois depuis de longues années. En un an ? Il s’agit quand même de près de 70% des fonds propres, c’est énorme, quand même. Si cette perte devait se répéter, la faillite serait assurée, et avec elle un préjudice pour tous les financeurs directs et indirects de la manifestation. On aimerait avoir une explication sur l’origine de ces pertes pour évaluer si elles sont ponctuelles ou systémiques. Voilà qui égratigne quelque peu la réputation de « bon gestionnaire » de 9eArt+.

L’affaire du viol et de sa gestion par 9eArt+ ? Elle serait prise en compte par la mise en place d’une commission d’enquête indépendante qui statuerait sur les circonstances de cette agression et son traitement par l’entreprise. Franck Bondoux s’y est engagé auprès du Grand Jury du Festival et auprès de ses partenaires économiques.

Une campagne soutenue par les éditeurs alternatifs a déferlé sur les réseaux sociaux
DR
Quick, sponsor du Festival, est-il compatible avec la culture ?
Photo : Kelian Nguyen

Public/privé : quel équilibre ?

La question de la présence des fonds publics dans la gestion du FIBD est plus cruciale. S’ils dépassent les 50% du budget de l’événement, ils doivent faire l’objet d’un appel d’offre sur toutes les dépenses, à commencer par celle qui concerne le prestataire de la manifestation : 9eArt+.

Bondoux annonce que le financement public est à 44% du budget.

Dans ce financement public, il y a les concours en numéraires (et ils sont nombreux : Ministère de la Culture, CNL, DRAC, Ville d’Angoulême, Région, Département, Agglomération, etc.) et en nature : tous les lieux d’expositions, le théâtre ou la Salle de Presse sont prêtés peu ou prou par les collectivités (Mairie, théâtre, Espace Franquin, Musée d’Angoulême, Espace Saint-Simon, Médiathèque Alpha, etc.), de même qu’une partie des services municipaux.

Valoriser ces apports en nature ? « - C’est illégal et le commissaire aux comptes refuse de le faire » déclare Bondoux au Parisien. Peut-être comptablement, mais force est de constater que ces apports sont massifs.

Le directeur délégué du FIBD fait remarquer qu’il n’y a eu aucun signalement au parquet. Soit, mais quelle est la position des pouvoirs publics ? Leur silence est assourdissant. Les éditeurs ont beau tonner contre le FIBD dans un beau concert de variations souvent liées à leur place dans le palmarès, ils ne pèsent pas grand-chose, c’est l’Etat -c’est-à-dire vous et moi- qui est le principal facteur de financement de cette manifestation. Que fait-il ? Il est temps que la Ministre de la Culture se penche sérieusement sur ce dossier.

Souvent avec humour, une certaine "Vox Populi" s’exprime...
Photos : Kelian Nguyen

Au-delà de la question de personne, reconnaissons une fois encore que ce Festival est bien géré et que son succès rayonne bien au-delà de nos frontières. La vraie question est celle de l’avenir. Vingt ans de gouvernance Bondoux, c’est déjà formidable à titre personnel, une belle réussite. Le contrat entre l’Association -une instance-croupion qui n’est plus adaptée aux enjeux d’un tel événement- et 9eArt+ échoit en 2027 et doit être dénoncé avant mai de cette année pour éviter une reconduction automatique pour dix ans.

De deux choses l’une, soit Franck Bondoux s’accroche et « privatise » l’événement à son seul profit (on parle d’une fusion entre l’Association du FIBD et 9eArt+, ce qui donnerait les pleins pouvoirs au délégué général), soit il accepte une réforme de la gestion qui passe par un appel d’offre en bonne et due forme à laquelle la société de sa fille pourra éventuellement souscrire avec son soutien. Et que le meilleur gagne...

Cela permettrait à Franck Bondoux, 66 ans, de sortir par le haut, comme celui qui aura pérennisé et professionnalisé le FIBD, et non comme un grippe-sou – un « Snoopy Picsou » comme le surnomme La Charente libre, qui mène une guérilla contre un milieu de la bande dessinée qui ne veut plus de lui.

Ce qui est certain, c’est que le besoin d’alternance dans la gouvernance est nécessaire. On peut à ce sujet paraphraser Jules Renard : « C’est une question d’hygiène : il faut changer de prestataire comme de chemise ! »

Slogan LFI : "Un autre Festival est possible"
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Par Didier PASAMONIK

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En médaillon : Franck Bondoux. Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Angoulême Marché de la BD : Faits & chiffres Angoulême 2025
 
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8 Messages :
  • Quick comme sponsor, ce n’est vraiment pas ça le problème. C’est une marque dont l’image populaire ne fait que compenser l’élitisme un peu prout-prout qui caractérise les choix du FIBD en terme de palmarès depuis plusieurs années. Et puis, soyons sérieux, si vous êtes contre la malbouffe et ne voulez pas manger des hamburgers à 10 euros chez Quick pendant le festival, les autres restaurants autour proposent également des hamburgers… à 20 euros.

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    • Répondu par Olive le 5 février 2025 à  07:30 :

      Le hamburger chez Quick ce n’est pas 10 euros, c’est 2,50€. Pourquoi écrire n’importe quoi ?

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      • Répondu par Bloch le 5 février 2025 à  09:42 :

        J’imagine que c’est plus ou moins le prix d’un menu, ce que les gens prennent en général. Très peu de gens sortent d’un fast-food avec un unique hamburger.
        Mais le prix exact du burger ne change rien à l’argument développé. Il a de nombreuses alternatives et le fait que la marque finance en partie le festival n’oblige pas les festivaliers à y manger.
        Avec les restrictions des budgets alloués à la culture dans toutes les collectivités publiques qui s’annoncent assez durables, il faut s’attendre à ce que ces logos publicitaires fleurissent sur les affiches dans les années à venir. À moins que les marques ne se montrent raisonnables et acceptent un affichage plus discret ou stylisé…

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      • Répondu le 5 février 2025 à  15:34 :

        Je parlais du menu avec les frites et le coca. Pourquoi être désagréable tout de suite ?

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    • Répondu par P-Card le 5 février 2025 à  20:38 :

      Élitisme qui ne semble pas rebuter le public si l’on juge l’augmentation de la fréquentation (y compris à l’exposition Posy Simmonds le dimanche après-midi, où on se marchait encore bien sur les pieds)...
      Sinon, à part des hamburgers à 20 euros (que je ne me rappelle avoir vus cette année), on peut aussi trouver une spécialité locale, les fouées, à côté de la bulle du Nouveau Monde qui, dans mon souvenir, ne dépassait pas les 5 euros. Je pourrais même vous faire un petit carnet de restaurants du centre-ville qui ne gonflent pas trop leurs prix pendant le festival.
      Cela dit, c’est vrai que ce ne sont pas les restaurateurs locaux qui vont pouvoir sponsoriser le festival. Mais peut-être que l’on revient à la question à 250 000 euros (ce qui commence à faire cher pour un hamburger) : peut-être fallait-il un aussi gros sponsor (gros, bien visible sur toutes les affiches, à croire que c’est Quick qui produit le festival !) pour éponger cette perte ?

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  • Angoulême 2025 - Bilan et perspectives : quel est le « plan B » ?
    5 février 2025 14:31, par Pas d’accord pour la compta

    "Valoriser ces apports en nature ? « - C’est illégal et le commissaire aux comptes refuse de le faire » déclare Bondoux au Parisien. Peut-être comptablement, mais force est de constater que ces apports sont massifs."

    Non ça va pas comme paragraphe, soit c’est pas ok et il faut argumenter, soit c’est ok et il faut le dire sans insinuer autre chose et on apporte des propositions de solutions par exemple un outil de suivi en plus dans l’annexe car s’il y’a un minimum y’a pas de maximum de données, en plus vous avez le cac qui le dit d’après l’intéressé, c’est exactement la même polémique que pour Notre Dame où au final y’a eu un drama sur des titres d’une enquête qui au final disait quant on la lisait que les comptes suivaient les procédures de comptabilité analytique de l’état qui étaient moins détaillées...

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    • Répondu par Sergio Salma le 5 février 2025 à  22:53 :

      Ha ! Avec vous, on comprend tout de suite mieux.

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  • Une réussite ? Si on en juge à l’aune des queues à l’entrée des expositions, peut-être. Encore qu’il faudrait s’interroger sur la pertinence d’installer « L’Atelier des sorciers » à l’Hôtel Saint-Simon, grotesque erreur de programmation vu la jauge de l’édifice vieux de quatre siècles. Mais que dire surtout de la baisse d’un tiers du nombre d’expositions (8 quand l’édition 2024 en proposait 12) ? Cette année la Cité de la BD en alignait exactement autant face à la programmation officielle ! Que dire de la baisse de qualité de la plupart des expositions ? Que dire, « en contrepartie », de la hausse vertigineuse des prix d’entrée (+25% pour le pass le plus courant, et de surcroît avec un supplément pour les entrées en « nocturne » !) ?
    Ce « succès » pourrait être atteint par n’importe quel autre prestataire que ce M. Bondoux, qui semble très fort pour attirer des sponsors avides de greenwashing (Raja) ou de healthwashing (Quick), mais qui ne sait pas les retenir, vu le turn over frénétique des partenaires depuis qu’il s’en occupe.

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