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Favori de la rédaction
28 septembre 2026
Berlin 1932, Kunz Folker est employé d’une agence publicitaire qui promène sa vie de célibataire libre, un brin libertin au cœur des nuits chaudes et animées de la capitale. Dans ces années « folles » où la liberté des plaisirs et des mœurs sert de toile de fond aux déambulations des noctambules et des fêtards, le jeune homme va de rencontres coquines en découvertes inattendues. Mais c’est faire la connaissance de sa voisine Ada, se prétendant être danseuse, qui va le bouleverser au point d’en tomber raide amoureux.
Toutefois, une autre rencontre va le percuter de plein fouet. En évitant un accident au troublant et étrange Rudy Ganz, Folker va se retrouver rattrapé par l’histoire en marche de cette Allemagne des années 30. Rudy, homosexuel et noceur, est égalemet un militant nazi actif qui n’hésite pas à entraîner son sauveur dans des équipées débridées. Se sentant peu concerné par le contexte politique, Folker semble se laisser porter par des évènements auxquels il parait indifférent. Insouciant, il va malgré lui plongé dans cette idéologie raciste et violente, laquelle brûle le pays. Une prise de conscience d’abord confuse puis douloureuse devant le chaos à venir.
Avec ce nouvel album, Pascal Rabaté nous plonge dans une page d’histoire sombre doublée des troubles d’une chronique romanesque attachante. Renouant avec l’adaptation littéraire (Ibicus, Vent d’Ouest, prix du meilleur album en 2000 à Angoulême), il nous livre ici un album d’une puissance narrative équivalente.
Cette nouvelle histoire lui fut inspirée non seulement par un ouvrage d’Erich Kästner,Vers l’abîme, censuré dès sa publication en 1931, mais aussi par une gravure sur cuivre de Frederish Dornbusch réalisée en 1926 et reproduite en fin d’ouvrage.
Graphiquement, si les références à l’expressionnisme ou le Bauhaus sont perceptibles, l’esprit et la couleur de la profusion artistique de cette période sont restitués avec une sobriété efficace et beaucoup d’élégance. Loin d’un discours trop didactique, l’intrigue nous promène d’un atelier de peinture vers une exposition coloniale, en passant par les cabarets ou les soirées privées débridées du Berlin de ces années folles.
Autant d’instantanés de ce monde sur le point de basculer ! L’atmosphère de légèreté et d’insouciance de la bourgeoisie urbaine est restituée avec beaucoup de justesse à travers les scènes de danse et les relations entre les personnages. Derrière les images de plaisirs et de liberté on devine l’ombre rampante de la bête immonde.
Quelque soit leur situation, aucun des personnages ne se doute de l’ampleur du danger qui plane, pas même cet apprenti nazi pétri de contradictions et de frustrations, ni même la belle Ada, prisonnière d’un rôle dégradant et dérisoire. Aucun ne sera épargné. C’est l’impression qui ressort de cet album magnifique et effrayant, subtil et prémonitoire.
Un choc graphique et narratif brillant tout autant que salutaire !
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