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Ils ne décolèrent pas. Les collectivités, les éditeurs, le syndicat des auteurs de BD, le mouvement MeTooBD… Tous sont vent debout contre la dernière manœuvre de Franck Bondoux, délégué général du FIBD, associé à la présidente de l’Association du Festival, Delphine Groux.
On sait que le contrat qui lie les deux organismes doit être dénoncé avant le mois de mai s’il l’on ne veut pas qu’il soit reconduit jusqu’en 2037. Il y a quelques jours, nous écrivions : « De deux choses l’une, soit Franck Bondoux s’accroche et « privatise » l’événement à son seul profit (on parle d’une fusion entre l’Association du FIBD et 9eArt+, ce qui donnerait les pleins pouvoirs au délégué général), soit il accepte une réforme de la gestion qui passe par un appel d’offre en bonne et due forme à laquelle la société de sa fille pourra éventuellement souscrire avec son soutien. Et que le meilleur gagne... »
Delphine Groux, la présidente de l’Association du FIBD, a, quant à elle, choisi son camp. « Si elle confirme que le contrat sera bien dénoncé au printemps, peut-on lire dans La Charente Libre sous la signature de Julie Pasquier, Delphine Groux reconnaît « travailler main dans la main » avec Franck Bondoux sur l’organisation du festival après 2027. « Nos discussions progressent », indique-t-elle, précisant que son association pose deux conditions : « Conserver la propriété des marques et sanctuariser le festival à Angoulême. » La présidente n’envisage pas, à ce jour, d’appel d’offres qui permettrait de mettre en concurrence d’autres projets. La piste de la SAS sera « poussée jusqu’au bout. Nous examinerons d’autres hypothèses si jamais nous ne parvenons pas à nous entendre. »
Mais d’entrée, la notion d’appel d’offre est écartée, on se demande bien pourquoi. Ce sera Franck Bondoux ou rien.
Les membres de l’Association du FIBD ne sont pas au courant
Mais en ce qui concerne les personnes concernées, pas grand monde n’est d’accord. D’abord sur le procédé. Voici une SAS qui possèderait la gestion du festival pour un délai indéterminé (« on y travaille »…) et on ne sait sur quelles bases. Une espèce de privatisation du FIBD au profit de Franck Bondoux et de qui d’autre ? De Delphine Groux ? Ce serait énorme.
Ce que l’on sait, c’est que, renseignement pris, les membres de l’Association du FIBD ne sont pas informés, ni sur la stratégie de la négociation, ni même sur le contenu de l’accord.
Ce que l’on sait aussi, c’est que les éditeurs sont mis en quelque sorte devant le fait accompli. « Ce garçon n’est absolument pas diplomate » nous dit de Franck Bondoux un grand éditeur de la place, membre du Syndicat national de l’Edition. C’est un euphémisme.
« Il n’est pas question que l’on accepte cette situation », nous dit-on fermement du côté de l’association des éditeurs alternatifs.
« Les collectivités ne sont pas d’accord » abonde de son côté l’un des membres de l’ADBDA, l’Association pour le Développement de la Bande Dessinée d’Angoulême, entité qui rassemble les financeurs du FIBD.
Quant aux auteurs, ils sont vent debout et quelques-uns d’entre eux menacent déjà le FIBD de boycott !
On comprend que Marius Chappuis dans Libération mentionne, certes un peu exagérément, un « coup d’Etat feutré », ce que conteste 9eArt+.
Campagne électorale
Ce que l’on pourrait qualifier en revanche de « coup de force », alors que les intéressés parlent de « co-construction », arrive dans un moment critique à Angoulême. L’actuel maire centriste de la ville, ex-Républicain, Xavier Bonnefont, ainsi que son conseiller culture « Ville créative et francophonie » Gérard Desaphy, ex-encarté du Parti Socialiste ayant rejoint le maire, en charge en ce qui le concerne, des relations avec le FIBD mais également présent dans le conseil d’administration de la Cité de la bande dessinée, se représentent pour un nouveau mandat en mars 2026.
Face à eux, Patrick Mardikian, président du syndicat mixte Magelis qui rassemble les entreprises angoumoisines liées à l’image, également président de la Cité de la BD, créateur des Gastronomades et du Festival du film francophone, organisateur de Piano en Valois, mènera une liste de gauche. Il est aussi le fils de l’un des trois fondateurs du FIBD, Jean Mardikian. Il connaît donc le dossier...
Leur position dans cette affaire où le maire et son conseiller sont très impliqués, alors même que la Cour Régionale des comptes a pointé naguère l’opacité de la gestion et de l’utilisation des fonds publics dans la gestion du festival sans aucune réaction de leur part, sera particulièrement scruté par les électeurs angoumoisins.
En attendant, les scuds commencent à voler de part et d’autre, la mairie reprochant à la Cité -une structure ouverte toute l’année qui a réalisé en 2024 un record de fréquentation avec 250 000 visiteurs- de « vivre au-dessus de ses moyens ».
Sont-ils supérieurs à ceux du FIBD estimés, selon L’Humanité, à 6,5 millions d’euros ?
Par Didier PASAMONIK
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Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)
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