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Bon
21 janvier 2025
Écrite par Brian Azzarello et illustrée par Eduardo Risso (100 Bullets), le cinquième tome de Moonshine marque la conclusion de la palpitante série de comics. Intitulé The Well en anglais, cet ultime volume est dans la sélection officielle du festival d’Angoulême.
Dans une Amérique où la prohibition touche à sa fin, et avec elle l’influence des grandes familles mafieuses, Lou Pirlo est de retour à New York. Après les sanglants massacres de Cleveland dans le quatrième volume, le gangster devenu loup-garou a repris la route jusqu’à la grosse pomme. Accompagné des fantômes de son passé qui apparaissent littéralement sur la banquette arrière de sa voiture, il cherche à libérer Hiram Holt, le célèbre producteur d’alcool illégal emprisonné par la mafia. Mais il n’est pas seul dans cette quête. Tempest Holt, fille d’Hiram Holt et elle-même louve-garou, s’est installée dans la ville sous les traits d’une chanteuse de cabaret. Pour la première fois depuis le tome 1, les deux vont se retrouver et mettre en œuvre leurs plans pour libérer Hiram et se venger de la mafia qui a détruit leurs vies.
Le récit de Moonshine est construit comme un film noir. Dans la veine du Parrain de Francis Ford Coppola, l’histoire tourne autour de personnages moralement gris, dont le sens de la famille et du devoir prime sur tout le reste. L’intrigue coche toutes les cases du film de gangsters, principalement par son esthétique sombre où les costumes italiens soigneusement taillés, les règlements de compte dans des ruelles cachées à coup de mitraillettes et les femmes dénudées dansant au milieu de fumées de cigarettes sont légion. Mais Moonshine intègre également à son intrigue les standards narratifs de l’horreur. S’inspirant d’œuvres comme le Wolf Man de George Waggner, le livre joue avec les codes du monstre sanguinaire qui chasse la nuit et remet son masque humain le jour. La nuance est qu’ici, il y a deux monstres partageant le même but. Lou et Tempest s’habituent au goût du sang, en plus de faire des ravages dans les rues de New York. Ils laissent la police enquêter sans succès sur le carnage. Tout au long du récit, on se demande qui sont les véritables monstres, entre les loups-garous assoiffés de sang et la mafia qui profite de la misère des gens ?
Côté personnages, Moonshine reste encore une fois dans les codes du film noir et du film d’horreur, parfois à la limite du cliché. Ainsi, Tempest Holt se retrouve dans la case des tentatrices sensuelles et manipulatrices de film noir, à l’instar de Jessica Rabbit dans Qui veut la peau de Roger Rabbit. Elle remplit également la fonction de « bimbo sexy », que l’on retrouve dans nombre de films d’horreur. Une fonction mise en opposition avec une autre femme, plus vertueuse moralement et sexuellement, et qui a donc plus de chances de survivre à la fin. Autant dire que les clichés ne sont pas près de disparaître de la production américaine ! Cependant, les personnages ne sont pas creux pour autant et le livre parvient à bien explorer leurs personnalités et motivations respectives. Les actions de Lou Pirlo et des membres de la famille Holt sont justifiées par leurs motivations et restent cohérentes avec leurs comportements dans les volumes précédents. Il n’y a pas de retournement de veste soudain ou de changement de personnalité pour servir le récit, ce qui est appréciable.
Là où Moonshine brille, c’est dans son style graphique. Reprenant là aussi les codes du film noir, le livre les adapte parfaitement au papier. Chaque case est pensée comme un plan de cinéma, alternant entre plusieurs valeurs de plans et jouant avec la composition pour mettre les personnages en valeur. Autre aspect important, le livre joue énormément avec la lumière. Les personnages sont constamment dans la pénombre et leurs visages sont parfois remplacés par de simples aplats de noir, renforçant leur dualité : humain le jour, monstre la nuit. Les pages sont très contrastées, entre l’atmosphère jaunâtre de la ville éclairée par les lampadaires et les ombres violettes et noires de la nuit. Le travail graphique est impressionnant, et on ne peut qu’être admiratif devant le soin qui a été apporté au détail.
Ainsi se conclut Moonshine, l’histoire d’une guerre de gangs en pleine prohibition américaine. Le livre mêle le réalisme du film noir à l’horreur fantastique du film de monstres, ce qui crée d’intéressants parallèles entre la monstruosité humaine et celle du loup-garou. Cette conclusion saura-t-elle s’imposer à Angoulême ?
Par Akira OIKAWA
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