Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html

The strange picture T. 2 et 3 – Par Uketsu et Kikô Aiba – Éd. Kana

Par Milan MORALES Très bon 18 septembre 2026 
Avec Strange Pictures, Uketsu transforme un simple blog en piège narratif, où chaque dessin devient une porte d'entrée vers le malaise. Kana publie ici un thriller visuel qui prolonge l'étrangeté de The Strange House, mais en la déplaçant du plan de maison vers l'image, et c'est toute la mécanique du suspense qui s'en trouve déplacée.

Uketsu, le mystérieux auteur masqué japonais, est devenu un phénomène culturel mondial avec son roman original Strange Pictures, vendu à plus de 2 millions d’exemplaires. Ce bestseller explore une approche novatrice de l’horreur : un ensemble d’illustrations qui forment les pièces d’un puzzle terrifiant, incitant le lecteur à décoder une énigme plus grande que lui. L’adaptation en manga a été confiée à l’artiste Kikô Aiba, dont le style graphique affûte la vision cauchemardesque d’Uketsu. Lancée au Japon en 2024, cette série compte actuellement 4 tomes et est toujours prépubliée dans le magazine Manga Action de Futabasha.

Tome 2 – Le dessin de l’enfant

Le petit Yûta Konno a fait un dessin à l’école pour la fête des Mères. Sur ce dessin, on peut voir le petit garçon avec sa maman Naomi, tous deux souriants, à côté de l’immeuble dans lequel ils habitent. Mais leur appartement est étrangement barbouillé de gris. Puis, alors qu’ils rentrent chez eux, Naomi et Yûta sont suivis par une voiture suspecte. Y aurait-il un lien entre l’étrange dessin de Yûta et la personne qui semble les poursuivre ? Le manga construit une atmosphère étouffante autour de ce dessin maléfique, transformant la naïveté enfantine en vecteur d’une horreur indicible. Naomi doit alors déchiffrer ce que son fils a vraiment voulu exprimer, et cette quête devient une plongée dans les zones sombres de sa propre vie.

Tome 3 – Le dernier croquis

Professeur d’art dans un lycée, Yoshiharu Miura a été retrouvé mort sur une montagne, sur le mont K. Sur les lieux se trouvait son dernier dessin, un croquis de la vue depuis le 8e palier d’un immeuble K6. Explique-t-il ce qui l’a conduit à la mort ? Pourquoi Miura a-t-il laissé ce dessin à l’approche de sa mort ? Neuf dessins réalisés à des époques différentes, dans des endroits différents. Quel effrayant mystère renferment-ils ? Ces vignettes connectées tissent peu à peu une toile de mystères irrésolus et de psychés brisées, forçant le lecteur à devenir enquêteur.

Chez Uketsu, la logique du mystère repose d’abord sur une structure très rationnelle, similaire à un jeu d’assemblage, pour faire naître une sensation d’étrangeté inquiétante. Le roman originel s’appuie surtout sur la logique du texte, des narrateurs et des révélations en cascade, tandis que cette adaptation en manga met davantage en avant la matérialité des images, des plans et des cadrages. La version romanesque tient surtout par sa construction, ses petites enquêtes imbriquées et l’usage très habile des dessins dans la résolution. L’adaptation en manga ne reproduit pas cette œuvre à l’identique : elle conserve l’architecture du mystère, mais elle la rend plus immédiate, plus visuelle, presque plus ludique dans sa lecture. C’est fondamentalement ce qui la distingue du roman, même si les deux partagent la même obsession pour les détails qui dérangent. Kikô Aiba comprend viscéralement ce langage graphique : son art lisse et séduisant, d’une sinistre élégance, rappelle les travaux de Junji Ito.

C’est indéniable : la bande dessinée s’impose comme le format idéal pour cette adaptation, puisque l’histoire repose sur des énigmes visuelles, des illusions d’optique et des indices dissimulés dans les dessins eux-mêmes. Il n’y a ici aucun sursauts d’effroi clinquants qui polluent le style « horreur » moderne : la terreur s’écoule plutôt comme du brouillard, silencieusement, persistante et profondément psychologique.

L’horreur véhiculée par Strange Pictures ne repose pas sur le sang ou les créatures monstrueuses, mais sur cette sensation que ce qui est dessiné est conscient, vivant, observateur. Les images ne sont pas simplement hantées ; elles sont des invitations. Elles mutent. Elles dévisagent. Elles montrent des choses qui ne pourraient pas exister. Cette ambiguïté refusée, pas d’explications nettes, pas d’origines fournies pour l’horreur, devient paradoxalement la source principale du malaise. C’est là que réside le génie du projet : laisser le doute régner crée une atmosphère évoquant The Ring rencontrerait Junji Ito, avec moins de dialogues et bien plus de dread.

The Strange House et maintenant The Strange Pictures peuvent être perçus comme étant des OVNIS littéraires, des thrillers originaux et très prenants, séduisant par leur forme autant que par leur ambiance. Fondamentalement, l’auteur nous délivre une enquête mêlant horreur douce et puzzle, dans un style narratif empreint d’une forte originalité.

Ces deux séries de mangas demandent une belle concentration ; la narration peut parfois sembler un brin confuse, dans une atmosphère qui mise davantage sur la mécanique que sur l’émotion. Sa structure fragmentée risque de frustrer les lecteurs cherchant une narration linéaire traditionnelle.

Les tomes 2 et 3 poursuivent cette approche énigmatique sans révéler massivement les connexions profondes entre les histoires. Il reste à vérifier dans les volumes futurs si tous les fils de l’intrigue mèneront à une résolution satisfaisante. Dans un paysage culturel parsemé de séries qui crient trop fort, Strange Pictures murmure, et c’est assez déstabilisant…

Par Milan MORALES

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN : 9782505144526
CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Milan MORALES  
A LIRE AUSSI  
BD d’Asie