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6 février 2026
Le récit débute en 1920, lorsque le jeune « Kid » Francesco, Italien d’origine napolitaine, 16 ans, alors cireur ambulant sur le port de Marseille est repéré par le bijoutier et mécène sportif Rodolphe Pollak, qui lui fait rencontrer Lisanti, qui devint son coach et son mentor. Il confirme le potentiel du jeune garçon. Pris en mains par l’impresario Albert Rigoni, celui-ci arrive à faire monter le jeune champion sur les rings de plus en plus prestigieux, qui construisent peu à peu sa renommée.
Un début retentissant ? Oui, d’une certaine façon. Mais derrière la fraîcheur et l’innocence du jeune athlète se cache un fils aux relations familiales complexes qui sont celles du quartier Saint-Jean, l’un des plus pauvres de Marseille : un père rendu inapte suite aux traumatismes de la guerre et une mère débordée qui doit s’occuper de l’ascension de son jeune fils, en même temps que de l’éducation de ses plus jeunes enfants. Mais surtout, un oncle dont l’ombre imposante couvre la famille : le mafieux François Spirito, qui voit en l’absence du père l’occasion de le remplacer pour les enfants, mais surtout une bonne opportunité pour se faire beaucoup d’argent.
La carrière de Kid Francis se déroule au cœur des Années folles. Cela va lui permettre de croiser de nombreuses personnalités : l’écrivain Marcel Pagnol - un grand soutien et ami -, la star de la chanson Maurice Chevalier et, de l’autre côté de l’Atlantique, Charlie Chaplin, Joséphine Baker et même... Al Capone !
Au delà du biopic sur ce boxeur encore méconnu, c’est une véritable reconstitution du Marseille de la fin des années 1920 dans sa période dorée qui défile devant nous. C’est toute une époque qui est recomposée : celle de l’entre-deux guerres, de la naissance d’Hollywood, en passant par le crash boursier de 1929 et l’arrivée au pouvoir du chancelier Hitler en 1933...
C’est dans le dernier tiers que la BD prend un tournant tragique. La France capitule, le Maréchal Pétain se compromet dans la Collaboration et des personnes comme le mafieux François Spirito, aidé par son associé Paul Carbone et le politicien Simon Sabiani, affichent leur véritable visage, celui de prédateurs prêts à tout par appât du gain. S’étant éloigné, non sans mal, de cet aspect-là de sa famille, tournant la page sur son activité sportive, Francis (plus tout à fait un Kid à 38 ans), est dans le collimateur de son oncle, lequel n’hésite pas à le vendre aux nazis afin de se débarrasser de ce « lâcheur ». Francis est raflé et déporté comme tant d’autres en 1943, alors que l’on dynamite le quartier Saint-Jean, sur ordre d’Heinrich Himmler, qui veut nettoyer ce quartier cosmopolite à la mauvaise réputation. L’ancien boxeur va connaître l’horreur des camps et y laisser la vie.
Les planches de Grégory Mardon illuminent le scénario très documenté de Marius Rivière et animent avec talent des décors typiques des années 1920, que ce soit les grands cabarets, les quais portuaires de Marseille, les soirées mondaines hollywoodiennes ou encore, comme il se doit, les combats de boxe, un sport que le dessinateur a pratiqué dans sa jeunesse. Dans ces passages, le gaufrier se resserre, se concentre sur les visages lesquels traduisent une tension palpable. Sous son trait, le combat devient une danse, la boxe un exercice de style.
À mi-chemin entre le biopic et la fresque historique romanesque, ce roman graphique charme autant par son héros au destin marqué que par ses personnages attachants, embarqués dans un destin hors normes.
Par Colin BESNIER
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Kid Francis - Par Grégory Mardon et Marius Rivière, éditions Casterman. Album paru le 14 janvier 2026. 240 pages, 22.7 x 30.3 cm, 25.95 euros.
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Marius Rivière
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