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Tout ce qui meurt & agonise : La mort vous va si bien

Par Sévan DUDOGNON Très bon 18 septembre 2026 
On aurait pu croire que la figure du zombie n’avait plus rien à offrir, que le mythe avait été récuré jusqu’à la lie. Or, Tate Brombal nous démontre en l’espace de cinq chapitres que la figure du mort-vivant est loin d’avoir poussé son dernier râle.

Loin de la grande épopée de Kirkman poussée sur près de deux décennies, Tout ce qui meurt & agonise tient presque du huis clos. Circoncis en un village, nous faisons la connaissance de Jack Chandler, un fermier sans histoire, sinon celle de l’apocalypse qui l’entoure, la fin du monde qui a déboulé sans crier gare. Labourant sa terre, cultivant son potager, trayant ses vaches, Jack a fait de son village ravagé un petit coin de paradis. Suffisait simplement de nourrir les macchabées qui y pullulent pour calmer leurs ardeurs voraces et prospérer comme naguère.

Tout ce qui meurt & agonise : La mort vous va si bien
© URBAN COMICS

Le premier chapitre pose aussitôt l’atmosphère, de même que cette fragmentation du récit qui persistera jusqu’à la fin, à savoir celle d’un vacillement constant entre passé et présent.

Au point que ce dernier se superpose constamment au premier, appuyant à l’occasion la thématique même de l’album : le chagrin du deuil. Une douleur plus terrifiante que n’importe quelle histoire d’horreur. Un chagrin qui a la vilaine tendance de nous ronger de l’intérieur.

Aussi, il n’est pas surprenant de la part de l’auteur de venir souder à l’archétype du zombie un tel propos. Car à l’image du mort-vivant, le passé ne meurt jamais. Il rôde, implacable et immortel. On a beau tenter de l’occulter, il grattera toujours à la porte. Autant faire avec. C’est du moins l’idée face à laquelle s’est résolu Jack en maintenant sa ville en vie, tout comme sa famille trépassée depuis plus de 12 ans.

© URBAN COMICS

Tout ce qui meurt et agonise reste avec nous. Immunisé contre le virus, seul, Jack entretient la routine de son foyer, s’efforçant de répéter le même schéma, celui que les infectés ont gardé prisonnier de leur mémoire musculaire. Ainsi, c’est comme si tout ce petit monde était piégé dans le schéma d’Un jour sans fin. En refusant de voir son habitat disparaître, Jack prolonge à l’infini la première phase du deuil : le déni.

Derrière cette opposition de « lâcher prise », frémie sa culpabilité, celle d’un couple ronger par une blessure qui n’a jamais eu la chance d’être résorbée.

Alors Jack ressasse. Il s’enferme dans son propre syndrome de Stockholm. Mais… le problème avec les souvenirs, comme le dit si bien l’auteur, « c’est qu’ils vont et viennent. On ne les contrôle pas. » D’où cette narration en balancier décrivant le refoulement surpuissant dont fut capable Jack par amour pour sa fille. Un amour mis en danger par l’arrivée d’un petit groupe de survivant qui, prenant peur devant l’ignominie de la situation, va exploser la tête de son mari avant d’organiser une chasse à l’homme.

© URBAN COMICS

Pour sauver sa fille, Jack tuera. Privé du réconfort de son existence odieuse – mais là encore, est-elle vraiment si odieuse quand on la compare à la haine que peuvent lui vouer, sans réfléchir, ces étrangers ? – tout va s’écrouler. Cette galerie de souvenirs, cet ersatz de vie qu’il avait pris tant de peine à conserver sur pied, va prendre du plomb dans l’aile.

De sorte que la mécanique de la monstruosité se renverse. Nous nous prenons à prendre pitié pour ces pauvres pantins avide de chairs face à la monstruosité dont est capable l’Homme vis-à-vis de ce qui l’effraie.

On pourrait presque dire qu’il s’agit d’une mise en abyme du principe même du genre, l’épouvantable poussant aux pires abominations. Pourtant, Jack n’avait rien demandé. Tout ce à quoi il aspirait se résumer à pas grand-chose : continuer de vivre avec sa fille Daisy…

De ce simple postulat, Brombal tire le trait d’un récit poignant, servi par le remarquable talent de son partenaire. Jacob Phillips signe sans doute ici l’un de ses travaux les plus expressifs, déroulant le long de la mine de son stylet le poids de ce chagrin existentiel.

En ouvrant leur histoire sur le mode du conte de fée, le tandem s’amuse à se jouer des contrastes. Tout comme sa morale qui, sous-couvert de cadavres refusant la tombe, propose comme remède au deuil : la vie ; la vie encore et toujours. Même mourante, une étoile persiste à briller.

Par Sévan DUDOGNON

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9791026856405

Tout ce qui meurt & agonise - Par Tate Brombal & Jacob Phillips - Ed. Urban Comics

Tout ce qui meurt & agonise Urban Comics ✍ Tate Brombal ✏️ Jacob Phillips Horreur Drame
 
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1 Message :
  • Tout ce qui meurt & agonise : La mort vous va si bien
    29 septembre 19:16, par Milles Sabords

    Cinéma, séries, pub, littérature, Comics, BD, trop de Zombies tuent les Zombies. Depuis Walking Dead le sujet a tellement été passé à la moulinette, à chaire fraîche, que l’on est au bord de l’indigestion. L’amérique recycle sans cesse son obsession « Zombiesque » tellement la gouvernance de Trump est devenue putride.

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