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Bon
24 septembre 2026
Bienvenue à Vérone, Wyoming. Un endroit où il fait bon vivre. Mon cul ! Une petite bourgade qui a tout du coin de paradis, hurlent les panneaux. « Le plus beau paysage de l’Amérique jeté en pâture à ses pires habitants », se moque la 4e de couverture. Et Dan Houser de s’attaquer à l’ère Trump dans toute sa nuisance et décadence. Les reptiliens ne sont pas dupes.
L’insolence de la citation d’ouverture, piquée à Roméo et Juliette de Shakespeare, lance le bal de cette vaste marrade. S’ensuit la présentation d’une famille traditionnelle dans toute sa splendeur, autant dire une famille qui se hait. Petit avocat bossant pour une compagnie véreuse, notre héros se rêve… héros à son tour. Parce qu’après tout, tout le monde se croit héros. Mais personne ne sait vraiment comment s’y prendre.
Vie de merde ! Seule solution pour supporter cette pelletée de fange : se voir autrement, s’imaginer cowboy, chevalier, ou simplement un bon gars, histoire d’éviter d’imploser. Sans quoi, on perd les pédales et on fonce pied au plancher dans la station-service la plus proche.
Un grand feu d’artifice et BOOM. L’odeur colle aux vêtements. Le cycle long et l’adoucissant n’y changeront rien, désolé. Depuis une petite décennie, un lourd nuage galope au-dessus des USA. Une pluie acide qui érode les consciences et démange les gâchettes.
Tout le monde estime être furieux pour les bonnes raisons, rejetant la faute de son malheur sur les autres. Tous tarés, chacun perdu dans son monde imaginaire, sa propre bulle de connivence. Au programme : un peuple assoiffé de révolutions sans être foutu de dire exactement pourquoi. Une bataille après l’autre n’a pas volé son Oscar.
Une satire plus ou moins mordante d’un pays aussi mûr pour la fiction qu’un fruit sur le point d’éclater. Le dessin est violent, sanglant, cru. Les dialogues grivois, cyniques, immoraux. La définition même de la thèse d’un sale gosse biberonné à la scène anglaise anarchiste qu’Urban a engendré lors des années 80. De Thatcher à Trump, la lettre est la même : T comme tyrannie.
American Caper, c’est ce système qui encourage le conflit, dopé à la même seringue de haine qu’un algorithme Twitter sur le point d’être racheté par Musk et ses sbires. Un mauvais James Bond avec son triste méchant fomentant ses ignominies dans un manoir qui finira par avoir sa propre peau.
Tout comme dans ses travaux pour Rockstar, on profite du talent du scénariste pour éclater son échiquier. Un récit choral où une belle brochette de salopards hauts en couleur voient leurs destins s’emmêler avant, on peut le parier, de se percuter dans un fracas de deux 36 tonnes dans les trois prochains volumes à paraître.
Au fond, ce que déplore l’auteur dans ce chaos à ciel ouvert, c’est surtout la manière dont les débats politiques ont délaissé le fond pour lui préférer l’agression. La haine engendre la haine. La rage est plus contagieuse que le COVID. Mais sans dépistage, pas de remise en cause.
La grande absurdité de ce premier quart de siècle tient justement à cela dans ce mal qui ne prend même plus la peine de porter un masque. L’iconographie de l’horreur des 70’s a foutu le camp. Désormais, le grand méchant loup enfile une tenue décontractée d’avocat, de petit voisin parfait, de vendeur de gélules amincissantes, de président qui vous en…tube.
À l’image de ces quatre premiers chapitres, tout le monde rumine ou hurle. Chacun semble persuadé de faire le bien, de sauver les moutons de l’État profond, de se venger d’une ex s’étant fait la malle avec son ancien compagnon de cellule, d’accomplir l’œuvre de Dieu à coups de pelle.
Ce volcan de folie trouve son catalyseur dans quelques scènes fantasmées, laissant la part belle à cette propagande sourde que le cinéma américain provoque dans les esprits. La chimie d’un cerveau à l’image de sa nation : tuméfié. Le besoin de fuir la réalité n’a jamais été aussi tangible.
Si American Caper ne possède pas une vraie finesse d’écriture, difficile de bouder son plaisir. Il y a quelque chose de réjouissant à voir l’ancien architecte de GTA jouer du lasso, brossant des portraits patibulaires.
Du reste, avec son prix de lancement, vous pouvez donc profiter de ce petit shot d’adrénaline pour moins de 14,50 €, plutôt que de vous taper les pubs du dernier parfum Ben & Jerry’s sur Netflix devant la 36e saison de Riverdale.
Par Sévan DUDOGNON
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