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Bon
23 avril 2026
Ernesto Perez ne tue pas directement dans ces pages — il confesse, il raconte, il se manifeste par une mise en scène soigneusement construite, exigeant du lecteur une patience initiale qui se mue bientôt en fascination irrésistible. Son itinéraire incroyable traverse cinquante ans de la face cachée américaine : depuis Castro et Kennedy jusqu’à nos jours, des bars poisseux de La Havane aux ruelles dangereuses de New York, une vendetta qui s’étend bien au-delà du kidnapping de Catherine. La confrontation entre Perez et Hartmann devient le cœur battant du récit, chaque révélation pesant comme une pierre tombale, chaque secret ajoutant une couche à cette Amérique sombre que R. J. Ellory dépeint avec une culpabilité viscérale.
Certes, les noms s’accumulent, les personnages se multiplient—une densité qui aurait pu alourdir sans compromettre l’essence du thriller. Mais c’est précisément cette profusion qui ancre le récit dans une réalité labyrinthique : la mafia n’est jamais simple, ses ramifications jamais épurées.
Le trait noir comme arme narrative
Bartolomé Segui, lauréat en 2009 du Prix national de la bande dessinée pour Les Serpents aveugles, retranscrit brillamment l’atmosphère pesante et intense du roman. Son trait, précis et maîtrisé, utilise judicieusement le noir et les contrastes pour renforcer l’ambiance mafieuse et rétro — une palette visuelle qui respire l’élégance sombre, sans compromis. Le découpage dynamique et l’encrage vigoureux accélèrent le rythme du récit, accentuant sa tonalité noire, tandis que chaque case devient une fenêtre sur des décennies de violence et de trahison.
Fabrice Colin, quatre fois lauréat du Grand Prix de l’imaginaire et scénariste de la série Mission sixième (2021-2023), orchestre cette adaptation avec une rigueur narrative exemplaire. Son scénario épouse les contours du roman de R. J. Ellory — auteur britannique dont Papillon de nuit (2003) marqua le début du succès, et dont Seul le silence (2009) devint best-seller après avoir reçu le prix Nouvel Obs/BibliObs.
Ce thriller noir, à la fois efficace et élégant, mêle habilement mafia, vengeances criminelles et passages dans des lieux emblématiques, offrant une immersion captivante sur la durée. Une œuvre qui marquera ceux qui aiment les récits intenses et visuellement soignés — une vendetta graphique où chaque trait raconte une trahison, chaque ombre une culpabilité, chaque phylactère la violence du cœur des hommes.
Par Jessy LEMESLE
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Vendetta, Fabrice Colin et Bartolomé Segui, d’après R. J. Ellory, Editions Philéas, 21,90 €