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Très bon
17 janvier 2025
Lorsque l’auteur montréalais Chris Oliveros écrit Mourir pour la cause en 2023 (Éd. Pow Pow), dont le titre original est Are You Willing to Die for the Cause ? (Éd. Drawn & Quarterly), son ambition est claire : documenter et représenter la crise que traverse le Québec dans les années 1960 et 1970. Sous la forme d’un documentaire fictif, utilisant des interviews elles-aussi fictives de différents acteurs de l’Histoire, Oliveros retrace le parcours du FLQ.
Les felquistes ne sont pas des héros. Ce sont des terroristes. Le livre est clair sur ce point et ne glorifie pas leurs actions. Cependant, il faut reconnaître que certaines de leurs motivations étaient justifiées et que les réponses du gouvernement québécois ont été excessives, voire violentes par moments. Ici, Chris Oliveros s’efforce de montrer toutes les différentes perspectives de l’Histoire, en pensant son récit comme un documentaire. Les interviews s’enchaînent avec fluidité et sont entrecoupées par des recréations de l’action, comme on pourrait le voir dans un téléfilm de National Geographic.
C’est à travers ce format que le lecteur découvre les histoires du fondateur du FLQ Georges Schoeters, de François Schirm, chef de file d’une guérilla urbaine, ou encore de Pierre Vallières, coordinateur de multiples attaques à la bombe dans tout Montréal. Chaque figure du FLQ est présentée dans un nouveau chapitre, qui détaille ses actions au sein du mouvement. Car en effet, le FLQ n’est pas qu’un simple regroupement de terroristes fous. Dans les années 1960, le patronat anglophone est établi dans la province et un employé francophone gagne, en moyenne, la moitié du salaire d’un anglophone à poste égal. Jean Drapeau, alors maire de Montréal, considère toute opposition au système comme un rassemblement de communistes homosexuels et n’hésite pas à employer la force pour mater toute rébellion. Dans ce contexte tendu, beaucoup sont alors influencés par Fidel Castro ou Che Guevara, et préparent leur propre révolution.
Pour illustrer son œuvre, l’auteur utilise un style très cartoon, proposant des visages et des corps arrondis. La palette de couleurs reste cependant terne et grise, avec des tons de vert ou de rouge orangé. Ce style très simplifié, presque enfantin, crée un contraste frappant avec le propos plus sombre. L’accent est mis sur la clarté et la lisibilité, ce qui est bénéfique pour un récit historique où les faits priment sur l’esthétique. De plus, le format plutôt compact du livre, sa couverture texturée et ses pages légèrement grainées donnent au livre un aspect presque artisanal. Comme s’il s’agissait d’un carnet de bord d’un des membres du FLQ. Mourir pour la cause pourrait sans aucun doute passer pour le journal illustré d’un felquiste ou d’un journaliste.
Mais simple et lisible ne veut pas dire vide de toute action ou émotion. Les actions des personnages historiques, ainsi que les propos qu’ils ont tenu, se sont véritablement produites. L’auteur a même ajouté un véritable lexique de vingt pages à la fin du livre, pour expliquer en détail le contexte derrière certaines cases ou scènes. Il en est de même pour certains termes québécois, que le lectorat français ne comprendrait pas au premier abord. Pour celles et ceux qui désirent approfondir leurs recherches ou mieux comprendre les actions de telle ou telle page, ces explications sont bienvenues.
Mourir pour la cause, c’est l’histoire de ces femmes et hommes qui étaient frustrés de la violence avec laquelle le système les accueillait, et qui ont répliqué par la violence. Il n’y a ni bien ni mal dans cette œuvre, mais le résultat d’un contexte historique complexe où chaque camp a ses failles. C’est l’histoire vraie du Québec dans les années 1960, une histoire encore trop peu connue à l’international. Espérons que le festival d’Angoulême donnera à ce pan de l’Histoire la visibilité qu’il mérite.
Par Akira OIKAWA
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Chris Oliveros est né à Montréal en 1966, mais a grandi à Chomedey, à Laval. Il a fondé la maison d’édition Drawn & Quarterly en 1989 et l’a dirigée pendant 25 ans avant de quitter son poste d’éditeur en 2015, afin de se concentrer sur sa pratique artistique. Ses bandes dessinées ont été récemment publiées dans Internazionale en Italie et The Believer aux États-Unis. Mourir pour la cause est le premier tome d’un diptyque consacré à l’histoire du FLQ et à la crise d’Octobre de 1970.