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Bon
19 décembre 2025
Paru aux éditions Pow Pow en septembre de cette année, La Glace part en morceaux arrivera dans l’Hexagone fin janvier 2026. Scénarisé et illustré par Charlotte Gosselin, le livre est en chantier depuis plus de trois ans et a bénéficié de nombreuses modifications dans le cadre de résidences artistiques, au Québec comme en France (Marseille, Angoulême). Dans ce roman graphique de presque 300 pages, l’autrice aborde une question difficile : comment lâcher prise ?
On sait très peu de choses de la protagoniste anonyme de La Glace part en morceaux. Son visage est très peu montré, et les rares représentations qui en sont faites montrent des traits creusés par la fatigue. À travers les dialogues, le lecteur rassemble les morceaux : le partenaire (son genre n’est jamais précisé ; nous utilisons ici le masculin neutre) de la jeune femme combat une addiction à la drogue. Désormais placé dans un centre de thérapie, il laisse un vide derrière lui. La protagoniste doit alors apprendre à se réparer, à vivre pour elle-même. Elle se sent, comme il est écrit page 26, « une caméra qui n’arrive pas à faire le focus ».
Ce tournis vertigineux est montré par l’intermédiaire de plans quasi psychédéliques, où les distances sont complètement étirées et où les lignes se distordent. Plusieurs pages sont dédiées au motif du tapis de l’appartement, et les angles très larges, presque « fisheye », ne sont pas sans rappeler certains plans de Stanley Kubrick dans son film Shining. L’absence de cases clairement tracées et de bulles de dialogue participe également à cette atmosphère tourmentée. Par moments, La Glace part en morceaux se rapproche presque d’une œuvre de poésie visuelle, avec de petits haïkus disséminés sur la page.
Pour son dessin, Charlotte Gosselin utilise le crayon à papier, ce qui lui confère un style très reconnaissable. Les visages ressemblent à des croquis d’école d’art, tandis que les décors paraissent presque griffonnés sur la page, baignant ainsi l’ensemble du livre dans une atmosphère brumeuse. Lors du lancement du livre à Montréal, nous avions eu l’occasion de nous entretenir avec l’autrice, qui a déclaré avoir volontairement laissé des ratures et des corrections dans la version finale. On trouve ainsi des mots barrés, des visages estompés puis redessinés, des lignes de fuite à moitié effacées. L’illustratrice joue habilement de cet aspect inachevé, par exemple en laissant un « ta mort » à moitié effacé pour montrer le dilemme intérieur de la protagoniste. Le dessin est à l’image de l’esprit du personnage : fouillis, effacé et griffonné. Mais comme le livre doit, à un moment, se terminer, le personnage continue d’avancer pour se libérer.
La Glace part en morceaux s’inscrit ainsi dans la ligne éditoriale de Pow Pow, celle de réaliser des expérimentations graphiques différentes et audacieuses. La maison a exploré, entre autres, l’humour avec Les Canots de Satan, le contemplatif avec Botanica Drama, l’historique avec Mourir pour la cause ou encore le philosophique avec Ping-Pong. Avec La Glace part en morceaux, la maison explore son axe poétique, proposant une histoire très personnelle et intime. Si les romans graphiques plus expérimentaux vous plaisent, La Glace part en morceaux sera un très bon ajout à votre bibliothèque.
Par Akira OIKAWA
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La Glace part en morceaux, par Charlotte Gosselin, éditions Pow Pow. Paru le 16 septembre 2025 au Québec, 23 janvier 2026 en France. 27,00 €.