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Pas mal
1er octobre 2025
Les canots de Satan, c’est la nouveauté d’octobre des éditions Pow Pow. Scénarisé par Alexandre Fontaine Rousseau et Xavier Cadieux (les vrais, par leurs self-inserts), le livre entraîne le lecteur dans une aventure aussi absurde qu’hilarante. Dans les presque 300 pages chaotiques, un castor narrateur (oui, oui, l’animal) raconte les aventures d’un Montréal en proie à la violence des courses de canots de rue. En effet, après que le Diable en personne ait envoyé ses démons nouer des pactes avec les humains pour faire voler leurs canots, les pilotes les plus intrépides se sont donnés pour défi de parcourir la ville le plus vite possible, au mépris de toute règle de sécurité ou de bienséance.
Face à ce chaos démoniaque, l’Église vaticane envoie son meilleur agent secret, Léo Bénédictus Julius Agapet, régler la situation. Problème : Léo n’a jamais mis les pieds au Canada, et n’en connaît que les clichés. Dès son arrivée, il tente de s’intégrer à grands verres de sirop d’érable et d’expressions bancales tirées d’un manuel de vocabulaire. Lorsqu’il tombe sur l’équipe de la redoutable Corbella, il obtient une chance de se frayer un chemin jusqu’au cœur du mal. Mais le gang de criminels se rapproche petit à petit d’une véritable famille, et Léo sent sa foi vaciller. Sera-t-il capable de mener à bien sa mission en déppit de ses tiraillements internes ? Que préparent réellement les démons qui semblent un peu trop chouchouter leurs pilotes humains ? Et Alexandre et Xavier arriveront-ils à finir leur histoire avec pour seules provisions une pile de pizzas à l’ananas ?
À l’origine de ce livre absurde et quasi impossible à expliquer convenablement sans risquer de passer pour un fou, on retrouve un conte québécois, La Légende de la chasse-galerie. Dans ce conte retranscrit en 1892 par le journaliste, politicien et auteur Honoré Beaugrand, des bûcherons font un pacte avec le Diable afin de pouvoir rentrer chez eux en montant sur un canot volant. Les deux auteurs proposent ainsi une réécriture de cette légende, en y ajoutant moult références à Mario Kart, James Bond, ou encore les courses de « podracers » de Star Wars. Un humour quasi Fluide Glacial, en vérité !
Très clairement, le récit joue sur l’absurde et l’humour hyperbolique cartoonesque. Le postulat de base est déjà absurde en soi, mais ajoutez des personnages complètement dingues et un univers aux enjeux farfelus, et vous avez un mélange explosif. Parmi les plus mémorables, on compte le narrateur-castor, l’agent spécial Léo qui offre une tournée de sirop d’érable dans un bar québécois rempli d’ivrognes au rhum, ou encore l’équipage de Corbella, obsédé par le trafic de cierges volés. Cette hyperbole donne ainsi vraiment l’impression de suivre un conte moderne, qui abandonne complètement le réalisme pour raconter une métaphore de la société. Léo incarne ici le lecteur naïf qui découvre le Québec à travers ses préjugés, et qui apprend à cohabiter avec les personnalités chaleureuses et hautes en couleur des habitants. Ce n’est d’ailleurs sûrement pas un hasard qu’il soit européen et catholique… Les Canots de Satan est un véritable hommage au Québec, à travers ses expressions, son esthétique vestimentaire, son architecture. Une œuvre qui représente mieux le Québec que beaucoup de guides de voyage !
Côté graphique, Xavier Cadieux propose un style minimaliste et avec peu de perspectives. Les personnages sont tous très arrondis et simples, créant des silhouettes facilement reconnaissables. Corbella, Léo, le castor, on les identifie au premier coup d’œil, même dans des environnements plus fouillis. Le dessinateur se permet tout de même de grandes doubles pages plus contemplatives, qui visent surtout à établir une atmosphère. Bon point, donc.
Il est très difficile de parler des Canots de Satan à quelqu’un qui n’a pas lu l’œuvre finale. Car, si l’on se fie au simple résumé, le livre semble être un fouillis incohérent d’éléments mis ensemble dans une grande soupe. Mais l’humour mordant et l’habil. Si l’on considère qu’il s’agit presque d’une expérience graphique (typique des éditions Pow Pow) qui en profite pour faire découvrir le Québec, le pari est réussi. Mais le chaos du récit est indéniable et jouissif pour qui sait en profiter.
Par Akira OIKAWA
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Les Canots de Satan - Par Alexandre Fontaine Rousseau et Xavier Cadieux - Editions Pow Pow. En librairie le 17 octobre 2025, 27 euros.
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