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À l’approche de l’automne, Dargaud déploie une rentrée particulièrement dense, dont les parutions s’échelonnent de la fin août au mois de novembre. Entre le retour de séries historiques, les nouveaux albums d’auteurs majeurs et une large sélection de récits complets, l’éditeur conjugue valeurs sûres et renouvellement de son catalogue.
Le retour des grandes séries
Dargaud a ouvert les festivités le 21 août avec Le Pré inondé, huitième tome de Monsieur Blaireau et Madame Renarde. Brigitte Luciani et Eve Tharlet y abordent la différence et le handicap à travers Léora, une petite loutre qui tente de dissimuler une cicatrice.
La même semaine est paru le troisième volume des Carnets de Blueberry. Christophe Blain et Joann Sfar y dévoilent 22 planches en noir et blanc de la suite encore inédite d’Amertume apache, complétées par des croquis, des crayonnés, un entretien avec Blain et un texte de José-Louis Bocquet. Tiré en quantité limitée, ce carnet précède la publication de l’album complet annoncé pour la fin de l’année.
Dans Art total, dix-huitième tome des Aventures de Lapinot, Lewis Trondheim envoie Lapinot et Richard à l’autre bout de l’univers pour escorter une artiste en quête d’une création unique. L’auteur y retrouve son goût pour la science-fiction, l’absurde et les dialogues décalés.
Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg poursuivent quant à eux On était des anges. Le deuxième tome retrouve en 2023 les adolescents du premier volume, désormais devenus parents. Leurs rêves de jeunesse se confrontent alors aux aspirations de leurs propres enfants, dans une chronique intime mettant en miroir deux générations.
Les amateurs d’aventure classique retrouveront Tanguy et Laverdure dans Mission de guerre. Patrice Buendia et Matthieu Durand concluent ce diptyque d’espionnage situé en pleine guerre froide. Le quinzième tome de Tramp prolongera de son côté le voyage du Pierrick vers Port-Saïd. Toujours scénarisée par Jean-Charles Kraehn, la série maritime est dessinée depuis son douzième volume par Roberto Zaghi.
Deux séries s’achèveront le 25 septembre. Philippe Pelaez et Javier Casado réuniront une dernière fois les six protagonistes de leur western Six dans Le Fruit de vos entrailles. Camille Broutin refermera également le huis clos survivaliste de Yon avec un quatrième tome de 336 pages.
Des auteurs majeurs au rendez-vous
Catherine Meurisse publiera le 18 septembre Le Clan de Walden, une comédie historique inspirée par Henry David Thoreau. En 1845, alors que les États-Unis s’industrialisent, le philosophe s’installe dans une cabane pour mener une existence sobre et autosuffisante. La construction annoncée d’un barrage le pousse toutefois à organiser la résistance. L’autrice de La Légèreté et de La Jeune Fille et la mer fait ainsi résonner la pensée du théoricien de la désobéissance civile avec les préoccupations écologiques contemporaines.
Pierre-Henry Gomont occupe une place particulière dans cette rentrée avec deux publications. Après Pensionnaires dans la nouvelle collection Intermezzo, l’auteur de Malaterre reviendra le 11 septembre avec Montefiore. Deux frères passionnés de courses équestres y découvrent l’élevage où leur père a grandi, ainsi qu’une famille dont ils ont longtemps été tenus à l’écart. Gomont renoue avec un récit intimiste mêlant enfance, rivalités et secrets familiaux.
Mathieu Sapin poursuit son travail de reportage dans En liberté. Après les coulisses du ministère de l’Intérieur, il s’immerge cette fois dans les prisons, les centres de rétention et les unités psychiatriques spécialisées. Publié dans la collection « Embarqué », l’album restitue douze mois d’observation effectués à la proposition de Dominique Simonnot, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté.
Florence Cestac met pour sa part en images le parcours du restaurateur Antoine Quéron dans Oui, chef ! Un maestro aux pianos. Enfin, Xavier Dorison, Ralph Meyer et Caroline Delabie proposent une nouvelle édition de leur diptyque Asgard, réunie en un volume de 120 pages sous le titre Asgard – Une épopée viking.
Une large place accordée aux récits complets
Les nouveautés occupent une part substantielle du programme. Dans Les Dents de l’enfer, Mahi Grand revient sur le tournage chaotique des Dents de la mer et raconte comment le film de Steven Spielberg a bien failli ne jamais voir le jour. Nicolas Tellop et Antonio Lapone explorent eux aussi les coulisses du cinéma avec La Femme au portrait, un polar teinté d’humour acide situé dans le Hollywood de la fin des années 1940.
Avec Pôle Sud, la folle conquête, Jean-Christophe Deveney, Jérôme Jouvray et Anne-Claire Jouvray retracent la course engagée en 1910 entre Robert Falcon Scott et Roald Amundsen pour atteindre le pôle Sud. Ce récit de 344 pages confronte ambitions scientifiques, rivalités nationales et fragilité humaine dans les conditions extrêmes de l’Antarctique.
Anaïs Flogny poursuit l’univers de Rivages lointains avec Adam. Après Jules Tivoli, ce deuxième volet suit un immigrant polonais débarqué à New York en 1922 et progressivement happé par la mafia. L’autrice prolonge ainsi sa fresque historique courant jusqu’aux années 1960, au croisement du polar, de l’immigration et de l’histoire des relations homosexuelles aux États-Unis.
Plusieurs albums explorent également la littérature et l’Histoire. PoPésie et Léna Walrus adaptent Delphine de Girardin dans La Canne de Balzac, une comédie fantastique marquant la première bande dessinée de la dessinatrice. Dans Un jour, j’écrirai mon nom, Clément C. Fabre adapte Le Coffre-fort de Greg Egan et interroge l’identité à travers un personnage qui se réveille chaque matin dans un corps différent.
Chamelle, de Cynthia Thiéry et Tony Lourenço, adapte le roman de Marc Durin-Valois consacré à l’exil provoqué par le manque d’eau. Décolonisations. L’Histoire au présent, de Stephen Desberg, Guillaume Blanc et Mirranda Burton, examine pour sa part les héritages coloniaux à partir de plusieurs situations en Afrique et en Asie.
Youssef Daoudi revient sur son arrivée à Moscou en 1989 dans URSS 89, entre autobiographie et docufiction sur les dernières années de l’Union soviétique. Enfin, Bobika analyse la construction et les dérives de la masculinité toxique dans Mauviette.
Intermezzo, la nouvelle parenthèse de Dargaud
Cette rentrée voit aussi le lancement d’Intermezzo, une collection de récits complets de fiction en 32 pages, au format broché à la modique somme de 10 euros. Dirigée par Ryun Reuchamps, elle débute avec Jane dans les nuages de Jordi Lafebre, Pensionnaires de Pierre-Henry Gomont, Figures imposées de Marzena Sowa et Cristina Bueno, et Les Oranges amères de Javi Rey. L’éditrice nous a d’ailleurs accordé un entretien consacré à la genèse et les ambitions de cette nouvelle collection.
Les poids lourds gardés pour la fin de l’année
Dargaud réservera plusieurs titres très attendus aux mois d’octobre et novembre. Initialement annoncé en septembre, le quatrième tome de Bellatrix de Leo paraîtra finalement le 30 octobre. Il accompagnera notamment le neuvième tome des Aigles de Rome d’Enrico Marini, le retour de Ladies with Guns d’Anlor et Olivier Bocquet, ainsi que Samir, le nouveau roman graphique d’Aimée de Jongh.
Le Scorpion entamera quant à lui une nouvelle étape avec Stefano Carloni au dessin, tandis que XIII Trilogy ouvrira un cycle consacré cette fois à la famille Sheridan. Un nouveau Boule et Bill, le troisième tome de La Révolte sans précédent de Guillaume Meurice et Sandrine Deloffre, le cinquième volume du quatrième cycle de La Complainte des landes perdues et un nouvel album des Vieux Fourneaux compléteront le programme.
Les 80 ans du Journal Tintin seront parallèlement célébrés par de nouvelles éditions de Le Secret de l’Espadon, Le Mystère de la Grande Pyramide, La Marque jaune, de L’Énigme de l’Atlantide et de S.O.S. Météores, ainsi que l’édition de l’intégrale de Les Aventures de Philip et Francis et un album de récits courts situés dans l’univers de Blake et Mortimer. Lucky Luke fêtera lui aussi ses 80 ans avec une nouvelle aventure signée Jul et Achdé. Deux événements éditoriaux sur lesquels ActuaBD reviendra plus largement.
Du lancement d’Intermezzo au retour de ses séries les plus populaires, Dargaud construit ainsi sa rentrée autour d’un double mouvement : multiplier les récits autonomes et les nouvelles propositions avant de mobiliser, à l’approche des fêtes, les poids lourds de son catalogue.
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