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Favori de la rédaction
17 septembre 2024
« Toujours » aussi virevoltante, la trilogie Slava s’achève sur un tonalité nettement plus sombre. Rappelons l’histoire dans ses grandes lignes [1] : Slava, le peintre, et la belle Nina ont acquis une mine dans cette Russie post-soviétique des années 90. Sauf que le passage brutal à un capitalisme débridé se passe très mal, d’autant que les oligarques essaient de tout rafler, et donc aussi la mine de nos deux héros, qui ne pourront résister à cette pression. Le père de Nina ne comprend pas ces changements : « Dans mon monde à moi, il suffisait de produire. Le plus on produisait, le mieux c’était [...] Tu faisais de la surproduction, on te collait une médaille ».
Fini le communisme, place au capitalisme. Ce qui n’est pas une sinécure pour autant. Un enfer pour un autre, comme le dit le sous-titre ? L’évolution de Lavrine, ce trafiquant invétéré, ne dit pas autre chose, puisque ce dernier est devenu vedette de télé-réalité pour vendre sa « soupe » et « raconter des bobards » : « Suffit que je lâche un pet et t’as 50 connards pour le mettre en bouteille ». (p. 41)
En s’attaquant au sujet de la Russie des années 1990, celles de la thérapie de choc, P.-H. Gomont s’intéresse aussi grandement à notre monde, comme il le confie lui-même dans un bel et tout récent entretien. Non seulement on apprend beaucoup sur la Russie, mais on apprend aussi beaucoup sur nous avec une Russie étant comme un "miroir grossissant de nos propres pays", marqués par la violence du capitalisme et la montée de l’extrême-droite. Ce faisant, Gomont s’interroge aussi sur la place de l’artiste dans un tel monde, au travers de son personnage éponyme étant lui-même peintre : « Comment survivre dans un monde en ruines ». « Le bipède, quand il s’invente artiste, est plus que tout autre vulnérable aux flatteries ». (p. 56).
Que Gomont se rassure, on a au contraire plus que jamais besoin des artistes en général et de lui en particulier. Son trait vif, dessiné à la plume, son sens du mouvement et du dialogue qui fait mouche, ses adresses subtiles à nous lecteurs (brisant ainsi le quatrième mur, séparant la scène dessinée du lecteur), continuent de nous enchanter.
On en redemande, même si ce ne sera plus avec ces héros pieds nickelés de Slava. Depuis Pereira prétend qui l’avait révélé au grand public, jusqu’à Slava donc, en passant par Malaterre, La fuite du cerveau, Pierre-Henry Gomont n’a cessé de nous régaler. Qu’il en soit remercié.
Par Philippe LEBAS
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