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Très bon
8 septembre 2026
Le livre est découpé en chapitres correspondant chacun à un lieu visité où Mathieu Sapin accompagne un comité ad hoc venu enquêter pendant quelques heures ou quelques jours. Ce comité, indépendant des structures pénitentiaires, est là pour évaluer les qualités et les défauts de ces structures, en toute objectivité. Dit autrement, il n’est pas forcément attendu par un personnel qui fait le maximum mais qui, par manque de moyens, sait pertinemment que ses résultats sont critiquables et qui est frustré de montrer des manquements dont il n’est pas responsable. Une situation délicate où le seul responsable de la situation, l’Etat, n’est finalement jamais présent.
L’histoire commence au centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil, où Mathieu Sapin se fait enfermer quelques heures afin de ressentir l’ambiance d’une cellule et commencer son livre. Puis, flash-back et retour en janvier 2026, lors de la visite d’un commissariat de police aux Lilas, à Bobigny. On comprend que l’auteur accompagne un groupe formé par la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot, un chef de mission et un comité de divers experts. Ils ont toute autorité pour visiter les lieux et poser leurs questions. Leur visite peut durer deux heures comme deux jours, à l’issue de laquelle ils proposent un rapport objectif, ensuite transmis au ministère de l’Intérieur et de la Santé, au garde des Sceaux et au président de la République. Dans ce commissariat, ils découvrent un lieu en manque d’effectifs, de moyens et d’entretien. A la difficulté d’être arrêté et mis en garde à vue s’ajoute celle d’être plongé dans un milieu insalubre. Mathieu Sapin continue son périple au Tribunal judiciaire de Bobigny et y découvre une ville dans la ville. L’auteur se promène et note ses ressentis, ses impressions.
On retient la phrase réaliste mais déprimante d’un jeune : « Quand on va dans des endroits comme ça, on en ressort avec encore plus de haine. Plus vous nous faites du mal, plus on a envie de faire du mal. C’est comme ça ». Cette spirale infernale devrait alerter les autorités : le manque de moyens aggrave la situation au lieu d’aider les délinquants. C’est un très mauvais choix du gouvernement car la prison, c’est comme le réchauffement climatique : les politiques font de petites économies de moyens à court terme et ne sont pas capables de voir les énormes dégâts qu’ils engendrent à long terme. On aurait d’ailleurs aimé que cet aspect soit davantage creusé et chiffré dans la BD. Mais comme beaucoup de sujets abordés par l’auteur, cela reste traité de manière très superficielle. On comprend que l’auteur a préféré une approche plus légère, ce qui peut aussi être une bonne façon de mettre la lumière sur un problème, tout en restant accessible pour le plus grand nombre.
Les visites suivantes sont à Marseille, dans un établissement pour mineurs. On ressent fortement la détresse de ces jeunes, défiants et en colère, qui ne savent vraiment pas quoi faire et peinent à envisager leur avenir. Ils jouent au gendarme et au voleur, pas seulement dans la cour, mais toute la journée. Puis, Mathieu Sapin passe quelques jours à Bully-Les-Mines en psychiatrie, où il est atterré par les conditions de vie, mais Dominique Simonnot conclue par « il y a pire ». Le Centre de Rétention Administrative (CRA) de Geispolheim est du même acabit : insalubre, surpeuplé, sans moyens pour les personnes emprisonnées malgré un personnel qui fait des efforts toute la journée pour que tout se passe au mieux. On voyage ensuite à Nantes, Vendi-le-Vieil et Fresnes, pour des constats similaires. Quel que soit le lieu ou sa fonction, le manque de moyens est criant.
Entre chaque visite d’établissement, Mathieu Sapin nous fait le running gag de la chambre d’hôtel miteuse ou vieillotte avant de conclure : « pas si mal en fait ». C’est d’ailleurs sa conclusion bien sentie : « Ça donne une valeur inestimable à quelque chose qu’on ne mesure pas tant qu’on ne l’a pas perdu ». Et oui, c’est exactement ça la caractéristique première de la liberté.
Mathieu Sapin a été formé aux Arts décoratifs de Strasbourg. Il publie des BD dès les années 2000, avec les aventures de Supermurgeman dans le mensuel Psykopat. Depuis quelques années, il se fait spécialiste du reportage dessiné dans lequel on le voit découvrir un nouveau milieu et nous faire part, souvent avec humour, de son ressenti. On suit avec intérêt ce récit de découverte et les impressions de l’auteur, surtout car il nous permet d’explorer un milieu auquel nous n’aurions pas accès nous-même, mais, soyons francs, pas vraiment pour le dessin, qui sert ici principalement de support visuel.
Par Laurent MENUT
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