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Privée de son festival, Bruxelles réinvente sa Fête de la BD

Par Christian MISSIA Dio 20 septembre 2026 
Pensée comme une réponse à l’annulation du BD Comic Strip Festival, la Fête de la BD pourrait bien être davantage qu’une solution de remplacement. Installée au cœur de Bruxelles autour de la Bourse, cette formule plus compacte et urbaine a rencontré son public dès sa première journée et pose déjà la question de sa pérennisation.

L’annulation avait laissé un vide difficilement imaginable dans une ville qui revendique volontiers son statut de capitale de la bande dessinée. En mars dernier, Visit.Brussels annonçait que le BD Comic Strip Festival 2026, prévu du 25 au 27 septembre à la Gare Maritime de Tour & Taxis, n’aurait finalement pas lieu, conséquence des économies budgétaires imposées par la Région de Bruxelles-Capitale. Un an après une édition qui avait accueilli plus de 63 000 visiteurs, Bruxelles risquait donc de passer une année sans son grand rendez-vous annuel consacré au 9e art.

Six mois plus tard, la bande dessinée a pourtant retrouvé le centre de la capitale. Les 19 et 20 septembre 2026, une nouvelle Fête de la BD a investi la Bourse, le Piétonnier et plusieurs lieux culturels environnants. Une manifestation montée dans l’urgence, plus ramassée que la précédente, mais dont la première journée a attiré samedi un public nombreux.

Une fête née dans l’urgence

À l’origine de cette nouvelle manifestation, on trouve notamment les libraires du centre-ville. Pour Reynold Leclercq, associé de la librairie Brüsel et l’un des initiateurs du projet, laisser passer 2026 sans rendez-vous consacré à la bande dessinée constituait une occasion manquée. Avec Multi BD et plusieurs partenaires du secteur, l’idée s’est rapidement imposée d’organiser un événement à une échelle plus réduite et avec des moyens plus modestes.

« L’objectif était de faire revivre la bande dessinée dans le centre-ville. Lorsque nous avons appris que la Fête de la BD n’aurait pas lieu, nous nous sommes dit qu’il y avait peut-être moyen d’organiser quelque chose à une échelle un peu plus petite, avec un budget raisonnable »

, explique le libraire.

L’initiative trouve rapidement une oreille attentive auprès de la Ville de Bruxelles. Didier Wauters, échevin des Affaires économiques, de l’Emploi et du Commerce, dispose alors d’un budget consacré à la promotion commerciale. L’association des commerçants du Piétonnier venant elle-même d’être créée, l’échevin décide de soutenir le projet. « En un mois, un mois et demi, nous avons réussi à tout mettre en place », raconte-t-il. Éditeurs, auteurs, commerçants, Entreprendre Bruxelles, Brussels Major Events et Visit.Brussels rejoignent progressivement l’initiative.

Le résultat dépasse finalement largement le cadre d’une simple opération commerciale. Plus de 70 auteurs, autrices et invités ont été annoncés, avec plus de 120 créneaux de dédicaces, auxquels se sont ajoutés rencontres, projections, ateliers, expositions, braderie et animations répartis dans plusieurs endroits du centre-ville.

Quelques unes des têtes pensantes du festival
De gauche à droite : Reynold Leclercq, libraire (Brüsel) et co-initiateur de la Fête de la BD ; Camille Blin, agente et initiatrice de la fresque monumentale ; Didier Wauters, échevin des Affaires économiques, de l’Emploi et du Commerce de la Ville de Bruxelles, qui a soutenu la création de l’événement.
Photo © Christian Missia Dio

La Bourse plutôt que Tour & Taxis

Mais la principale différence avec le BD Comic Strip Festival tient sans doute à sa géographie. Alors que celui-ci avait quitté le parc de Bruxelles pour s’installer à la Gare Maritime de Tour & Taxis après la pandémie, la nouvelle Fête de la BD choisit de revenir en plein cœur de la capitale.

La Bourse en constitue l’épicentre, mais la manifestation déborde largement du bâtiment : Riches Claires, cinéma Palace, Hôtel de Ville, Cercle des Voyageurs, Continental, place de la Bourse ou encore boulevard Anspach participent au dispositif.

Le choix de la Bourse n’est pas anodin. Restauré après trois années de travaux et rouvert au public en 2023, l’ancien temple de la finance bruxelloise cherchait depuis lors une nouvelle vocation. Son imposante rénovation et l’installation du Belgian Beer World ont suscité des discussions sur la place accordée au tourisme dans ce nouveau dispositif. Mais le bâtiment possède aussi une galerie publique et une vocation affichée de lieu de passage et de rencontre. Durant ce week-end, ses vastes volumes se sont en tout cas révélés particulièrement adaptés à l’accueil des éditeurs, libraires et auteurs.

Reynold Leclercq insiste également sur l’intérêt de replacer l’événement au milieu d’un écosystème qui existe déjà.

« Dans le centre-ville, nous avons finalement tout à proximité. Contrairement à des lieux plus excentrés, où il faut tout amener et tout créer, ici, tout est déjà sur place. C’était une évidence. »

Samedi après-midi, la fréquentation importante constatée dans les espaces de la Bourse semblait donner raison à ce choix. Les stands des éditeurs et libraires ont attiré un public nombreux et les circulations parfois très denses témoignaient de la curiosité suscitée par cette première édition. Une observation qu’il faudra néanmoins distinguer du bilan global du week-end : le caractère ouvert de la manifestation rend difficile un comptage précis des visiteurs. Reynold Leclercq reconnaissait d’ailleurs samedi ne disposer d’aucune estimation de fréquentation.

Didier Wauters voit déjà dans cette expérience une autre possibilité : celle de donner une nouvelle fonction événementielle à la Bourse. « Honnêtement, je trouve que cela donne une âme à la Bourse », nous confiait-il samedi. L’utilisation du bâtiment n’avait pourtant pas été pensée comme une expérimentation à long terme : la fresque devait initialement être installée devant celui-ci, avant que les organisateurs ne décident de profiter également de ses espaces intérieurs. « Peut-être ouvrons-nous la voie à quelque chose », reconnaît désormais l’échevin.

La Bourse de Bruxelles
Photo © Christian Missia Dio
À l’intérieur de la Bourse, la Fête de la BD bat son plein
Photo © Christian Missia Dio

Une bande dessinée de 600 m² sous les pieds des Bruxellois

Car l’autre symbole de cette édition se trouve précisément devant la Bourse. Sur le Piétonnier, une bande dessinée monumentale de quelque 600 m², composée de dix cases, a été imaginée par sept auteurs et autrices : Marc Dubuisson, Lison Ferné, Wauter Mannaert, Émilie Plateau, Alix Garin, Benoît Ers et Abdel de Bruxelles.

À l’origine du projet artistique, Camille Blin, agente et éditrice, avait répondu à un appel d’offres lancé à l’initiative de Brussels Major Events et de Quentin Delvoye, de la librairie Brüsel. Son idée : réunir des artistes aux profils différents afin que l’œuvre reflète autant que possible la diversité bruxelloise.

Le défi était aussi narratif. Cette planche géante devait pouvoir être comprise de deux manières : dans sa totalité lorsqu’elle est observée à distance ou d’en haut, mais également case après case lorsque le passant marche directement dessus.

« La fresque devait permettre deux niveaux de lecture très différents : une lecture globale, lorsqu’on la regarde d’en haut, et une autre lorsqu’on se promène dessus, avec des cases assez foisonnantes »

, explique Camille Blin. Alix Garin a réalisé le plan général, tandis que Wauter Mannaert s’est chargé en amont du character design des quatre personnages récurrents, avant que les différentes cases soient réparties entre les artistes.

Cette double lecture se retrouve dans le récit lui-même. Vue dans son ensemble, la fresque montre une astronaute recevant depuis l’espace dix photographies envoyées par ses amis restés sur le Piétonnier bruxellois. En parcourant les cases, une seconde histoire apparaît, notamment autour de Nour et Charlie, dont la rencontre évolue progressivement jusqu’à un baiser dans la dernière case.

Le dispositif résume finalement assez bien la philosophie de cette nouvelle Fête : plutôt que d’enfermer la bande dessinée dans un espace événementiel, la faire déborder dans la ville. Le passant ne se contente plus de regarder une planche : il marche dessus, devient une partie de son décor et la découvre en mouvement. C’est précisément cette volonté de faire sortir la BD de ses lieux habituels que revendiquent les organisateurs.

L’agente et ses auteurices
De droite à gauche : Camille Blin, Marc Dubuisson, Alix Garin, Émilie Plateau, Abdel de Bruxelles et Lison Ferné.
Photo © Christian Missia Dio
Une vue de la fresque depuis les marches de la Bourse
Photo © Christian Missia Dio
Une partie de la fresque
Photo © Christian Missia Dio

Les Prix Atomium maintenus

En dépit de l’annulation du BD Comic Strip Festival, l’un de ses rendez-vous importants a également survécu : les Prix Atomium, qui représentent cette année plus de 85 000 euros de dotations et de soutien aux auteurs.

Parmi les principaux résultats dévoilés samedi, Adele Rhoads remporte le Prix Atomium Leblanc de la jeune création pour son projet V.A.. La récompense comprend une bourse et une avance sur droits pour un total de 20 000 euros ainsi qu’un contrat d’édition ; son album sera publié par Casterman. Pascal Matthey reçoit pour sa part le Prix Atomium Fédération Wallonie-Bruxelles pour Du pain blanc et du chocolat (L’Employé du Moi), tandis que Laurie Agusti remporte le Prix Première Atomium Galaxies BD avec Rouge signal (Éditions 2042).

Le palmarès des Prix Atomium 2026

  • • Prix Atomium Leblanc de la jeune création : Adele Rhoads, V.A.
  • • Prix Atomium du Graphisme et du Design : Désirée et Alain Frappier, L’Oiseau chanteur (Steinkis).
  • • Prix Atomium Fédération Wallonie-Bruxelles : Pascal Matthey, Du pain blanc et du chocolat (L’Employé du Moi).
  • • Prix Première Atomium Galaxies BD : Laurie Agusti, Rouge signal (Éditions 2042).
  • • Prix Atomium Cognito de la BD historique : Ersin Karabulut, Journal inquiet d’Istanbul.
  • • Prix Atomium Le Soir de la BD d’actualité : Charles Berberian et Michèle Standjofski, Et toi, comment ça va ? (Casterman).
  • • Prix Atomium Spirou : Maxence Jacquin, Charles & Cie. Ses strips seront publiés dans le Journal Spirou en 2027.
  • • Prix Atomium Catherine Schoemann – Patrimoine BD : le lauréat sera annoncé début décembre, dans le cadre du SoBD à Paris.
Photo © Christian Missia Dio

Une solution provisoire appelée à durer ?

Reste désormais une question : que deviendra cette Fête de la BD une fois passée l’urgence de 2026 ? Sur ce point, les deux principaux initiateurs rencontrés samedi affichent des positions qui ne sont pas tout à fait identiques. Didier Wauters reste prudent. Si les moyens budgétaires permettaient au BD Comic Strip Festival de revenir, l’échevin n’exclut pas de nouvelles collaborations et insiste sur le fait que l’ambition de la Ville n’est pas de remplacer l’ancienne manifestation.

« L’important est que ce patrimoine qui est le nôtre soit mis en valeur, quelle que soit la forme choisie. »

Reynold Leclercq se montre beaucoup plus affirmatif. Pour le libraire, faire coexister deux manifestations comparables n’aurait guère de sens. Il souligne surtout qu’avec des moyens nettement inférieurs à ceux du précédent festival, les organisateurs sont parvenus à mettre sur pied un événement d’une ampleur déjà importante. Et il se projette ouvertement au-delà de cette première expérience :

« Nous partons plutôt avec l’idée de pérenniser cet événement. [...] Cette première édition est une année test [...]. Je crois que c’est le point de départ de quelque chose de pérenne. »

C’est peut-être là que réside le principal enseignement de cette première Fête de la BD. Née comme une réponse improvisée à une annulation budgétaire, elle a finalement permis d’expérimenter un autre modèle : plus compact, directement intégré au centre-ville et reposant davantage sur la mobilisation des libraires, commerçants, éditeurs, institutions et lieux culturels déjà présents sur le territoire.

Le succès constaté samedi constitue un premier indicateur encourageant. Il faudra cependant attendre le bilan complet de cette deuxième journée et les chiffres communiqués par les organisateurs pour mesurer l’affluence sur l’ensemble du week-end. Mais une question que personne ne se posait encore lorsque l’annulation du BD Comic Strip Festival a été annoncée au printemps est désormais ouverte : Bruxelles vient-elle seulement d’improviser une Fête de la BD pour 2026, ou d’inventer sans le prévoir la formule de ses prochaines éditions ?

Photo © Christian Missia Dio

Par Christian MISSIA Dio

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Photos © Christian Missia Dio

Fête de la BD :

19 et 20 septembre 2026, Bourse de Bruxelles, Place de la Bourse, 1000 Bruxelles, ainsi que dans différents lieux du centre-ville. La très grande majorité des activités sont gratuites.
Cet évènement est organisé par l’asbl Entreprendre Bruxelles

tout public Belgique Bruxelles Festival BD Comic Strip Festival
 
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2 Messages :
  • Pourtant lecteur régulier d’Actuab je n’ai eu connaissance de cette manifestation qu’une fois terminée. Dommage.
    Où et comment a-t-elle été annoncée.

    Répondre à ce message

    • Répondu par Didier PASAMONIK le 23 septembre à  07:13 :

      L’article explique bien que tout le monde a été pris au dépourvu et que, comme lors de l’annulation du Festival d’Angoulême, c’est une initiative locale distincte des organisateurs d’origine qui a pris le relais. Le déficit de communication vient que nous n’avons pas reçu de communiqué et que ses organisateurs n’ont pas pris soin d’inscrire leur événement à notre agenda. C’est pourtant gratuit.

      Répondre à ce message

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