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Camille Broutin (Filles Uniques) : « Le duo BeKa a repéré mon travail sur Instagram. » [INTERVIEW]

Par Christian MISSIA Dio 29 mars 2025 
Révélée au grand public sous le nom de Camille Méhu avec la superbe série Filles Uniques, l’artiste poursuit aujourd’hui son parcours sous son véritable nom, Camille Broutin. Formée à la prestigieuse école des Gobelins, elle signe avec Yon son tout premier manga, publié dans la collection Combo (Dargaud), qui fête sa première année d’existence, où se mêlent mystère, adolescence et fantastique. Rencontre avec une jeune autrice talentueuse, passée de l’animation à la bande dessinée, et qui trace désormais son propre chemin.

Bonjour Camille Broutin, vous êtes l’autrice de Yon et la dessinatrice de la série Filles Uniques. Fin janvier, vous avez publié Yon dans la collection Combo, le nouveau label Young Adult des éditions Dargaud. Il me semble que c’est votre premier manga, est-ce bien le cas ?

Camille Broutin : Oui, c’est bien cela.

Avant d’aborder ce sujet, pouvez-vous revenir sur votre parcours ?

J’ai suivi une formation en cinéma d’animation aux Gobelins pendant quatre ans, dont je suis sortie en 2020. Juste avant la fin de mon cursus, le duo de scénaristes BeKa (Bertrand Escaich et Caroline Roque) m’a contactée pour me proposer d’illustrer une bande dessinée. C’est ainsi que j’ai fait mes premiers pas dans le secteur de l’édition. Dès ma dernière année d’études, j’ai commencé à travailler dans ce domaine. Et puis, avec la pandémie de Covid-19, il m’a été impossible d’intégrer le studio d’animation où j’aurais souhaité travailler, alors j’ai poursuivi dans cette voie.

Qu’est-ce qui vous a motivée à suivre des études artistiques ?

J’ai toujours hésité entre les études artistiques et scientifiques. Depuis le collège et le lycée, je suivais des cours d’art en parallèle, car j’ai toujours eu cette envie de créer. Mais, au moment de choisir mon orientation, le hasard a joué en ma faveur : alors que j’avais opté pour une filière scientifique, une confusion m’a finalement dirigée vers des études artistiques. Par la suite, j’ai un peu tâtonné, passant par des classes préparatoires et des études de design, avant de découvrir l’animation un peu par hasard. Et c’est l’animation qui, finalement, m’a ramenée vers la BD.

Camille Broutin (Filles Uniques) : « Le duo BeKa a repéré mon travail sur Instagram. » [INTERVIEW]
Filles Uniques T. 1 : Paloma | Filles Uniques T. 2 : Céleste
BeKa & Camille Méhu (Broutin) © Dargaud

C’est donc le duo BeKa qui a pris contact avec vous ? Pouvez-vous nous raconter cette rencontre ?

Ils avaient déjà écrit le scénario de Filles Uniques et cherchaient une illustratrice. Ils ont surtout fait leurs recherches sur Instagram, et c’est là qu’ils m’ont trouvée, estimant que mon style correspondait à ce qu’ils recherchaient. Ils ont sélectionné plusieurs artistes pour réaliser un test, et finalement, c’est le mien qu’ils ont retenu. J’ai dû apporter quelques ajustements, notamment pour le design des personnages, et c’est ainsi que l’aventure a commencé.

Dans cette série, on suit cinq adolescentes aux parcours difficiles qui, grâce à Chélonia, vont se retrouver, former un club et se soutenir mutuellement. Est-ce une thématique qui vous a particulièrement touchée ?

Oui, leur scénario m’a énormément plu. J’étais encore tout juste sortie de l’adolescence, donc ce thème me parlait beaucoup, c’est tombé à point nommé. En plus, cela correspondait parfaitement au type d’univers et de personnages que j’aimais dessiner à l’époque. Tout s’est vraiment bien accordé.

Chaque album met en lumière l’une des cinq héroïnes, tout en dévoilant son entourage, qu’il s’agisse de parents ou de tuteurs. Comment avez-vous abordé la recherche graphique pour le character design ? Cela vous est-il venu naturellement ou avez-vous rencontré des difficultés ? Pouvez-vous nous expliquer votre démarche ?

Pour les protagonistes, c’était assez différent des personnages secondaires. Les scénaristes avaient déjà une idée très précise de leur caractère et de leurs centres d’intérêt. Il fallait donc s’adapter et répondre à des attentes claires. C’était un exercice qui ressemblait beaucoup au travail d’animation, auquel j’étais déjà habituée, donc cela s’est bien passé, même si j’ai dû parfois retravailler certains aspects pour mieux coller à leur vision.

En revanche, la création des personnages secondaires a été plus complexe. Cela sortait davantage de ma zone de confort, et il n’y avait pas vraiment de directives dans le scénario. Il a donc fallu chercher et expérimenter davantage.

Filles Uniques T. 3 : Sierra | Filles Uniques T. 4 : Apolline | Filles Uniques T. 5 : Chélonia
BeKa & Camille Méhu (Broutin) © Dargaud
Le duo de scénaristes BeKa (Caroline Roque & Bertrand Escaich)
Cécile Gabriel © Dargaud

J’ai eu beaucoup de liberté, peut-être même un peu trop, car ce n’étaient pas des univers ou des personnages que j’avais l’habitude de dessiner. Cette liberté a parfois été déstabilisante et a révélé certaines faiblesses. Mais cela m’a aussi poussée à approfondir ma recherche graphique et à sortir de ma zone de confort, ce qui a été très enrichissant.

Beaucoup d’artistes issus de l’animation doivent, en quelque sorte, repenser leur manière de travailler, car l’approche est très différente. Comment avez-vous vécu cette transition ?

Je pense qu’il y a beaucoup d’étapes communes entre l’animation et la BD, donc, finalement, l’animation m’a beaucoup apporté. En revanche, ce qui change vraiment, c’est la liberté que l’on a en bande dessinée, beaucoup plus grande que dans l’animation. Et c’est sans doute cet aspect-là qui demande le plus de temps pour s’y adapter.

Concernant la mise en couleur, vous semblez privilégier des aplats. Comment procédez-vous dans la réalisation de vos planches ? Travaillez-vous de façon traditionnelle ou directement à la tablette ? Quelle est votre méthode ?

Pour Yon, qui est en noir et blanc, je travaille en traditionnel, ce qui génère beaucoup d’essais et de ratés. Comme je ne suis pas encore très à l’aise avec la couleur, j’ai préféré réaliser la série Filles Uniques en numérique. Mais maintenant que je reviens au dessin traditionnel avec Yon, j’ai envie de m’exercer davantage à la couleur, même si cela passe par de nombreux essais et erreurs.

Yon T. 1/4
Camille Broutin © Dargaud, coll. Combo

Le travail sur Filles Uniques vous a-t-il donné envie de vous lancer vous-même dans l’écriture de scénarios ?

C’est une envie qui remonte à très longtemps. Mais Filles Uniques m’a réellement aidée à franchir le pas, en facilitant la transition entre l’animation et l’écriture. J’ai pu observer de près la manière dont les scénaristes travaillaient, et cela m’a beaucoup appris. Cette transition a été longue, mais précieuse.

Pouvez-vous nous présenter le scénario de Yon ? Comment cette idée vous est-elle venue et qu’aviez-vous envie de raconter à travers cette histoire ? On y suit une jeune fille plutôt renfermée, confrontée à un phénomène étrange : de petites boules tombent du ciel, dévorant tout autour d’elles. Les élèves se retrouvent livrés à eux-mêmes, abandonnés par les adultes, et des tensions naissent entre adolescents et plus jeunes. Comment avez-vous construit ce récit et quel message souhaitiez-vous transmettre ?

L’histoire que j’avais au départ tournait déjà autour de Yon, mais elle était présentée de manière trop abstraite. Mon éditrice ne comprenait pas vraiment où je voulais en venir. J’ai donc ajouté un récit plus concret par-dessus cette idée initiale. C’est ainsi qu’est née cette histoire d’élèves livrés à eux-mêmes dans un internat.

Le récit prend en effet une dimension complexe, notamment avec ce passage soudain dans le fantastique, lorsque ces mystérieuses boules apparaissent. Il y a aussi toute l’énigme autour des dessins d’enfants qui semblent protéger le personnage principal. Est-ce un aspect que vous comptez développer davantage dans les prochains tomes ?

Oui, c’est véritablement le cœur du récit, et tout cela prendra tout son sens à la fin. L’abstrait, qui était très présent au départ, est désormais plus en filigrane. Il s’est transformé en métaphores plus accessibles, qui deviendront de plus en plus claires et significatives au fil de l’histoire.

Yon T. 1/4
Camille Broutin © Dargaud, coll. Combo

Qu’avez-vous souhaité raconter à travers cette histoire ?

C’est justement la clé de l’histoire. Si je vous le dévoile maintenant, je risquerais de tout révéler et de gâcher la découverte.

Très bien, je n’insiste pas davantage. Mais concrètement, combien de temps vous a-t-il fallu pour écrire et dessiner Yon ? Plus précisément, à partir du moment où vous vous êtes réellement consacrée au scénario et à la réalisation des planches, combien de temps ce travail vous a-t-il pris ?

Pour le dessin, il a d’abord fallu que j’écrive l’histoire complète des quatre tomes. Cela m’a pris environ un an pour écrire l’ensemble du scénario et réaliser le dessin du premier tome. Aujourd’hui, j’ai déjà écrit les deux tomes suivants, que j’ai développés en parallèle du travail de dessin.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour réaliser chaque album de Filles Uniques ? La parution des tomes a été assez rapprochée, comment avez-vous géré ce rythme ?

Filles Uniques, c’était un album à la fois. Mais les albums ne s’enchaînaient pas exactement à un rythme d’un par an. Entre chaque volume, il y avait des pauses, car je travaillais également dans l’animation en parallèle.

Yon est prévu en quatre tomes. Avez-vous d’autres projets en parallèle ou déjà de nouvelles idées de BD que vous souhaiteriez développer ?

Oui, j’ai un roman graphique en préparation avec Bertrand du duo BeKa. Ce projet verra le jour après Yon. Par ailleurs, je réfléchis également à d’autres idées de scénarios. Pour l’instant, je suis surtout concentrée sur le dessin des tomes suivants de Yon, mais j’ai effectivement quelques projets en tête, que je préfère garder confidentiels pour le moment.

Yon T. 1/4
Camille Broutin © Dargaud, coll. Combo

Par Christian MISSIA Dio

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Code EAN : 9782505128656

En médaillon : Camille Broutin
Photo © Christian Missia Dio

À lire sur ActuaBD.com :

Yon T. 1/4, par Camille Broutin - éditions Dargaud, coll. Combo. Album paru le 24 janvier 2025. 192 pages, 148 x 210 mm, 13,95 euros.

Filles Uniques T. 5 : Chélonia, par BéKa et Camille Méhu (Camille Broutin) - éditions Dargaud. Album paru le 23 février 2024. 56 pages, 225 x 298 mm, 13,95 euros.

Filles Uniques T. 4 : Apolline, par BéKa et Camille Méhu (Camille Broutin) - éditions Dargaud. Album paru le 9 juin 2023. 56 pages, 225 x 298 mm, 13,95 euros.

Filles Uniques T. 3 : Sierra, par BéKa et Camille Méhu (Camille Broutin) - éditions Dargaud. Album paru le 18 aout 2022. 56 pages, 225 x 298 mm, 13,95 euros.

Filles Uniques T. 2 : Céleste, par BéKa et Camille Méhu (Camille Broutin) - éditions Dargaud. Album paru le 11 février 2022. 56 pages, 225 x 298 mm, 13,95 euros.

Filles Uniques T. 1 : Paloma, par BéKa et Camille Méhu (Camille Broutin) - éditions Dargaud. Album paru le 28 mai 2021. 56 pages, 225 x 298 mm, 13,95 euros.

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