Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Excellent
1er septembre 2026
Quatre albums inaugurent la collection, chacun signé par des pointures de la maison. Tous explorent une facette différente du passage à l’âge adulte, de l’amour ou de la condition féminine. Une collection à contre-courant du marché actuel, qui témoigne d’une volonté de rendre la fiction et la création plus « abordables » face à l’augmentation continue du prix unitaire des bandes dessinées. Sur le modèle des Tracts de Gallimard, Intermezzo est une collection appelée à s’étoffer, de la même manière qu’il sera facile d’ajouter l’un de ses numéros à votre panier en librairie. À ce prix, vous auriez tort de vous en priver.
Jane dans les nuages, par Jordi Lafebre
Jane Ground, jeune Anglaise intrépide du début du XIXe siècle, décide de s’envoler en montgolfière pour fuir ses vertes prairies natales. Le hic : Jane est narcoleptique et elle a la fâcheuse habitude de s’endormir n’importe où, y compris à plusieurs centaines de mètres du sol. Ses parents la confient à son ami d’enfance Timothy, garçon indécis jusqu’à la moelle, pour qui suivre Jane est finalement plus simple que de prendre la moindre décision par lui-même. Entre elle qui rêve trop et lui qui n’ose jamais choisir, le duo devra bien, un jour, penser à sa propre « guérison »… Mais d’abord, il lui faut piloter cet engin en plein orage.
Après sa série de polars, Jordi Lafebre change totalement de décor et d’époque : direction l’Angleterre du XIXe siècle, avec le même sens du dialogue et le même dessin solaire et feel good qui ont fait son succès.
Pensionnaires, par Pierre-Henry Gomont
Une nuit, quatre camarades de chambrée forcent la fenêtre de leur pensionnat pour aller retrouver des filles. Bravade, cigarette allumée sur la pelouse au vu et au su de tous : il faut jouer les durs pour gagner le respect du groupe. Mais le bruit réveille le pion de garde, un ancien CRS aviné et peu commode, qui décroche la carabine accrochée au-dessus de son bureau, sort sur le parvis… et tire sur les ombres qu’il distingue à peine dans l’obscurité.
Après avoir transfiguré son enfance dans Malaterre, Pierre-Henry Gomont revient avec un récit directement puisé dans ses propres années de pensionnat. En 32 pages, il capte avec une justesse rare ce moment fugace de l’adolescence et sa brutale confrontation avec le monde des adultes.
Les oranges amères, par Javi Rey
Selon le mythe raconté par Aristophane dans Le Banquet de Platon, les humains étaient à l’origine des êtres doubles, dotés d’une force telle qu’ils exaspéraient Zeus. Pour les affaiblir sans les détruire, celui-ci les aurait coupés en deux, comme des oranges, les condamnant à chercher toute leur vie leur moitié perdue. Cette théorie de « l’âme sœur » a façonné toute une culture du manque et de la quête amoureuse. Qu’en pense Elena, jeune étudiante fraîchement débarquée à la fac, cheveux ultracourts et musique dans les oreilles ? Son fiancé Mario, rencontré au lycée, était-il vraiment sa moitié ? Elle aussi se sent coupée en deux, entre l’excitation de commencer enfin sa vie et la peur immense de tout perdre.
Javi Rey, dont on connaît le trait délicat et les couleurs douces (Violette Morris, Un maillot pour l’Algérie, l’adaptation de Barrio Negro de Simenon avec José-Louis Bocquet, ou encore On l’appelait Bebeto), poursuit ici son exploration tendre et subtile des grands passages de la vie : cette fois, l’entrée dans l’âge adulte.
Figures imposées, par Marzena Sowa & Cristina Bueno
Marilou est une jeune femme de son époque, une époque charnière, juste avant que #MeToo ne vienne fissurer la façade. Elle lit, s’informe, se forge une conscience féministe. Mais autour d’elle, l’ordre social tient bon : plaire reste une injonction presque professionnelle. Le temps d’un week-end, elle troque le baby-sitting contre un autre uniforme : celui d’hôtesse d’accueil, envoyée dans la demeure de la Veuve Rousseau pour célébrer les 250 ans d’un champagne de prestige, une marque au nom d’une femme pionnière, érigée en symbole. Mais sous le vernis de l’hommage, les vieux réflexes persistent : les femmes servent et sourient, les hommes circulent et disposent. À force d’habitude, il devient difficile de dire où commence l’inacceptable.
Après Marzi, Hey Djo ! ou Petit Pays, Marzena Sowa, prix Jacques-Lob 2025, retrouve son talent pour lier l’intime au collectif, épaulée par le trait fin et expressif de l’autrice espagnole Cristina Bueno, qui signe ici le dessin et les couleurs.
Reste à voir si Intermezzo trouvera son public, maintenant que ses albums ont trouvé leur place sur les nez de caisse des libraires. Mais avec un tel casting réuni dès son lancement, Dargaud ne prend clairement pas ce pari à la légère.
Par Quentin GUILLIER
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Participez à la discussion