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Favori de la rédaction
6 août 2026
L’étang tirerait son nom d’une légende selon laquelle une jeune Amérindienne y aurait péri lors d’un séisme. On dit que son fantôme hante encore les lieux... Henry David y vit en communion avec la nature, tient un journal, observe le vivant, les animaux comme les plantes, et pratique l’autosuffisance. À mille miles de toute terre habitée ? Pas vraiment.
Dans ce récit qui tient à la fois de Blanche-Neige (Thoreau parle aux animaux), de l’herbier naturaliste, du soliloque philosophique et du chant poétique, le penseur américain énonce, avec une réjouissante légèreté, les préceptes d’une écologie avant la lettre. Catherine Meurisse en tire quelques pages élégiaques d’une grande beauté.
On croise aux côtés du Thoreau de Catherine Meurisse quelques personnages tout aussi illuminés que lui : Ralph Waldo Emerson (1803-1882), philosophe, essayiste et poète américain, figure majeure du transcendantalisme, mentor de Thoreau et propriétaire du terrain de Walden, entouré de ses vestales ; John Muir (1838-1914), naturaliste considéré comme le père des parcs nationaux américains ; ou encore Rachel Carson (1907-1964), pionnière du mouvement écologiste moderne.
La simple confrontation des dates révèle le caractère évidemment fantasque de ces rencontres. C’est là le procédé habituel de Catherine Meurisse, qui fait dialoguer des personnages appartenant à des époques différentes afin de confronter leurs idées. Elle procédait déjà ainsi dans Moderne Olympia et Humaine, trop humaine. À un moment, l’étang de Walden est menacé par la construction d’un barrage ; Thoreau et ses compagnons inventent alors, pour la circonstance, une forme d’écoterrorisme.
Héritière de Bretécher
-À la fin de l’ouvrage, une mention attire l’œil : l’autrice remercie Martin Bretécher, le fils de Claire Bretécher, de lui avoir confié « le papier et les encres de couleurs qu’utilisait sa mère ». Elle ajoute : « Cet album a été dessiné avec les outils de Claire. Gratitude éternelle. »
Il est vrai que Catherine Meurisse ne peut nier la parenté stylistique qui la rapproche de la grande dessinatrice, première femme à avoir reçu le Grand Prix du Festival d’Angoulême. Cette filiation est d’ailleurs une bénédiction : il n’est pas une image qui ne soit virtuose, légère ou poétique.
Alors que nous vivons une époque où la nature et le vivant sont durement éprouvés par les dérèglements climatiques et où s’accélère, à l’échelle planétaire, la défonctionnalisation des écosystèmes, il n’était pas inutile d’évoquer cette figure pionnière de l’écologie qui, parmi les premiers, célébra la toile du vivant, cette solidarité invisible qui relie chaque être aux autres et fait de la nature un immense organisme d’interactions.
On pourrait résumer cette idée en paraphrasant Alphonse de Lamartine alors que les forêts brûlent : « Un seul hêtre vous manque, et tout est dépeuplé. »
Par Didier PASAMONIK
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Le Clan de Walden - Par Catherine Meurisse – Ed. Dargaud
Parution le 18 septembre 2026