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Favori de la rédaction
4 septembre 2026
Sans être vraiment une suite de la Mer à boire (chroniqué ici), ce livre est un nouveau chapitre de l’histoire liant A et B. On les retrouve préparant un voyage : la traversée du lac Lémancolie en bateau gonflable. Dès le départ, ils sont prévenus par un drôle de couple depuis le rivage, une Pietà qui va se soucier d’eux : attention, ça n’est pas aussi simple que cela, prévient-elle. Et en plus le temps se gâte, il y a donc vraiment un risque que cette traversée se passe mal.
Comme dans un rêve, ce qui pouvait arriver de pire arrive : le bateau pneumatique est plein de trous et commence à couler. C’est improbable mais c’est comme ça. Comme dans un rêve, on se retrouve au milieu de la catastrophe mais tout en restant assez détaché et calme. Tout ça n’est pas très grave, on peut même se taquiner et en rire un peu. Et comme dans un rêve, un évènement inattendu rebat les cartes : il y a une trappe au fond du canot. Une petite trappe sur un petit canot, qui ouvre sur l’intérieur d’un beau et grand navire en bois. La suite est pleine de surprises, de changements de lieux, d’apparitions de personnages familiers à A… Mais où est B ?
A l’inverse, l’autre face du livre est une invitation à redécouvrir l’histoire de ce couple amateur de lecture, de dessin et de danse. On remonte vers leur rencontre en avion et, comme le dit l’auteur dans un dialogue avec son éditeur : « Face A Face B sort du cadre et déborde sur le passé, l’avenir et ce que l‘on appelle le présent ». Car B a raison, dès que l‘on finit une phrase au présent, elle appartient déjà au passé. Si, dans la première partie, on suit A un peu perdue, allant droit devant elle mais ne sachant pas très bien où, dans cette seconde partie, tout est clair, elle sait bien où elle est et ce qu’elle veut. Accompagnée de ses livres, elle emmène B sans hésitation et avec amour.
Blutch a reçu le Grand Prix d’Angoulême en 2009 et a été au centre de différentes expositions à Strasbourg. Il a publié de nombreux ouvrages ces vingt dernières années, et depuis peu avec l’éditeur 2042, chez qui paraît le présent livre. Blutch propose ici un dessin magnifique, tout au crayon et en noir et blanc. Il réussit à représenter des personnages agiles et fins au crayon gras. Les images sont larges et prennent leur aise sur toute la page. Les dialogues sont ciselés et percutants ; on se laisse porter avec plaisir par leur poésie. Le format du livre avec ses deux faces tête-bêche n’est pas un artifice ou une pirouette : il semble naturel pour bien présenter les idées de l’auteur et ce qui aurait pu être vu comme un risque s’avère être une évidence.
Par Laurent MENUT
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