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Palmer, Lapinot, Undertaker… Dargaud signe une rentrée entre héritage et renouveau

Par Christian MISSIA Dio 15 août 2025 
Entre le retour de figures cultes comme Jack Palmer, Lapinot ou Undertaker, la conclusion d’arcs narratifs attendus, et l’arrivée de jeunes auteurs prometteurs, Dargaud signe pour cette fin d'été 2025 une rentrée littéraire riche et variée. Du burlesque au drame intime, du western à l’épopée antique, en passant par le manga et le roman graphique, la maison d’édition déploie un programme où se mêlent héritage, audace et diversité.

Pour cette rentrée littéraire, Dargaud frappe fort en mêlant valeurs sûres du 9e art, créations audacieuses et nouveaux duos créatifs. Entre la résurrection de figures cultes, l’émergence de jeunes talents et des collaborations inédites, la fin de l’été s’annonce foisonnante.

Les grands retours qui vont faire parler

L’événement marquant est sans doute le retour de Jack Palmer dans Palmer dans le rouge. Créateur de Jack Palmer, René Pétillon (1945-2018) fut l’une des figures majeures de la satire politique en bande dessinée, notamment grâce à ses vingt-quatre ans passés au Canard enchaîné. Son humour, de situation et de caractère, plus malicieux que mordant, culmine avec L’Enquête corse (Prix du meilleur album à Angoulême 2001, 300 000 exemplaires vendus, adapté au cinéma en 2004 avec Christian Clavier et Jean Reno dans les rôles principaux), un triomphe d’édition salué jusque dans l’Île de Beauté. Son trait dynamique et son éclectisme graphique et littéraire ont durablement marqué le 9ème art.

Dans Palmer dans le rouge, Manu Larcenet reprend le personnage à partir d’un scénario esquissé par Pétillon. Cette reprise s’annonce particulièrement intéressante : Larcenet, connu pour son sens du burlesque et sa capacité à conjuguer comédie humaine et satire (Le Combat ordinaire, Blast...), devrait insuffler à Palmer une énergie graphique différente, tout en respectant l’esprit caustique et l’élégance narrative de son créateur. Un passage de témoin rare, qui devrait mêler fidélité au ton original et réinterprétation personnelle. Verdict le mois prochain.

Autre comeback attendu : Lapinot (Le Chapeau maudit) revient chez Dargaud après vingt ans d’absence chez cet éditeur (tiens, d’ailleurs pourquoi ce retour ici et pas ailleurs ?). Lewis Trondheim joue d’un humour issu de l’univers du jeu de rôle, entre humour absurde et menaces apocalyptiques, dans un croisement savoureux avec l’esprit de Donjon.

Palmer, Lapinot, Undertaker… Dargaud signe une rentrée entre héritage et renouveau
Undertaker – T. 8 : Le Monde selon Oz | Florence Cestac : Elle ne fait pas son âge... | Les aventures de Lapinot : Le Chapeau maudit

Les amateurs de polar retrouveront quant à eux Le Grizzli pour un second tome, où Matz et Fred Simon livrent un polar gouailleur dans l’ambiance des années 1950, dialogues ciselés à l’appui.

Autre figure incontournable du 9e art, Florence Cestac signe Elle ne fait pas son âge…, recueil d’histoires courtes mettant en scène Noémie à toutes les étapes de la vie : école, vacances, premiers flirts, fêtes de Noël, mariage, enfants, choc des générations, divorce et joies du célibat retrouvé. Inspirée en grande partie par la propre vie de l’autrice, cette comédie humaine drôle et touchante déploie l’humour inimitable de Cestac, au service d’un portrait à la fois universel et personnel.

Côté séries-phares, Undertaker (Tome 8 – Le Monde selon Oz) vient clore le diptyque amorcé dans le tome précédent, marquant les retrouvailles compliquées entre le croque-mort Jonas Crow et la belle Rose Prairie depuis leur séparation à la fin du tome 4. Un western qui reste une référence, signé Xavier Dorison, Ralph Meyer et Caroline Delabie.

Murena (Tome 13 – Les Neronia) ouvre le quatrième et dernier cycle de la grande saga historique créée par Jean Dufaux et Philippe Delaby. Ce nouvel arc, centré sur les Jeux grandioses organisés par Néron pour flatter son orgueil et manipuler le peuple, oppose deux stratèges redoutables : Tigellin, âme damnée de l’empereur, et l’Hydre, guerrière au passé sanglant. Les tensions politiques et personnelles s’entremêlent tandis que Lucius Murena se rapproche à nouveau de Néron. Ce cycle, mis en images par Jérémy, ancien élève et assistant de Delaby, brille par ses somptueuses aquarelles et marque une transmission artistique rare dans le 9e art.

Même fidélité pour Les Aigles de Rome (Livre VIII) d’Enrico Marini, fresque antique épique et tendue, qui propose pour l’occasion deux couvertures au choix, illustrant chacune l’un des deux héros antagonistes – Marcus ou Arminius – selon les préférences des lecteurs.

Les Aigles de Rome - Livre VIII (Arminius) | Les Aigles de Rome - Livre VIII (Marcus) |
Enrico Marini © Dargaud

Suites et prolongations de succès

L’automne est aussi riche en nouvelles étapes pour des séries installées. Six (Tome 3 – Le Serment de Gabaldón) poursuit son western mâtiné de surnaturel avec Philippe Pelaez et Javier Casado.

Le Chevalier au dragon revient dans un second tome (Le Val sans retour), prolongeant la relecture érudite et épique de la légende arthurienne par Emanuele Arioli et Emiliano Tanzillo.

Du côté des adaptations, Mille Femmes blanches (Tome 2) de Lylian, Anaïs Bernabé et Hugo Poupelin continue de faire vivre l’émotion brute du roman de Jim Fergus, tandis que Patrice Buendia et Matthieu Durand reprennent Tanguy et Laverdure Classic (Tome 7 – Une taupe chez les cigognes) pour un diptyque d’espionnage aérien.

Et pour fêter les 25 ans de Blacksad, Dargaud réédite depuis quelques mois chaque album en grand format avec aquarelles, documents et nouvelles couvertures signées Juanjo Guarnido, en attendant une « surprise » de fin d’année.

Une aventure Classic de Tanguy & Laverdure T. 7 : Une Taupe chez les Cigognes | Le Grizzli T. 2 : Une haleine de cadavre | Collection Simenon, les romans durs : La Maison du canal

Nouveaux duos et collaborations inédites

Certains titres marquent la rencontre entre scénaristes aguerris et nouvelles plumes. Intelligences, thriller d’espionnage contemporain, associe l’ancien agent Hugo de Bénat et Philippe Pelaez, avec Gontran Toussaint au dessin.

La Maison du canal, adaptation par José-Louis Bocquet et Edith d’un « roman libre » de Simenon, conjugue fidélité littéraire et intensité graphique dans une série d’adaptations de l’oeuvre du grand romancier belge qui s’enrichit au fil des saisons.

L’humour grinçant de Guillaume Meurice sera également de retour en BD avec la suite de sa série La Révolte sans précédent avec La Contre-révolte sans précédent, toujours dessinée par Sandrine Deloffre, fable politique animalière aussi mordante qu’hilarante.

Les nouvelles voix à suivre

Cette rentrée est aussi l’occasion de découvrir de jeunes talents. Adrien Poissier signe Betty & Polo, évasion tendre et déjantée de deux animaux de ferme en quête de liberté. Antoine Pédron, dans Polygone, propose un récit post-apo intimiste autour de l’amitié entre un adolescent et un robot.

Sara Del Giudice anime avec sensibilité La semaine où je ne suis pas morte de Vincent Zabus, portrait d’une adolescence en quête de lumière.

Quant à Yon T. 2, il poursuit le manga créé par la jeune autrice Camille Broutin, déjà dessinatrice de la série Filles uniques que nous avions fort appréciée, confirmant son aisance à mêler tension dramatique et atmosphère poétique.

La révolte sans précédent T. 2 : La contre-révolte sans précédent | YON 2 | L’homme qui pouvait accomplir des miracles

Romans graphiques et récits complets marquants

Parmi les récits indépendants, Les Cheveux d’Édith de Fabienne Blanchut, Catherine Locandro et Dawid aborde avec délicatesse l’après-Shoah. Cat Café de Linnea Sterte inaugure la collection « Cantina » dédiée à la cuisine, entre douceur et mélancolie.

Magali Le Huche livre Punk à sein, témoignage vibrant sur son combat contre le cancer du sein. José-Luis Munuera revisite avec humour so british L’Homme qui pouvait accomplir des miracles de H. G. Wells.

Nine Antico, dans Une obsession, interroge avec acuité désir, sexualité et déterminisme.

Enfin, Mikko signe La Guerre des voisins, métaphore ludique et pédagogique des relations internationales, et Fiammetta Ghedini explore notre rapport au sucre dans Une Insatiable Envie de douceur.

Du burlesque au drame intime, de l’épopée historique au récit engagé, Dargaud orchestre une rentrée où cohabitent le rire et les larmes, le neuf et l’institutionnel. Les amateurs de séries cultes y trouveront leurs repères, tandis que les curieux pourront découvrir de nouvelles signatures prometteuses. Une saison où la bande dessinée prouve, une fois de plus, qu’elle peut tout raconter.

Murena T. 13 - Les Neronia (Crayonnée)
Parution : 22 août 2025
Jean Dufaux & Jérémy © Dargaud

Par Christian MISSIA Dio

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Code EAN :
Dargaud Belgique France Rome
 
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