Pas mal
16 décembre 2025
Nous avions quitté l’Épisode 2 de Bellatrix sur une éclaircie : Flint, négociant affable et pilote d’un antique avion cargo, acceptait d’emmener Kim Keller et Manon Servoz vers Sermandis. Les deux héroïnes espéraient y retrouver Leda et Adler, les orphelins qu’elles avaient recueillis après l’assassinat de leurs parents, tout en poursuivant la mission confiée par les Avarants : protéger Narene Ever, figure progressiste en passe de remporter les élections et d’empêcher la planète de sombrer dans le chaos religieux et politique.
Un départ sous tension, mais des mécaniques déjà visibles
L’Épisode 3 s’ouvre sur une trajectoire pleine d’espoir, vite avortée. Lors d’une escale destinée à acheter un « pselomone » — fruit rare, cher et très prisé pour ses graines —, Flint, Kim et Manon sont pris pour cible par une bande de brigands. Flint est blessé à l’épaule, tandis que les deux héroïnes repoussent l’assaut tant bien que mal. Le répit est bref : la petite troupe, accompagnée de la famille productrice du fruit, doit embarquer en urgence avant le retour des assaillants partis chercher du renfort. L’avion parvient à décoller in extremis, mais les tirs endommagent un moteur et contraignent l’équipage à un atterrissage forcé quelques kilomètres plus loin. Retranchés sur une butte rocheuse, Kim, Manon et leurs compagnons s’apprêtent à tenir le siège dans des conditions précaires, sans vivres ni munitions suffisantes.
Pendant ce temps, en orbite, Luc — chef de mission de Kim et Manon — tente encore de lever l’interdiction qui l’empêche de secourir les deux agentes de l’ONU. L’apparition d’Amir, mystérieux « négociateur expert » envoyé par la Guilde pour parlementer avec les Arctarodes, change soudain la donne. Il affirme les avoir convaincus du bien-fondé d’une intervention, et une équipe de sauvetage finit par arriver à temps pour neutraliser définitivement les brigands. Cette résolution rapide, presque mécanique, illustre déjà l’un des enjeux de ce tome : un récit qui avance efficacement, mais selon des ficelles désormais bien visibles.
Un cycle qui persiste dans le manichéisme
Cette entrée en matière, tendue et maîtrisée, rappelle le savoir-faire de Leo lorsqu’il s’agit de maintenir ses personnages dans un état de vulnérabilité permanente. Pourtant, une fois ce danger immédiat écarté, le récit retrouve la mécanique déjà très présente dans le tome précédent : fuite, rencontre, rebondissement, puis nouveau déplacement forcé. Une construction efficace, mais de plus en plus prévisible, où l’adversité semble fonctionner par paliers plutôt que par progression dramatique.
C’est dans cette seconde partie que le tome introduit sa principale nouveauté : la représentation d’extraterrestres hostiles opérant dans l’ombre, tandis qu’en orbite, une flotte Arctarode exige la fin de tout contact entre Kim, Manon et le reste du projet Bellatrix. Cette intervention soudaine inquiète jusqu’aux Avarants, laissant deviner un basculement galactique plus large que les enjeux strictement locaux. Ce fil science-fictionnel, encore discret, est sans doute l’élément le plus prometteur de l’album — celui qui, peut-être, offrira au cycle l’ampleur qu’on attend depuis Retour sur Aldébaran.
Sur Bellatrix, la critique de l’obscurantisme religieux reste au cœur du récit. Les « Adeptes » demeurent des antagonistes sans nuance : virilistes, rétrogrades, fanatisés, réduits à un bloc idéologique sans complexité. Cette vision manichéenne prolonge exactement le même axe que dans le tome 2, sans en enrichir la portée.
Une utopie familière qui tourne en rond
L’apparition d’une communauté vivant dans un arbre géant semblait pourtant offrir une respiration, voire une alternative possible au conflit central. Présentés comme bienveillants, égalitaires et profondément libérés dans leurs mœurs — notamment pour les femmes —, ces habitants incarnent une utopie douce, très familière aux lecteurs de Leo. Nudité décomplexée, rapports fluides, absence de hiérarchie oppressive : rien de choquant en soi, et certainement pas inattendu dans l’univers des Mondes d’Aldébaran. Mais cette vision idéalisée, déjà omniprésente depuis Aldébaran et Bételgeuse, finit ici par tourner en rond. Elle ne renouvelle ni l’imaginaire ni les enjeux, et fonctionne davantage comme un refuge narratif connu que comme une proposition neuve.
Reste un plaisir de lecture indéniable. Leo conserve un sens remarquable du découpage et de l’ellipse, et son imaginaire demeure une source constante d’émerveillement : graines de pselomone, faune exotique, architectures naturelles, bestiaire foisonnant. Kim et Manon restent des héroïnes attachantes, d’autant plus qu’elles sont confrontées à des dilemmes moraux qui les éloignent de leur pacifisme initial.
Mais à l’issue de ce troisième tome, une impression s’impose : Bellatrix avance sans vraiment surprendre. Solide et plaisant, mais en pilote automatique, le cycle recycle ses propres codes au lieu de les bousculer. On espère que la présence des Arctarodes — et la menace galactique qu’elle fait planer — offrira enfin à la série le souffle et la complexité qui ont fait la force des Mondes d’Aldébaran.
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Bellatrix T. 3 - Par Leo - Dargaud. Album paru le 3 octobre 2025. 48 pages, 225 x 298 mm. 14,50 euros.
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