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Moriarty T. 21, La bande mouchetée - Par Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi – Éd. Kana

Par Milan MORALES Très bon 3 septembre 2026 
Une drogue qui infiltre les tréfonds de la Grande-Bretagne, des enquêtes qui convergent mystérieusement : Moriarty poursuit son vertigineux trajet vers des révélations majeures. Ce vingt-et-unième volume scelle une alliance improbable entre Sherlock et Fred, quand les ombres du passé resurgissent pour ébranler les fondations mêmes de William.

Depuis le tome 20, la série a basculé vers une seconde partie plus ambitieuse : William, autrefois le criminel consultant à la tête d’un réseau obscur de justiciers, s’est retiré de la "scène active".

Trois années ont passé. Le paysage politique s’est transformé. Le MI6, désormais piloté par Louis, se voit confier une mission critique : tracer l’origine du « sucre d’orge », une drogue psychotrope qui gangrène l’Empire britannique avec une ambition géopolitique effrayante. Moriarty explore désormais les méandres d’une intrigue d’État où la lutte contre les véritables menaces dépasse les règlements de comptes personnels.

Le tome 21 intensifie cette escalade. Deux fils narratifs s’entrelacent : d’une part, l’enquête d’État menée conjointement par Sherlock et Fred autour du « sucre d’orge » qui ronge secrètement l’Empire. De l’autre, une mort mystérieuse frappe la très ancienne famille des Roylott, naguère ruinée. Entre ces deux événements apparemment distincts se tissent des correspondances troublantes.

L’investigation nous entraîne dans une demeure cauchemardesque où errent des bêtes sauvages (élément que les fidèles du canon sherlockien reconnaîtront comme un clin d’œil audacieux au Speckled Band).

Un père obsédé par sa fille, un mystérieux groupe de romanichels qui sillonne les routes d’Angleterre, des secrets enfouis : le puzzle se complexifie page après page, tandis que Ryosuke Takeuchi révèle progressivement comment ces pièces s’ajustent.

La révélation finale, qui lie ces machinations au passé tumultueux d’un membre du cercle intime de William, transforme à nouveau les enjeux de la série. Ce que le manga démontre brillamment ici, c’est sa capacité à fouiller les interstices du mythe conanien en le réinterprétant sans jamais le trahir.

La grande force de ce tome réside dans son architecture narrative. Takeuchi a toujours excellé dans la construction d’énigmes qui s’éclairent rétrospectivement : le lecteur chemine en terrain incertain, croit suivre une piste, puis soudain réalise que les fils étaient entrecroisés depuis le début. Cette architecture triomphe particulièrement au tome 21, où l’enquête initiale sur le « sucre d’orge » s’avère indissociable d’une vengeance personnelle. C’est le genre de twist qui récompense le lecteur patient et le ravit d’avoir suivi la série depuis ses origines.

Hikaru Miyoshi poursuit son travail graphique exemplaire. Les planches captent l’atmosphère victoriennes avec une subtilité impressionnante : les détails architecturaux, les regards chargés, les poses théâtrales des personnages. Les scènes dans la demeure des Roylott, en particulier, respirent un malaise croissant, une tension que le trait du mangaka renforce par des jeux d’ombres savants. On perçoit au fil des pages l’étau se resserrer.

Après avoir ressenti, à la lecture du tome 20, une certaine verbosité narratologique qui m’avait profondément déçu (j’y voyais une perte du dynamisme viscéral du premier arc), je dois reconnaître que la seconde partie du cette enquête "Bande Mouchetée", s’avère étonnamment revigorante.

L’enquête menée par Sherlock à travers ces derniers chapitres se révèle surprenante et grisante à suivre. Chaque déduction du détective ramène progressivement à la surface des vérités enfouies et cette accumulation de petites révélations redonne à la série une tension intellectuelle que je craignais définitivement perdue. Enfin, nous quittons les méandres abstraits pour retrouver du sang, de la vengeance, du personnel.

Reste une présence qui intrigue par son inutilité relative : celle du jeune Fred aux côtés de Sherlock. Son apport narratif semble marginal, et interroge sur la volonté de l’auteur. S’agit-il d’une tentative délibérée de propulser ce personnage de seconde zone vers une stature plus importante ? Takeuchi sonde-t-il ici le lectorat pour évaluer si ce dernier souhaiterait voir Fred occuper un rôle majeur dans la suite ? Cette ambiguïté dans son statut intrigue autant qu’agace.

Pour autant, ce qui ravive véritablement mon enthousiasme pour la série, c’est la manière dont Takeuchi pose les jalons du retour probable de William Moriarty à l’avant-scène. Le tome 21 confirme que le passé du personnage central n’est pas archivé : il pulse sous la surface de l’intrigue d’État.

Cette hypothétique réintroduction prochaine soulève une question essentielle : Takeuchi prépare-t-il une résurrection spectaculaire de William en tant que figure emblématique centrale, ou le laissera-t-il dans l’ombre stratégique de cette nouvelle organisation ? L’ambiguïté s’avère délicieuse, croisons les doigts !

Enfin, une remarque mineure : bien que la complexité narrative soit l’un des atouts de Moriarty, les lecteurs moins familiers avec le canon sherlockien, notamment dans l’allusion au « Speckled Band », pourraient sentir qu’une connaissance préalable augmente considérablement la jouissance du texte. La série marche sur le fil entre fan-service érudit et accessibilité.

Moriarty tome 21 demeure un ouvrage maîtrisé et ambitieux, qui refuse l’essoufflement en replongeant le passé tumultueux de ses protagonistes dans une intrigue d’État de grande envergure. Pour les fidèles inconditionnels du manga, c’est une bonne raison de persévérer.

Pour ceux que la deuxième partie a un peu désenchantés, c’est peut-être l’occasion de donner une seconde chance à une série qui pourrait s’affirmer comme l’une des plus réinventions audacieuses du canon originel en manga. En cela, Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi ne perdent jamais de vue leur ambition première : transformer le mythe, non le singer.

Par Milan MORALES

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Code EAN : 2782505144250
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