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Ryun Reuchamps (Intermezzo) : « Il n’y a pas de limite, tant que l’histoire est bonne. » [INTERVIEW]

Par Christian MISSIA Dio 3 septembre 2026 
Une conversation dans un train, une idée lancée à Pierre-Henry Gomont et l’enthousiasme immédiat de Jordi Lafebre : il n’en fallait pas beaucoup plus pour faire naître Intermezzo. Avec cette nouvelle collection de récits courts à prix accessible, Ryun Reuchamps concrétise une envie de bande dessinée plus ramassée et spontanée. Chez Dargaud depuis 2005 et éditrice depuis 2018, elle nous raconte la naissance de cette parenthèse créative et les ambitions qu’elle nourrit pour son avenir.

Ryun Reuchamps, vous êtes l’éditrice de la nouvelle collection Intermezzo chez Dargaud. Lorsque vous recevez ou imaginez un projet, qu’est-ce qui vous fait dire : « Ce projet a sa place dans Intermezzo » ?

Ryun Reuchamps : Les choses ne se sont pas tout à fait passées dans ce sens-là. Comme nous avions décidé de lancer cette collection, je me suis directement adressée à des auteurs en leur demandant expressément d’imaginer un projet pour Intermezzo. Jusqu’à présent, je n’ai donc pas encore reçu de projet pour lequel j’aurais dû me demander s’il avait sa place dans la collection, puisque les projets ont été pensés dès le départ dans ce cadre-là.

Ryun Reuchamps (Intermezzo) : « Il n'y a pas de limite, tant que l'histoire est bonne. » [INTERVIEW]

Comment est née la collection Intermezzo ? Quelle était la volonté de départ et qui en a eu l’initiative ?

Tout est parti d’un trajet en train avec Pierre-Henry Gomont pour nous rendre au Salon de Genève. Nous parlions de Constellation, un livre de Frederik Peeters publié dans la collection Mimolette de L’Association : un petit format broché, avec une pagination réduite, en noir et blanc. Pierre-Henry me disait que c’était le genre de projet qu’il aimerait réaliser de temps en temps : partir d’une bonne idée sans devoir la développer sur 150 ou 200 pages, pour n’en garder que la quintessence.

Je lui ai répondu : « Très bien, on le fait ! » Cela rejoignait une de mes préoccupations : le prix de la bande dessinée. Les livres sont de plus en plus ambitieux, mais aussi de plus en plus chers. Je comprends évidemment pourquoi, mais l’idée était de revenir à une BD accessible aux lecteurs et aux lectrices.

En arrivant à Genève, j’ai croisé Jordi Lafebre et je lui ai expliqué le concept. Il m’a immédiatement répondu : « Oui, je veux faire ça ! » C’est comme ça que tout s’est enclenché et qu’est née la collection.

Intermezzo : Figures imposées | Intermezzo : Jane dans les nuages
Marzena Sowa & Cristina Bueno © Dargaud | Jordi Lafebre © Dargaud

Au-delà du format et du prix, cherchez-vous à donner une identité éditoriale propre à Intermezzo, notamment dans la manière de concevoir les récits, ou laissez-vous une totale liberté aux auteurs ?

Les auteurs sont plutôt libres. Le postulat de départ est néanmoins de proposer de la fiction. Intermezzo n’a pas vocation à être un laboratoire, comme peuvent l’être d’autres collections. Même si la pagination courte permet aux auteurs de s’essayer à un genre ou à une technique de dessin qu’ils ne développeraient peut-être pas sur un ouvrage plus long, en tout cas, cela reste de la bande dessinée de fiction assez classique. Pour le reste, notamment le choix des sujets, la liberté est très grande.

Y a-t-il des thématiques ou des genres que vous souhaitez privilégier au sein de la collection ?

Je ne privilégie aucun genre en particulier pour la collection. Si un auteur souhaite s’essayer, par exemple, au polar, il peut le faire. Il n’y a pas de limite, tant que l’histoire est bonne.

Parmi les quatre premiers albums, deux se terminent sur un cliffhanger. Est-ce une manière de laisser la porte ouverte à une éventuelle suite, ou ces récits sont-ils conçus pour s’achever ainsi ?

Non, l’histoire est terminée. Les auteurs ont parfois choisi de laisser une fin plus ou moins ouverte, à l’appréciation de chacun. Mais les albums d’Intermezzo sont conçus comme des one-shots : il n’y aura donc pas de suite.

Quel type d’auteurs et d’autrices souhaitez-vous accueillir dans Intermezzo ? La collection sera-t-elle ouverte aussi bien aux jeunes talents qu’aux auteurs confirmés, y compris en dehors du catalogue Dargaud ?

La collection n’est pas du tout fermée aux auteurs extérieurs à Dargaud. Il devait d’ailleurs y en avoir dans la première vague, mais des questions de planning ont finalement changé les choses. L’idée est de mêler des auteurs installés et de nouveaux talents. Cristina Bueno, par exemple, est une dessinatrice catalane qui n’avait encore jamais publié en France.

La deuxième vague est déjà complète. Nous y retrouverons Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg, Mathieu Burniat et Bertrand Gatignol, Cyrille Pomès, ainsi qu’Aimée de Jongh. Il y aura donc des auteurs du catalogue Dargaud, mais aussi des auteurs venus d’ailleurs. L’idée est vraiment que la collection reste ouverte.

Intermezzo : Les oranges amères | Intermezzo : Pensionnaires
Javi Rey © Dargaud | Pierre-Henry Gomont © Dargaud

Quelles sont vos ambitions pour Intermezzo à plus long terme ? Combien de titres envisagez-vous de publier chaque année et à quel rythme ?

L’idée est de publier quatre à cinq albums par an, à chaque rentrée, entre fin août et début septembre. L’année prochaine, nous devrions a priori en avoir cinq, même si cela dépend évidemment du planning des auteurs. L’ambition est avant tout que la collection trouve son public et que nous puissions la faire vivre le plus longtemps possible.

Ces quatre albums seront-ils donc les seuls titres d’Intermezzo publiés d’ici la fin de l’année 2026 ?

Oui, exactement. Nous sommes une toute petite équipe chez Dargaud Benelux et nous souhaitons privilégier une production de qualité. Nous nous sommes posé la question d’en publier davantage, mais ce serait compliqué à gérer au niveau de la production. Et ce n’est pas parce qu’un album ne compte que 32 pages qu’il est facile à réaliser : pour les auteurs, ce n’est pas toujours évident de l’intégrer à leur planning.

Combien de temps faut-il en moyenne aux auteurs pour réaliser un album de la collection ?

Cela dépend des auteurs, mais je dirais qu’il faut compter en moyenne trois à quatre mois. Ce n’est donc pas si facile à intégrer dans un planning de création lorsqu’on a déjà des albums ou des séries en cours. Au départ, 32 pages peuvent sembler assez simples à réaliser, mais, finalement, cela représente tout de même un vrai travail.

Et pour revenir à l’ambition de la collection, l’idée est aussi de permettre au public de découvrir plus facilement des auteurs et, plus largement, la bande dessinée. Grâce au prix et au format des albums, nous voulons proposer des livres que l’on puisse plus facilement découvrir, essayer et s’offrir. C’est aussi cela, l’ambition d’Intermezzo.

Il n’y aura pas de BD Comic Strip Festival à proprement parler cette année, mais un événement est tout de même prévu fin septembre. Dargaud compte-t-il y participer ?

Oui, Dargaud participera à l’événement. Un rendez-vous autour d’Intermezzo est d’ailleurs prévu le vendredi après-midi, en présence de plusieurs auteurs de la collection. Pierre-Henry Gomont ne pourra pas être présent, car il a une autre nouveauté et d’autres engagements à ce moment-là. Pour connaître la liste complète des auteurs présents, le mieux est de vous adresser à Donatienne, qui organise notre participation.

Merci beaucoup.

Intermezzo : Jane dans les nuages
Jordi Lafebre © Dargaud

Par Christian MISSIA Dio

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782505142799

En médaillon : Ryun Reuchamps
Photo © Dargaud/DR

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12 Messages :
  • L’idée n’est pas neuve (c’est au fond le format comics hors sériel, le projet des Mimolette de l’asso, de la collection brochée de Cornélius, de ce qu’avait fait le nouveau Futuro à ses débuts avec 32...) mais elle est très bien en soit. Par contre le tarif est vraiment prohibitif, ce genre de publications devrait être entre 6 et 8 € grand max... tout augmente je sais, et il y a de bonnes raisons, mais vu que les salaires, eux, non, j’ai peu d’espoir pour la collection.

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    • Répondu le 4 septembre à  14:02 :

      Non, 6-8 euros, vous savez bien que c’est impossible, à moins de mettre de la pub comme les comics américains et de vendre en kiosque. Les références que vous citez en exemple n’étaient pas bon marché non plus.

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      • Répondu par jbParis le 4 septembre à  17:38 :

        Le dernier Lapinot (format classique, cartonné, 48 pages) coûte 4€ de plus qu’un Intermezzo. Le positionnement prix risque de coûter cher (🤭) à cette nouvelle collection.

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      • Répondu le 4 septembre à  17:53 :

        Mimolette est à 6€ précisemment. 32 chez Futuro à 4,90€.
        La collection s’est arrêtée et n’était sans doute pas viable mais de fait, 10€ pour 32 pages c’est impossible que cela fonctionne sur le temps long, et c’est dommage.

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    • Répondu par jbParis le 4 septembre à  15:56 :

      Pour en avoir discuté avec des libraires et des clients, je peux vous assurer de tous rejoignent votre avis sur le prix de vente .

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      • Répondu le 4 septembre à  17:08 :

        Oui, moi aussi ça m’arrive souvent de discuter avec 3 ou 4 personnes, et ensuite de commencer mes phrases par « Tout le monde pense que ».

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  • Pas neuf
    4 septembre 18:47, par s.lampion

    La collection Kim fait la même chose depuis qqes années chez Cornélius et a relancé ce format (la collection Mimolette de L’association, elle même copiée sur les Mitchum et co de Cornélius, étant à l’abandon). Avec plein de bons titres à découvrir.

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    • Répondu le 4 septembre à  21:05 :

      Même format, vous êtes sûr ? Il me semble que les Intermezzo sont plus grands que le format comics.

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      • Répondu par s.lampion le 5 septembre à  00:16 :

        Oui, même format. 17 x 23,5 cm pour les Kim, 17 x 23,9 pour les intermezzo. 4 millimètres de différence.

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        • Répondu le 6 septembre à  16:25 :

          "Il n’y a pas de limite, tant que l’histoire est bonne" Ben, justement, il y a la limite des 32 planches, non ?

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        • Répondu le 8 septembre à  09:43 :

          Tout dépend de quelle comics on parle. Pour avoir comparé en librairie, le format d’Intermezzo est plus petit que certain comics. Quant à la qualité du papier utilisé pour la couverture et les pages, ça mérite un 5 ou 7 euros, mais certainement pas 10 euros. Et encore moins pour un 32 pages d’une histoire qui sent le vite fait par manque de place.

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          • Répondu le 8 septembre à  16:10 :

            Le format dit "comics", c’est le format des comics américains. Il faut se souvenir aussi qu’à la grande époque, un épisode de Superman, de Batman ou de Spiderman, c’était 17 planches… et c’était suffisant pour raconter des histoires qui ont marqué des générations.

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