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Favori de la rédaction
2 janvier 2026
Des livres sur Hergé, il y en a des centaines. Sur Jacobs, un peu moins. Souvent, nous avons souvent affaire, dans le premier cas, à une érudition un peu vaine, pour collectionneurs peut-on dire, du genre à gloser sur le nombre de poils de barbe sur le menton du capitaine Haddock. Ne méprisons pas cette littérature : il n’est pas facile de passionner un passionné.
Mais dans le registre de l’histoire culturelle, tout document inédit, toute recherche, éclaire sous un jour nouveau une histoire mille fois connue. Pour y arriver, il faut un minutieux travail sur les archives, et Philippe Goddin, en chef de file, s’y était attelé pendant des décennies avec une rigueur constante qui ne dissimulait pas les zones d’ombre de la statue du commandeur. On retrouve cette même impression de probité ici. Éric Verhoest a travaillé, bien travaillé.
Ce journaliste de formation mais aussi expert de bande dessinée de longue date (on lui doit de plusieurs ouvrages sur Franquin et sur Blake & Mortimer, il a aussi été éditeur pour Marsu Productions ou pour Hachette, de même que pour Champaka, qui est à la fois un label éditorial revendu à Dupuis et le nom de la galerie qu’il dirige) a une connaissance évidente de son sujet mais aussi des meilleures sources documentaires qui y sont attachées. Il a très bien réussi à les croiser ici avec une iconographie abondante et rare.
On a vu souvent Moulinsart tirer sur la corde très usée de la tintinologie, quelquefois en plagiant ses propres productions. Celle-ci fait exception. Au travers de l’histoire qui nous est contée, ce sont deux personnalités qui se révèlent : Hergé, sensible et opportuniste, avec l’intelligence d’un artiste autodidacte ; Jacobs, obsessionnel et cultivé, ayant appris les beaux-arts, la peinture comme la musique. Leur rencontre aboutit à plus d’un chef d’œuvre, commun ou personnel, notamment au travers du Journal Tintin pour lequel ils mobilisent leurs amis proches au sortir d’une période -celle de la guerre- qui les traumatisa durablement.
Mais cette après-guerre est compliquée pour les deux hommes. Hergé sort du conflit, certes ébranlé et tenaillé par le doute, mais combatif et prêt consolider et à profiter de la gloire qui est la sienne. Jacobs sort de l’ombre à la faveur du Journal des 7 à 77 ans. Ses débuts dans le Journal Bravo ont fait place à une œuvre classique et puissante qu’il forge en temps réel. Lentement, avec difficulté. Alors qu’il a puissamment soutenu Hergé dans les moments de tourmente, notamment à la Libération, ses premiers albums mettront du temps à sortir et les relations avec l’éditeur Raymond Leblanc sont laborieuses, sans qu’il se sente pour autant soutenu par son ancien complice. Au contraire, une sorte de rivalité s’installe…
Fourmillant d’anecdotes recoupant les deux œuvres, Verhoest offre une nouvelle lecture de leur collaboration et de leurs œuvres respectives. L’Ecole de Bruxelles n’est pas le fait d’un maître suivi par ses disciples. C’est bien plus complexe que cela... Et c’est beau, surtout. L’iconographie en témoigne, offrant une nouvelle perspective sur l’œuvre de ces deux titans.
Tintinologues, tintinophiles, jacobsologues, jacobsophiles de tous les pays, unissez-vous !, ce livre est pour vous !
Par Didier PASAMONIK
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Hergé-Jacobs : du duo au duel – Par Éric Verhoest – Ed. Moulinsart / Casterman
Prix de vente public : 29 €
Date de sortie : le 14 janvier 2026
Dimanche 1er février 2026, Éric Verhoest sera présent au Musée Hergé à 14h pour une présentation et des dédicaces de cet ouvrage.
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