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Duel au sommet : Hergé et Jacobs

Par Didier PASAMONIK Favori de la rédaction 2 janvier 2026 
Il faut le dire : sans la rencontre entre Hergé et Edgar P. Jacobs, la bande dessinée belge n’aurait pas eu le même visage. On découvre dans le formidable ouvrage d’Éric Verhoest la rencontre puis le parcours des fondateurs de l’Ecole de Bruxelles. Une rencontre capitale où les deux hommes ont trouvé leur compte. Mais cette complicité n’a pas tardé à se transformer en rivalité, le triomphe d’Hergé étant mal ressenti pas un ami et collègue qui n’a peut-être pas été traité avec les égards nécessaires.

Des livres sur Hergé, il y en a des centaines. Sur Jacobs, un peu moins. Souvent, nous avons souvent affaire, dans le premier cas, à une érudition un peu vaine, pour collectionneurs peut-on dire, du genre à gloser sur le nombre de poils de barbe sur le menton du capitaine Haddock. Ne méprisons pas cette littérature : il n’est pas facile de passionner un passionné.

Mais dans le registre de l’histoire culturelle, tout document inédit, toute recherche, éclaire sous un jour nouveau une histoire mille fois connue. Pour y arriver, il faut un minutieux travail sur les archives, et Philippe Goddin, en chef de file, s’y était attelé pendant des décennies avec une rigueur constante qui ne dissimulait pas les zones d’ombre de la statue du commandeur. On retrouve cette même impression de probité ici. Éric Verhoest a travaillé, bien travaillé.

Ce journaliste de formation mais aussi expert de bande dessinée de longue date (on lui doit de plusieurs ouvrages sur Franquin et sur Blake & Mortimer, il a aussi été éditeur pour Marsu Productions ou pour Hachette, de même que pour Champaka, qui est à la fois un label éditorial revendu à Dupuis et le nom de la galerie qu’il dirige) a une connaissance évidente de son sujet mais aussi des meilleures sources documentaires qui y sont attachées. Il a très bien réussi à les croiser ici avec une iconographie abondante et rare.

Duel au sommet : Hergé et Jacobs
Une iconographie particulièrement soignée accompagne l’ouvrage.
Dessin de Hergé - © TintinImaginatio

On a vu souvent Moulinsart tirer sur la corde très usée de la tintinologie, quelquefois en plagiant ses propres productions. Celle-ci fait exception. Au travers de l’histoire qui nous est contée, ce sont deux personnalités qui se révèlent : Hergé, sensible et opportuniste, avec l’intelligence d’un artiste autodidacte ; Jacobs, obsessionnel et cultivé, ayant appris les beaux-arts, la peinture comme la musique. Leur rencontre aboutit à plus d’un chef d’œuvre, commun ou personnel, notamment au travers du Journal Tintin pour lequel ils mobilisent leurs amis proches au sortir d’une période -celle de la guerre- qui les traumatisa durablement.

Mais cette après-guerre est compliquée pour les deux hommes. Hergé sort du conflit, certes ébranlé et tenaillé par le doute, mais combatif et prêt consolider et à profiter de la gloire qui est la sienne. Jacobs sort de l’ombre à la faveur du Journal des 7 à 77 ans. Ses débuts dans le Journal Bravo ont fait place à une œuvre classique et puissante qu’il forge en temps réel. Lentement, avec difficulté. Alors qu’il a puissamment soutenu Hergé dans les moments de tourmente, notamment à la Libération, ses premiers albums mettront du temps à sortir et les relations avec l’éditeur Raymond Leblanc sont laborieuses, sans qu’il se sente pour autant soutenu par son ancien complice. Au contraire, une sorte de rivalité s’installe…

Dessin de Hergé & E-P. Jacobs - (c) TintinImaginatio
Un moment rare et curieux de la collaboration entre Hergé et Jacobs. Alors que le créateur de Tintin est inquiété par la justice pour collaboration avec l’ennemi, les deux hommes mandatent un agent pour vendre trois séries dessinées en commun sous le pseudonyme d’Olav. Les affaires d’Hergé s’arrangeant, le projet tourne court.
Dessin de Hergé et Edgar P. Jacobs. - © TintinImaginatio

Fourmillant d’anecdotes recoupant les deux œuvres, Verhoest offre une nouvelle lecture de leur collaboration et de leurs œuvres respectives. L’Ecole de Bruxelles n’est pas le fait d’un maître suivi par ses disciples. C’est bien plus complexe que cela... Et c’est beau, surtout. L’iconographie en témoigne, offrant une nouvelle perspective sur l’œuvre de ces deux titans.

Tintinologues, tintinophiles, jacobsologues, jacobsophiles de tous les pays, unissez-vous !, ce livre est pour vous !

Par Didier PASAMONIK

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Code EAN : 9782203306516

Hergé-Jacobs : du duo au duel – Par Éric Verhoest – Ed. Moulinsart / Casterman
Prix de vente public : 29 €
Date de sortie : le 14 janvier 2026
Dimanche 1er février 2026, Éric Verhoest sera présent au Musée Hergé à 14h pour une présentation et des dédicaces de cet ouvrage.

Tintin Blake et Mortimer Casterman Moulinsart ✏️ Edgar P. Jacobs ✏️ Hergé Etude sur la BD Belgique Bruxelles Marché de la BD : Faits & chiffres
 
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4 Messages :
  • Duel au sommet : Hergé et Jacobs
    3 janvier 10:44, par turin

    Cette planche commune en noir et blanc est de toute beauté. On se plaît à imaginer un album dessiné par ces deux artistes.
    Voilà un livre que je veux absolument voir et lire. Merci pour cet article.

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  • Duel au sommet : Hergé et Jacobs
    3 janvier 13:02, par Jacques Langlois

    Une amitié compliquée entre deux auteurs jaloux et suspicieux comme je l’ai moi aussi raconté dans mon livre « Hergé et le carnet oublié ». Hâte de lire le travail d’Éric !
    l

    Répondre à ce message

  • Duel au sommet : Hergé et Jacobs
    3 janvier 15:21, par Polack Denis

    Comparer ces deux auteurs n’a pas de sens tant sur le dessin que sur le texte. Les deux sont très agréable mais différents.

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    • Répondu par Biermé le 11 février à  08:50 :

      Oui, une grande différence entre Hergé et Jacobs.
      Jacobs était contre la ligne claire, mais il disait que c’est plus facile de dessiner avec la ligne claire. Ce n’est que Le Mystère de la Grande Pyramide qui a été dessiné en ligne claire, car Casterman était intéressé de publier Jacobs. C’est Hergé (d’après Jacobs) qui a tout fait pour que Blake et Mortimer restent aux Éditions du Lombard. Hergé a proposé Jacques Martin à Casterman.
      La ligne claire était une obligation pour l’imprimerie en Typographie.
      Les Égyptiens, bien avant la BD, avaient inventé la ligne claire. Les Japonais aussi…

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