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Nous n’en doutions guère : nous avions déjà été fortement impressionnés par les qualités plastiques des originaux de David Sala lors de sa précédente exposition à la galerie Daniel Maghen. Trois ans plus tard, le voici de retour rue du Louvre, accompagné cette fois d’un hôte pour le moins encombrant : une créature de plus de deux mètres de haut.
Et elle n’est pas la seule à prendre possession des lieux. Les grands formats de Sala envahissent les murs, ses planches font éclater les cases jusqu’aux fonds perdus, tandis que certaines compositions, presque brutalistes, flirtent avec l’abstraction. Face à ces originaux, la sidération est immédiate : rarement l’étendue de la palette graphique de David Sala aura paru aussi manifeste.
D’ordinaire d’un blanc immaculé, les murs de la galerie Maghen sont ici éclaboussés de couleurs vives et saturées. Car en s’emparant du mythique roman fantastique de Mary Shelley, David Sala ne cherche pas tant à représenter le monstre qu’à retrouver l’être sensible dissimulé derrière sa silhouette démesurée. Il lui restitue une humanité que le cinéma, à force d’en imposer l’apparence monstrueuse, a souvent reléguée au second plan. « Pour moi, il n’est pas une bête, il est une créature à la marge. Il voit le monde comme le ferait un enfant. »
Tout le travail de Sala repose sur ce paradoxe. La créature est gigantesque, mais son regard sur le monde est celui d’un nouveau-né. D’où ce jeu permanent sur les échelles : face à cet être de plus de deux mètres, la nature devient tour à tour minuscule ou immense, familière ou prodigieuse. À mesure qu’il découvre ses beautés, son regard émerveillé, parfois naïf, fait peu à peu oublier la monstruosité de son apparence. Le colosse devient vulnérable.
Cette sensibilité passe aussi par la matière. « Mon point de départ a été ma volonté de travailler la gouache au couteau », nous explique David Sala, les planches en main, « afin d’avoir davantage de matière et de pouvoir, grâce à cela, être plus organique. » Empâtements, superpositions, vibrations de la couleur : une multitude de subtilités que la reproduction ne peut restituer complètement et qui ne se révèlent vraiment que face aux originaux.
Cela tombe bien : David Sala nous ouvre les portes de son Frankenstein et nous en fait, pour vous, la visite.
Par Kelian NGUYEN Zoé BRASQUET
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Photos : Zoe Brasquet, Kelian Nguyen
Reportage : Zoe Brasquet, Kelian Nguyen
Montage : Zoe Brasquet
Exposition jusqu’au 24 octobre 2026
36 rue du Louvre
75001 Paris