D’Albert Algoud, on connaît la figure bonhomme et un peu farce qui débuta dans les années 1980 sur France Inter dans l’émission « Le Tribunal des flagrants délires » aux côtés de Claude Villers, Pierre Desproges et Luis Rego, puis dans la mythique émission « Nulle Part Ailleurs » sur Canal + dans les années 1990.
Dans la veine satirique qui est la sienne, ce journaliste et écrivain a écrit plusieurs ouvrages en collaboration avec Antoine de Caunes, Karl Zero et d’autres figures caustiques et humoristiques de la TV. On sait moins qu’il a été un des scénaristes des « Guignols de l’info », qu’il est l’auteur de deux bandes dessinées : "Où est Sarko ?" (dessins de Herlé , Éditions de l’Opportun, 2011) et "Le Prof qui a sauvé sa vie" (dessins de Florence Cestac, Dargaud, 2023) et un temps rédacteur-en-chef de Fluide Glacial.
Mais les tintinophiles connaissent depuis des années ses travaux sur l’œuvre d’Hergé, notamment "Tintinolâtrie" (Casterman, 1987), "Le Haddock illustré : dictionnaire des insultes du capitaine Haddock" (Casterman,1991, édition révisée en 2004), "Le Tournesol illustré" (Casterman,1993), "Le Dupondt sans peine" (Canal+ Éditions, 1997), "L’Archipel Tintin" (Les Impressions Nouvelles , 2004, nouvelle édition en 2012), "La Castafiore : biographie non autorisée" (Chiflet & Cie, 2006), "Petit dictionnaire énervé de Tintin" (Éditions de l’Opportun, 2010), "Dictionnaire amoureux de Tintin" (Plon, 2016), "Le Senhor Oliveira da Figueira et les aventures de Hergé et Tim-Tim au Portugal" (Chandeigne, 2021). Sacrés états de service !
Il vient de publier ces jours-ci « La Vraie vérité sur Tintin ! » (Editions Hugo / Desinge) qui devrait, selon ses propres mots, « énerver les tintintégristes ». C’est qu’en parcourant les albums, il a fait quelques découvertes et réflexions « inattendues, voire scandaleuses » issues de son observation de l’œuvre d’Hergé.
Un florilège ? « Milou est une chienne », « Dans l’Île noire, Tintin porte-t-il un slip sous son kilt ? », l’existence d’autres Tintin notamment chez Benjamin Rabier, influence reconnue par Hergé sur son œuvre ; les nombreux Dupondt présents dans la presse populaire ; les causes de l’alcoolisme de Haddock ; le passé collaborationniste et rexiste de Nestor avant qu’il ne devienne l’obséquieux serviteur de Haddock ; la figure qui inspira le Professeur Tournesol ; la surprenante présence de plusieurs Tchang et Papadopoulos dans la littérature populaire ; les nombreux emprunts de Tintin à Jules Verne ; sans compter le « dossier syldave » : entre la Roumanie, l’Albanie, la Bulgarie et le Montenegro, Algoud tranche, preuves à l’appui : c’est la Macédoine la véritable inspiration du royaume syldave.
Pour le tintintégriste, rien de bien nouveau dans ces révélations, mais c’est un bon résumé de toutes les recherches qui ont été faites sur le corpus tintinesque depuis 40 ans. C’est surtout formidablement écrit dans le style érudit et malicieux de l’ancien prof de lettres qui nous raconte dans cette vidéo son parcours tintinophile.
Tintin reporter ? Vraiment ?
Le plus jouissif et le plus étonnant est le livre du journaliste-reporter de Géo Marc Ouahnon. Faisant le constat que, depuis 1929, on nous raconte les aventures d’un reporter dont on n’a jamais pu lire, depuis plus de 90 ans, la moindre ligne, alors que notre héros s’est baladé de la Russie des Soviets à la Lune ! Marc Ouahnon a entrepris d’écrire lui-même tous ces reportages en se replongeant dans ses aventures mais pas seulement : en nous resituant dans un tableau historique de chacune de celles-ci, comme le ferait un simple journaliste.
On découvre notamment le contexte de la montée du bolchévisme en Europe dans les années 1930, la fièvre des chercheurs de diamants au Congo, la pègre à Chicago et les confiscations des terres des autochtones par les entreprises pétrolières américaines, le trafic de drogue entre l’Arabie et l’Inde, l’invasion de la Mandchourie par les Japonais, le jeu de dominos de l’influence nazie dans les Balkans, le rôle du Professeur Piccard dans la conquête de la Lune, etc.
Des articles qui courent jusqu’en 1976 et qui montrent que les organes de presse qui ont financé les aventures du reporter ne faisaient pas de l’emploi fictif.
L’exercice de style est plaisant comme une friandise, il fallait y penser ! Très beau cadeau pour les tintinophiles, les tintinolâtres et autres tintintégristes !
Par Didier PASAMONIK
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