Vous en avez fait l’expérience plus d’une fois néamoins : quand on reprend un livre en mains une seconde fois, l’expérience n’est pas la même qu’à la première lecture. « Chaque lecteur a son poème » faisait remarquer avec pertinence le grand scénariste Alan Moore. On pourrait rajouter : chaque moment de lecture aussi. Un lecteur de 7 ans n’est pas un lecteur de 77 ans.
Et dans le domaine hergéen, depuis des années, les lecteurs chevronnés, les « tintinologues » souvent chroniqués sur ce site, trouvent toujours de nouvelles choses à dire.
C’est encore le cas aujourd’hui avec deux publications qui ont attiré notre attention : la 79e livraison de la revue semestrielle « Les Amis d’Hergé » et l’ouvrage de Jean-Jacques & Renaud Natiez, Hergé Musicien (Presse universitaires de Montréal / La petite culture).
C’est toujours avec délice et curiosité que l’on découvre la revue Les Amis d’Hergé cornaquée (mais pas seulement…) par l’Hergéologue en chef Philippe Goddin qui signe l’édito de ce numéro qui célèbre les 40 ans de la revue.
Avec ses 1400 followers -comme on dit aujourd’hui- qui comptent un certain nombre de « boomers » sans doute, mais pas seulement, la revue du club créé en 1985 par Stéphane Steeman et Claude Régnier, a continué à prospérer avec la bénédiction de Fanny Remi, seconde épouse d’Hergé, qui souhaitait dans le premier numéro « Longue vie aux ADH ! »
Au rythme de deux numéros par an, la revue des Amis a été professionnalisée, et c’est au nombre de 400 que les membres se sont retrouvés en Belgique le 1er mars dernier pour leur assemblée annuelle. Quelle ferveur !
Ce numéro -en attendant le N°80 des 40 ans qui sortira à l’automne- est toujours aussi étonnant.
Les plumes consacrées au maître de Bruxelles vont chercher dans chaque recoin, là une source documentaire (ici pour Jo, Zette et Jocko, Quick et Flupke,…), là une source de commentaire ou de réflexion (« l’objet du mythe » de l’incontournable Jacques Langlois), le parallèle entre l’œuvre d’Hergé et celle d’autres artistes (dans ce numéro : Franquin), ou encore le constat que l’homme-léopard, si présent dans Tintin au Congo, a disparu du Musée de l’Afrique à Tervueren (Bruxelles).
On découvre des personnalités méconnues de l’entourage d’Hergé comme ce Julien De Proft, secrétaire de rédaction au XXe siècle, qu’Hergé retrouvera dans « Le Soir volé ». Une collaboration qui vaudra à l’ancien ami d’Hergé deux ans de prison à la Libération...
Le plus drôle est cet article de Cédric Valentin qui revient sur l’affirmation d’Albert Algoud que « Milou est une chienne » (voir la vidéo qui accompagne notre article sur son ouvrage) : « Que Milou soit une femelle ? Pourquoi pas ! […] Mais restons sérieux (ou pas !) : Tintin parle souvent de Milou au masculin. » Avec M… comme dans mystère… Tout le numéro est du même acabit, recueillant analyses et anecdotes, incitant à rouvrir les albums de Tintin. On adore !
Hergé musicien ?
Le titre de l’insatiable spécialiste d’Hergé Renaud Nattiez s’adorne d’un point d’interrogation. On le comprend vu le sort qui est fait à la Castafiore et à son pianiste dans Tintin. Mais dans son « inventaire du musical dans Tintin » le musicologue réputé Jean-Jacques Nattiez et frère du tintinologue vient au secours du dessinateur belge en détaillant la variété des musiques présentes dans Tintin : le Faust de Gounod, certes, massacré par la diva, mais aussi de la variété, des airs populaires, des comptines pour enfants, de morceaux de partitions musicales qui dénotent un intérêt d’Hergé pour la musique plus étendu que prévu.
On imagine en effet qu’Edgar P. Jacobs, proche collaborateur d’Hergé et chanteur d’opéra, ou encore Jacques Van Melkebeke, critique musical, ont plus d’une fois dû actionner leurs 78 tours en sa présence ! L’ouvrage est incroyablement érudit, mettant des partitions en face des séquences cultes de Tintin. Hergé était-il musicien ? Une photo illustrant l’ouvrage répond factuellement à cette question. Les frères Nattiez font en tout cas la démonstration que le père de Tintin était loin d’avoir... l’oreille cassée !
Cet essai est une fois de plus magnifiquement illustré par Stanislas, le dessinateur de l’incontournable biographie du créateur de Tintin, "Les Aventures d’Hergé" (sc. José-Louis Bocquet et Jean-Luc Fromental, Dargaud). Stanislas qui fête ses 40 années de carrière aux Rencontres Chaland de Nérac en octobre prochain. Amis d’Hergé, vous savez où aller !
Voir en ligne : Le site de la revue Les Amis d’Hergé
Par Didier PASAMONIK
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Participez à la discussion