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Qui est Yves Chaland ? Il n’est pas inutile de le rappeler, alors que les Rencontres Chaland auront lieu, pour leur 19e édition, à Nérac du 1er au 4 octobre prochain. Originaire de Nérac (Lot-et-Garonne) et né presque par hasard à Lyon en 1957, l’année de la création de Gaston Lagaffe, il fait ses études à l’École des beaux-arts de Saint-Étienne, où il rencontre celle qui deviendra son épouse, Isabelle Beaumenay-Joannet. Avec quelques amis, il lance en 1978 Unité de valeur, un fanzine qui attire l’œil de Jean-Pierre Dionnet, le créateur et timonier des Humanoïdes Associés, qui l’engage à collaborer à Métal Hurlant, Ah ! Nana ou encore Métal Aventures.
Chaland dans Métal, lui dont les maîtres à dessiner sont Tillieux, Franquin, Jijé et Hergé ? Oui, car nous assistons à ce moment-là à l’éclosion d’une Ligne claire contemporaine qui, dans le sillage de Swarte, Ever Meulen, Floc’h et Ted Benoit, déconstruit les codes de ces classiques pour en proposer une lecture résolument moderne.
Défilent ensuite ses séries phares : les Bruxellois Bob Fish et Le Jeune Albert, le pétulant « héros atomique du futur » Adolphus Claar et cet avatar de Tintin qu’est Freddy Lombard. On découvre également quelques-uns de ses travaux publicitaires. Cette carrière fulgurante s’interrompt tragiquement en juillet 1990, lorsqu’Yves Chaland disparaît dans un accident de voiture.
Quand on met le nez dans ses originaux, Yves Chaland subjugue. « Son dessin est parfait », nous dit François Schuiten. Avec Benoît Peeters, on constate qu’il réussit la même performance qu’Hergé : traverser les décennies sans que son dessin prenne une ride. Son influence est considérable : Serge Clerc, Floc’h, François Avril, Loustal, mais aussi des artistes plus jeunes comme Blutch ou Lucas Harari se réclament de son héritage.
Repenser le rôle de la galerie
« Paris est une ville divisée en deux : la rive gauche, où l’on rêve, et la rive droite, où l’on fait des affaires », constatait Paul Morand. De fait, ces dernières années, c’est surtout sur la Rive droite que le marché de la planche originale a pris de l’ampleur. Seule la Galerie Christian Collin occupait jusqu’ici le terrain dans ce voisinage.
Antoine Mathon n’ignore rien, pour autant, des arcanes de Saint-Germain-des-Prés. Son premier achat de collectionneur fut précisément une planche de Bob Fish, acquise en 1995 chez Yves Rasquain, le fondateur de la librairie Album. Planche aujourd’hui présente dans l’exposition.
C’est un peu son « sou fétiche » à la Picsou et elle n’est évidemment pas à vendre. D’ailleurs, sur la centaine de pièces réunies ici, seule une dizaine est proposée à la vente par Isabelle Chaland-Beaumenay. De quoi offrir au visiteur une exceptionnelle rétrospective permettant de mesurer l’étendue du talent du « Prince de la Ligne claire ».
L’ensemble est d’autant plus émouvant que l’on y retrouve aussi bien ses premiers dessins, dont un autoportrait, réalisés à l’âge de 14 ans que la toute dernière planche qu’il livra à Métal Hurlant, avant que la « Machine à rêver » ne disparaisse.
Un nouveau modèle de galerie ?
Antoine Mathon a vu le marché de la collection et le métier de la bande dessinée évoluer au fil des années. Depuis les productions des années 1950, époque où les auteurs étaient littéralement payés « à la ligne », leur statut et leur environnement économique se sont profondément transformés. En vingt-cinq ans, la valeur des planches originales a explosé, suscitant de nouveaux modèles économiques et de nouvelles pratiques, tant dans la production que dans la commercialisation des œuvres.
Certaines œuvres de bande dessinée sont ainsi devenues aussi iconiques que certaines toiles de maîtres. Antoine Mathon constate parallèlement que le monde de la bàde dessinée, confronté à une crise profonde, n’accompagne plus, selon lui, comme il le faudrait ses auteurs les plus talentueux.
Il imagine donc sa galerie comme un lieu d’accompagnement en complément de celui des éditeurs où pourraient éclore les images mémorables de demain, grâce à la défense, dit-il, d’« une rémunération plus juste », à un accompagnement juridique et administratif adapté, mais aussi au développement de collaborations avec des institutions culturelles favorisant une diffusion plus large des œuvres et de leurs auteurs.
Vaste et ambitieux programme que nous suivrons de près !
Par Didier PASAMONIK
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