Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
A tout seigneur tout honneur, commençons avec Gotlib qui est déjà salué en tant que référence de Julien Solé pour l’exposition d’Huberty-Breyne à Paris. Ici, il ne s’agit pas d’une nouvelle réédition, mais bien d’un chantier colossal auquel se sont attelées les équipes de Dargaud et de Fluide Glacial. Les deux maisons d’éditions « s’associent [...] avec un objet éditorial exceptionnel : la publication, pour la première fois, de l’intégralité de ses bandes dessinées, enrichie d’un appareil critique. L’édition de cette Œuvre complète a été réalisée sous la direction de Jean-Louis Gauthey et avec l’aide d’Ariane Gotlieb, la fille de Marcel Gotlib. Ce projet minutieux et passionné – Jean-Louis Gauthey a sillonné durant plusieurs mois bibliothèques, musées et centres d’archives pour dénicher des dessins oubliés – s’accompagne de la restauration de certaines planches afin d’être le plus fidèle possible aux intentions artistiques initiales de l’auteur. »
On ne s’en cache pas, cette initiative éditoriale nous comble de joie ! La précédente (et unique) tentative de rassembler le travail de Gotlib date des années 1980 lorsque Rombaldi avait publié de 1980 à 1989 neuf recueils d’environ 280 pages chacun. Et depuis lors, nombreuses ont été les publications qui reprenaient des "inédits", à savoir des planches qui avaient été écartées ou étaient passées sous le radar, et même des séries complètes comme Nanar, Jujube et Piette. Bref, il était grand temps de remettre de l’ordre là-dedans et voici ce que propose cette Œuvre complète !
Ce "premier" volume débute avec les planches du 23 mars 1967 et court jusqu’à la fin de l’année. Pourquoi ne pas commencer au commencement ? Les éditeurs ne l’évoquent pas, mais les raisons sont assez simples à comprendre. Tout d’abord car retrouver et restaurer les toutes premières pages de Gotlib doit s’apparenter à un travail assez complexe. Puis lorsqu’on débute une telle collection qui devrait comprendre une vingtaine de volumes, on cherche à attirer d’emblée un maximum de lecteurs afin de capitaliser pour la suite : mieux vaut alors se baser sur une période où l’auteur est en pleine possession de son style tout en présentant des pans méconnus de son travail.
Que peut-on alors retrouver au menu de ce volume de 240 pages :
– un préambule éditorial qui explique bien comment les planches sont présentées, grâce à des restaurations et des améliorations avec un bleu à la planche de gris comme dans les originaux du maître.
– un petit dossier de huit pages qui resitue l’année de production dans son contexte global et personnel par rapport à Gotlib. Il présente également Henri Dufranne qui a encré des jeux et des gags de Gai-Luron.
– 220 pages de bandes dessinées (et de quelques dessins) qui reprennent méthodiquement les publications à partir du 23 mars 1967 dans :
La qualité et la quantité du travail de Gotlib sautent aux yeux. Presque en solo, il réalise plus de deux cents planches et couvertures en moins d’une année, avec une précision et un humour ébouriffants. Cette présentation chronologique permet de faire les liens entre les publications au sein des deux hebdomadaires, mais également de saisir l’évolution dans son travail. Il y a presque un monde de différence entre des pages des Dingodossiers du début d’année avec l’élève Chaprot et les dernières de l’année, notamment avec Comment calmer bébé où la force du lettrage, les trognes des personnages et les mouvements annoncent déjà toute l’ère de Fluide Glacial.
Deux volumes seront publiés chaque année « sans que l’ordre chronologique ne soit nécessairement respecté », nous précisent les éditeurs. Ainsi, le tome 2 (1968 - 1969) paraîtra en avril 2026 et le tome 3 (1969) en novembre 2026. Bref, accrochez vos ceintures, cela va gotliber à tout va !
Peanuts voit grand !
Pilote n’est pas le seul magazine de son fonds que Dargaud peut exploiter, il peut aussi compter sur Charlie mensuel et ses déclinaisons. Au rayon des stars internationales qui y ont trouvé une place d’honneur, Charles M. Schulz arrive certainement en tête, inspirant d’ailleurs le nom du magazine lui-même avec l’un de ses personnages, à savoir Charlie Brown.
Après avoir édité la totalité des strips quotidien de la série en 26 volumes de 2005 à 2022, Dargaud lance cette fois l’intégrale des pages dominicales, à savoir ces demi-planches en couleurs (les strips de la semaine étaient en noir et blanc). On compte plus de 2.500 Sunday pages réalisées par Schulz pendant la totalité de sa carrière. Avec un peu plus de 200 pages dans ce premier recueil, on peut donc estimer que cette nouvelle collection comptera une dizaine de volumes.
Les pages du dimanche avaient déjà été partiellement exploitées par le passé, même si la grande majorité des publications francophone reprenaient des strips, parfois rassemblés ou remontés. On peut considérer que la première véritable publication de ces pages a été réalisé par Delcourt de 2014 à 2016. Ces six petits volumes de la collection Contrebande proposaient des pages de 1970 à 1981.
La nouvelle édition lancée il y a quelques semaines par Dargaud a tout d’abord le mérite de débuter à la toute première Sunday page de Schulz, à savoir celle du 2 janvier 1952. Elles sont toutes publiées de manière chronologique et datée afin que l’on puisse s’y retrouver. L’élément essentiel tient à la présentation de l’ouvrage, à l’italienne, afin de conserver le format original, même si l’éditeur a ici choisi un grand format pour son ouvrage afin qu’on puisse profiter au mieux du graphisme du maître américain. Rajoutons que les pages ont été restaurées et recolorisées dans l’esprit de l’époque.
Bref, un must pour tous les fans de Peanuts et de Schulz, et une merveilleuse occasion de revenir aux origines du mythe pour tous les passionnés, avec des vérités philosophiques aussi importantes que : « Il est impossible de lancer une chips » ou « l’existence du père noël tient du débat théologique. »
Moroni, l’inspecteur de (presque) tous les excès
Après les années 1950 et 1960, sautons dans le temps au début des années 2000 qui voit naître la désormais fameuse Collection Poisson Pilote, une autre institution des Éditions Dargaud. Et au sein de celle-ci, l’une des premières séries qui paraît est celle de l’Inspecteur Moroni.
Au début de sa carrière, Guy Delisle a déjà publié Shenzhen et travaille alors sur Pyongyang, tous deux à l’Association. Mais il se consacre entre les deux à une série qui va compter trois tomes, celui d’un improbable inspecteur de police, à la fois coincé et hypocondriaque, et surtout toujours à côté de la plaque.
Au milieu de ses malheurs (dont il est généralement inconscient), Moroni bénéficie de la chance du débutant : à force de partir dans tous les sens, il tape parfois juste, comme une horloge arrêtée qui donne l’heure exacte deux fois par jour. Il faut dire que notre inspecteur assez foireux, est tout de même aidé par sa mère qui s’installe chez lui, et par son chien... qui est un ancien flic du même commissariat !
Difficile de plus vous en dire sans dévoiler plus avant l’essence de cette trilogie, rassemblée pour le coup dans un volume simple et efficace. De quoi ravir ceux qui aiment les quiproquos, les héros pince-sans-rire et les allusions référencées, de Soda à Columbo.
Les 1001 bêtes de Leo
On n’a pas fini de vanter les qualités de l’auteur brésilien qui a su développer un univers sans pareil depuis 35 ans, salué depuis le début par Moebius comme une référence à la matière. Outre Bellatrix T.3 récemment paru, Dargaud publie deux autres ouvrages de Leo en cette fin d’année.
Tout d’abord, l’intégrale de Neptune qui précède le cycle de Bellatrix. Rappelez vous, Leo souhaitait une pagination plus dense pour ce diptyque, afin de doper son intrigue tout en maintenant son rythme de parution. Narrativement parlant, l’auteur rassemble ses deux héroïnes, Kim et Manon, dans un récit que l’on parfaitement lire à part si on a un peu oublié certains éléments de la saga... pour peu qu’on sache toujours ce qu’est une mantrisse bien entendu !
Trois ans après la fin du Retour sur Aldébaran, on retrouve donc Manon et Kim, alors que la Terre observe avec inquiétude l’arrivée d’un vaisseau spatial d’origine inconnue qui s’immobilise soudainement au-dessus de notre planète. L’ONU fait appel aux forces spéciales : Manon se retrouve engagée dans une mission périlleuse en compagnie d’une troupe d’élite qui les conduit jusqu’à la planète Neptune. Là se dissimule un autre vaisseau, immense et également d’origine extraterrestre, à bord duquel des humains semblent prisonniers.
La trame de son récit permet à Leo d’aborder des sujets assez nouveaux dans sa saga, comme le concept de vaisseau monde parti à la recherche d’une terre d’asile sans retour en arrière, l’enlèvement (supposé) des humains sur Terre, ainsi que la révolte d’un ordinateur contre les personnes qui l’ont créé. Des sujets qui ne sont pas franchement nouveaux, mais qui ont certainement favorisé l’attrait de Leo pour la science-fiction dans son enfance. D’ailleurs, il parvient à les intégrer d’une manière très fluide et finalement assez modernes, de quoi ouvrir de nouvelles portes pour le développement de sa saga dans le futur.
À nos yeux, le premier tome de Neptune était déjà une très belle réussite. Car le talentueux auteur était parvenu à différencier ce nouveau cycle par sa construction et sa présentation, tout en maintenant les ingrédients qui distinguent sa saga. Le second tome nous conforte dans notre opinion : ce diptyque convaincra tout autant les fans, mais constitue également une excellente porte d’entrée pour ceux qui n’auraient pas encore succombé aux charmes de son univers.
L’exploration continue avec Le Bestiaire des mondes d’Aldébaran, un magnifique ouvrage encyclopédique qui rassemble des dizaines de créatures que l’auteur-ingénieur a imaginé au cours de ces trente dernières années. Souvent aussi beaux que dangereux, la plupart d’entre eux disposent de qualités spéciales et surprenantes. De quoi donner l’envie à l’éthologue Olivier Le Moënne de tous les rassembler dans ce bestiaire, classés par planète. Rajoutons qu’un chapitre spécial se focalisent uniquement sur les mantrisses !
Diabolique coup de maître !
Enfin, et même si nous en avons déjà parlé dans notre précédent article Quels ouvrages offrir en 2025 à un collectionneur de BD qui a (presque) tout ?, nous ne pouvons que vous conseillez la magnifique monographie consacré à Edgar Jacobs et son Piège diabolique ! Un grand format qui fait entrer de plein pied dans l’un des plus foisonnants (et interpellants) récits de l’âge d’or, au point de se faire épingler par la commission de censure française en 1962. Une épreuve dont Jacobs ne se relèvera jamais totalement, comme l’indiquent les auteurs Eric Dubois & Thierry Bellefroid. Fauché net dans son élan par une commission qui trouve ses « dessins hideux » et qui craint surtout la vision anxiogène développée par son récit, l’un des plus talentueux auteurs de son époque va commencer à édulcorer sa prochaine histoire avant de tomber dans une dépression dont il ne se relèvera finalement jamais. Qui a vraiment cru que la bande dessinée était un art futile ou accessoire ?...
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Aux Éditions Dargaud, commander :
– Gotlib, Œuvre complète 1967
– Peanuts, every Sunday 1952-1955
– L’intégrale d’Inspecteur Moroni par Guy Delisle
– L’intégrale de Neptune par Leo
– Le Bestiaire des mondes d’Aldébaran
– Diabolique ! par Jacobs, Bellefroid et Dubois
9782205215281
Participez à la discussion