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Favori de la rédaction
11 mai 2026
Il y a plusieurs catégories de commentateurs de l’œuvre d’Hergé dont le domaine tourne autour de quelque 1000 titres de référence, si l’on en croit Olivier Roche, l’auteur de sa bibliographie la plus à jour. Un bon nombre reste dans périmètre de la passion-collection, d’autres sont de vrais livres d’historiens qui contextualisent l’œuvre et l’auteur dans son époque, d’autres enfin sont le travail de sémiologues plus ou moins lisibles.
Jean-Marie Apostolidès a de son côté profondément renouvelé les études sur Hergé en abordant Tintin non comme une simple série d’aventures, mais comme un mythe moderne révélateur des tensions psychologiques et historiques du XXe siècle. Dans Les Métamorphoses de Tintin (1984), il propose une lecture mêlant psychanalyse, anthropologie et histoire culturelle. Selon lui, l’œuvre reflète l’évolution intérieure d’Hergé : du moralisme rigide catholique de ses débuts vers une quête plus intime et spirituelle, notamment orientale, dans l’après-guerre. Apostolidès met en évidence le rôle « dionysiaque » du capitaine Haddock, symbole d’un désordre proprement humain face à un Tintin dont la pureté apollinienne s’affirme.
Il publia un autre ouvrage-clé en 2003 chez Moulinsart, qui se trouve repris dans ce volume : Hergé et le mythe du surenfant dans lequel il approfondit sa lecture psychanalytique et mythologique de l’œuvre d’Hergé en la contextualisant avec d’autres œuvres de l’auteur comme Jo, Zette et Jocko. Tintin incarne selon lui une figure de « surenfant » : un être resté éternellement jeune, pur, asexué, moralement exemplaire et quasiment détaché des contraintes ordinaires de la vie adulte.
Apostolidès montre comment cette figure s’est forgée dans l’Europe de l’entre-deux-guerres, nourrie à la fois par le scoutisme catholique, les mythes héroïques modernes et certaines conceptions de l’enfance comme âge de pureté absolue : Tintin ne grandit pas, n’a ni famille, ni sexualité, ni véritable vie privée. Il est une sorte d’icône morale.
Parmi d’autres ouvrages consacrés à Tintin, il esquisse ce schéma : tous ses protagonistes, le capitaine Haddock, la Castafiore ou de Tournesol offrent un univers peuplé de personnages imparfaits, bavards et bruyants comme une Tour de Babel, et donc profondément humains. Moins idéologique qu’à l’époque d’avant-guerre où il était sous l’influence des bons pères, le héros à la houpe devient avec le temps plus pragmatique, voire plus mélancolique. Apostolidès met en parallèle, dans Dans la peau de Tintin (Impressions nouvelle, 2010), les crises personnelles d’Hergé (nouvelle épouse, doutes créatifs…) et le désenchantement progressif de l’Europe et de ses empires coloniaux après la Seconde Guerre mondiale.
Dans Lettre à Hergé (Les Impressions nouvelles, 2013), il interroge la postérité de Tintin, notamment après son adaptation par Spielberg.
Au fil des ans, il publia un certain nombre d’articles, notamment dans la revue Les Amis d’Hergé, ou des interventions dans des colloques comme « Dans le ventre de la Licorne : l’organisation du monde de Tintin » qui sont repris dans ce recueil, Tintin dans tous ses états, un indispensable pour toute étude ou analyse à venir du maître de Bruxelles.
Par Didier PASAMONIK
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