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Évidemment, si vous êtes né au XXIe siècle, vous avez moins de chances de connaître Richard Peyzaret, alias F’murrr (1946-2018), qui fit les belles heures de Pilote et de (À Suivre), ces magazines — mon Dieu, des magazines de BD, qu’est-ce donc ? — où s’épanouissait son talent de graphiste élégant, de poète (Késaco ?), d’expérimentateur graphique et d’esthète.
Pourtant, dans le cadre du festival Formula Bula, qui se déroule à partir de cette semaine, voici un auteur qui entre (presque) au Panthéon, puisqu’il est exposé à la mairie du Ve arrondissement de Paris, sur la place des Grands-Hommes.
Un créateur qui ne manque pas d’R… (Pourquoi F’murrr avec trois « r » ?)
Le Fonds de dotation F’murrr au futur et la commissaire de l’exposition, Lucie Servin, n’ont pas été avares : quelque 200 œuvres sont présentées dans un parcours réparti sur deux étages. L’exposition a été inaugurée la semaine dernière.
Pourquoi F’murrr avec trois « r » ? Par allusion au Chat Murr d’E. T. A. Hoffmann, dont le nom aurait lui-même été inspiré par le ronronnement d’un chat. C’est ainsi que F’murrr signe ses premières planches dans Pilote, en dépit d’un correcteur qui lui supprimera un « r », une graphie maintenue sur tous ses albums et que les organisateurs ont décidé de corriger dans cette exposition.
Le Pilote des années 1970 est d’une créativité absolue. Mai 68 est passé par là et l’hebdomadaire d’Astérix et Obélix est devenu un champ d’expérimentation où s’ébrouent des personnalités comme Claire Bretécher, Gotlib, Mœbius, Druillet, Alexis, Fred, Mandryka, Reiser et bien d’autres. Tous arpentent les territoires de l’expérimentation, du dessin jeté venu de la presse avec Reiser, à la poésie surréaliste de Fred. Tardi et Bilal pointent leur nez. Un moment d’effervescence qui annonce les révolutions à venir.
La montée vers les alpages
Richard Peyzaret est parisien. Passé par l’École Duperré, il atterrit dans l’atelier du très classique Raymond Poïvet, où il rencontre Mandryka, qui l’introduit auprès de René Goscinny à Pilote. Il y produit ses premières planches pendant deux ans avant de publier la série qui le fera connaître : Le Génie des alpages, les histoires d’un troupeau de brebis comptant un seul mâle, Romuald, le bélier noir, sous la garde d’un berger plutôt rustique, de son remplaçant Athanase et de leur chien.
Cet univers contemplatif est l’occasion de planches parfois absurdes, voire absconses, où la poésie s’exprime avec splendeur. Nous ne sommes pas loin de Fred lorsque, d’un simple cri, la vallée se remplit d’échos et transforme la quiétude alpine en « rumeur citadine ».
Ce qui frappe chez F’murrr, c’est la perfection presque musicale de son trait, une poésie graphique qui s’exprime notamment dans cette série de six planches avec une avalanche de blanc où la montagne « confond ses blancs moutons », comme disait le poète, avec ceux de l’artiste.
La profusion des œuvres exposées permet également de découvrir ses qualités d’illustrateur et d’affichiste, mais aussi ses travaux plus « politiques », comme cette Jehanne d’Arque, alors que la « Pucelle d’Orléans » était devenue l’une des figures emblématiques du Front national, ou encore Le Char de l’État dérape sur le sentier de la guerre, une suite de récits qu’il concocte pour (À Suivre) et qui se déroule - sujet alors d’actualité - dans l’Afghanistan en guerre contre l’Union soviétique.
Cette exposition doit beaucoup au Fonds de dotation F’murrr au futur, animé notamment par Barbara Pescarel et Élisabeth Walter, qui se démènent pour faire connaître et préserver l’œuvre de cet auteur singulier de l’histoire de la bande dessinée française.
Par Didier PASAMONIK
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F’murrr, à la mairie du Ve arrondissement, place du Panthéon, du 17 septembre au 9 octobre : le "Génie de la Page" Exposition ouverte du lundi au dimanche de 10h00 à 17h00, le jeudi de 10h00 à 19h00, entrée libre.
L’expo contient plus de 200 œuvres originales : planches, esquisses, carnets et dessins de F’murrr provenant de collections privées, avec le soutien du fonds de dotation F’murrr au futur.
Jeudi 24 septembre à 18h à la mairie du 5e, salle Capitan : Thérèse Willer, conservatrice honoraire du musée Tomi Ungerer- Centre international de l’Illustration à Strasbourg : conférence sur « F’murrr, un dessinateur engagé »
Vendredi 25 septembre à 15h au festival de BD Formula Bula à Césure (anciennement Censier, 13 Rue Santeuil, 75005 Paris).
Table ronde : Elisabeth Walter, Barbara Pascarel et Alexandre Devaux (chargé de collection au département des estampes, BnF), parleront de "Conservation, numérisation, dation… Une montagne de planches et d’œuvres, on met ça où ?" : un auteur ou une autrice meurt et laisse des milliers de planches originales, des crayonnés, des lettres, d’objets. Qu’est-ce qu’on en fait ? La question est moins simple qu’il n’y paraît. Entre les héritiers qui cherchent à protéger une œuvre, les institutions qui ont les moyens de la conserver mais pas toujours de l’exposer, les éditeurs qui en détiennent parfois une partie sans le savoir, la vie d’une BD après la mort de l’artiste est semée d’embûches….
Une table ronde animée par Lucie Servin, et l’occasion pour vous de faire le tour du Festival Formula Bula (du 25 au 27 septembre). Cette année, le salon mettra l’accent sur la bande dessinée contemporaine finlandaise et bien d’autres auteurs.
Mardi 29 septembre à 16h à la mairie du 5e : visite commentée du "Génie de la page" à la mairie du 5e, par Lucie Servin, commissaire de l’exposition.
Samedi 3 octobre à 15h : visite commentée du "Génie de la page"à la mairie du 5ème, par Guillaume Lebaudy, spécialiste du pastoralisme et des pâturages F’murrrien.
Finissage le jeudi 8 octobre à 18h .
Photos : D. Pasamonik.
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