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Nous avons pu admirer de nos propres yeux le travail incroyable de ces deux titans. Entre les peintures inédites d’Emmanuel Lepage, peintre officiel de la Marine française, et un bon nombre de planches issues de ses albums, dont certaines ont directement été directement publiée par la maison d’édition de Daniel Maghen et les planches et les illustrations de Rossi, on ne sait plus où donner de la tête, partagé entre les tumultes de l’un et le regard apaisé de l’autre.
Chez le premier, de somptueux paysages alternent avec des bateaux pris dans des mers déchaînées. « Ô flots, que vous savez de lugubres histoires ! » dit le poète. Artiste-voyageur et carnettiste prodigieux, Lepage déploie toute l’étendue de son art dans d’époustouflantes illustrations à l’aquarelle, où paysages sauvages, flores et faunes se dévoilent et s’entremêlent. L’artiste fera prochainement l’objet d’une rétrospective complète à la galerie Daniel Maghen. On en bout d’impatience ! La galerie, d’une blancheur éclatante, fait admirablement ressortir ces paysages arrachés à l’imaginaire de leur créateur. Une cinquantaine de planches et d’illustrations reviennent ainsi sur le travail de l’élève et du maître.
Peu le savent mais Emmanuel Lepage fut effectivement l’élève de Christian Rossi durant sa jeunesse, ce dernier lui ayant transmis une partie de son savoir et les secrets de son style naturaliste incomparable.
D’un mur à l’autre, un dialogue se noue entre les deux artistes, un mince fil de similitudes reliant leurs univers. L’exposition permet de passer avec fluidité de l’un à l’autre, de l’écume à la poussière, de la majesté de l’océan aux grands espaces désertiques.
Christian Rossi, maître reconnu de la bande dessinée de western et lui-même apprenti de Jijé et de Giraud, reste comme ses prédécesseurs davantage attaché au réalisme classique de John Ford qu’au cinéma opératique et lyrique de Sergio Leone. L’auteur profite de la sortie de Comanche Trail (Ed. Casterman), suite directe de Golden West, pour nous livrer une nouvelle ode sur les vastes terres américaines. Une approche presque tellurique dans laquelle il renoue, à travers le personnage de Woan, jeune Apache banni de son clan et condamné à l’errance, avec une forme de balade méditative au cœur des amples déserts aux mille effets d’ocre.
La beauté rayonnante de ces planches suffocantes se marie, rassurez-vous, merveilleusement bien aux premiers frimas de l’automne.
Rossi est à l’aise dans ces formats amples qui le dégagent de la gangue du format restreint de la bande dessinée. On apprécie sa science du mouvement, ses chevaux semblant prêts à sortir du cadre pour galoper sur les murs.
Nous avons eu le privilège de discuter avec l’artiste, un sacré numéro ! Sa verve théâtrale nous a tout de suite emportés, véritable sacoche d’anecdotes aussi inépuisable que le sac de Marry Poppin’s.
Avec cette confrontation qui n’est pas un affrontement, la galerie Daniel Maghen nous propose une immersion totale dans les œuvres de deux poètes de l’image, dont les univers qui se répondent, se croisent et, surtout, nous remplissent l’esprit d’images inoubliables.
Par Sévan DUDOGNON
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Photos : Kelian Nguyen
Reportage : Sevan Dudognon, Kelian Nguyen
Montage vidéo et audio : Sevan Dudognon