Très bon
19 novembre 2024
« André Juillard a mis un point d’honneur à terminer cet album dans les délais, écrit son éditeur Yves Schlirf dans le dossier de presse. Il nous a d’abord envoyé 55 planches en septembre 2023, ce qui nous a permis de lancer la mise en couleurs, puis les 7 dernières planches sont arrivées en avril dernier. Il n’a jamais été en retard. »
On a un pincement au cœur en lisant ce dernier album. Juillard y retrouve le trait de La Machination Voronov (1999), le premier des huit albums qu’il consacra au duo britannique, toujours sur scénario d’Yves Sente, un peu comme s’il tenait à nous dire adieu avec panache.
Il faut dire qu’Yves Sente renoue avec les fondamentaux jacobsiens : un décor : la Cornouaille ; un complot : des indépendantistes corniques contre le gouvernement de Londres ; une invention : une taupe-excavatrice conçue par le professeur Mortimer ; une légende : rien moins que celle du roi Arthur et d’Excalibur ; des souterrains et un méchant emblématique : Olrik himself ! Il y rajoute quelques éléments (notamment sur les migrants) qui ont une résonnance contemporaine.
Les héros y sont de leurs rôles respectifs : savant / inventeur pour Mortimer, cadre du MI5 pour le Captain Blake. Si le rythme est excellent et si les dialogues percutent avec fluidité, l’argument du récit est téléphoné au possible et répète un schéma de chasse au trésor passablement éculé. Ce qui sauve, c’est qu’il y a dans cette naïveté quelque chose de jacobsien, ce que Juillard magnifie par son dessin.
Sente s’est amusé à multiplier les clins d’œil aux autres albums de la série (La Marque jaune…) ou encore en empruntant une scène -Celle du curé et de sa statue- à La Voiture immergée de Maurice Tillieux et à d’autres sources littéraires ou cinématographiques. Allusions un peu cryptiques.
On est étonné qu’Olrik sache piloter un Espadon et davantage par cet erreur historique relevée d’emblée par les spécialistes de l’antiquité (c’est le dessinateur d’Alix, Marc Jailloux qui nous l’a fait remarquer) : il est fait mention, planche 23, que les Corniques durent défendre chèrement leur peau en 43 après J.-C., « lorsque les légions de Jules César traversèrent la Manche et envahirent la Bretagne. » Jules César étant mort en 44 avant J.-C., l’erreur est patente : César n’ayant pas réussi à envahir l’île à deux reprises (on ne mentionne pas celle d’Astérix chez les Bretons), c’est l’empereur Claude qui la conquiert en 43 après J.-C. Une erreur qui sera sans doute corrigée dans les réimpressions et qui feront de cette édition un collector !
Saluons néanmoins la mémoire d’André Juillard qui a su partir discrètement en nous laissant ce cadeau.
De l’entrée « Archéologie-fiction » à « Z’ong » le savant venu d’un autre monde de L’Étrange Rendez-vous, avec bon nombre d’inédits passe en revue, dans « Blake et Mortimer, de A à Z » (Ed. La Martinière / Blake & Mortimer / Le Monde) tout l’univers de Blake et Mortimer dans un album bien écrit, très richement illustré par tous les auteurs de la série, de Edgar P. Jacobs à Peter Van Dongen. Une réalisation érudite et soignée qui est une bonne idée de cadeau pour les collectionneurs de votre entourage.
Par Didier PASAMONIK
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