Excellent
2 janvier 2026
Tout commence par un accident de voiture comme il y en a des milliers chaque année sur nos routes. Un père et sa fille sont retrouvés dans leur véhicule encastré dans un arbre et emmenés dans un manoir tout proche. Par chance, leurs blessures sont minimes, mais le soulagement n’est que de courte durée : les habitants du manoir sont des animaux anthropomorphes qui, sous des airs de bons Samaritains, sont en réalité des monstres aussi impitoyables que... L’humanité !
Takuya Okada ne fait pas attendre le lecteur longtemps avant de présenter à nos deux rescapés, ainsi qu’au public, l’étendue de l’horreur qui les attend : ces animaux sont éleveurs d’êtres humains ! Les étables, scindées par catégories qualitatives de viandes, sont remplies de pauvres âmes en peine qui vivent au rythme des heures de repas.
Il ne faut donc pas longtemps pour comprendre que le monde comme nous le connaissons, comme ce père et cette petite fille connaissaient, a pris une autre tournure. Horrible. Terrifiante. Voire même : gênante ! Car nous nous retrouvons face à l’inverse de ce que nous connaissons. L’auteur nous met d’emblée face à notre propre cruauté quand nos esprits remettent les pendules à l’heure que nous connaissons. Dans la réalité, nous sommes les bourreaux de ces créatures sans défense, enfermées dans des enclos industriels à les gaver, les terrifier et les tuer pour remplir nos assiettes.
Le parallèle ne s’arrête toutefois pas là. Après la mort du père, nous nous retrouvons avec un nouvel héros : un lynx anthropomorphe qu’on pourrait identifier à un Vegan en devenir. Avec sa liberté de mouvements bien différente de celle de ce pauvre père avec sa fille, on découvre tous les travers qui sont, finalement, également les nôtres : humains de compagnie, gaspillage alimentaire... et même déviance. Autant dire que ce premier tome de la série se veut choc !
Avec un style graphisme réaliste et ô combien expressif, Takuya Okada nous offre une vision apocalyptique de ce que serait nos vies dans un monde inversé. Un premier volet qui aurait pu être un one shot percutant mais qui, avec les secrets dévoilés en fin d’album, promettent d’ores et déjà plus d’une déconvenue. Les visages d’horreur qui se retrouvent dans chaque planche sont le reflet de nos visages effarés face à cette réalité et ce qu’elle a de plus glauque à offrir.
Par Marc VANDERMEER
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Animal Human T.1. Auteur : Takuya Okada. Editeur : Mangetsu. 208 pages. Sortie : le 1er octobre 2025. Prix : 9,95 euros.