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L’Histoire de la BD en bande dessinée de Daniel Casanave, Benoist Simmat et Christian Lerolle : un exploit graphique [PODCAST]

Par Didier PASAMONIK 2 octobre 2026 
Les Arènes, que l’on connaît notamment pour sa collection de livres d’histoire en bande dessinée consacrés à la littérature française, à la bière, à l’automobile, etc., s’intéressent cette fois à… la bande dessinée. Le journaliste et scénariste Benoist Simmat, le dessinateur Daniel Casanave et le coloriste Christian Lerolle ont relevé le défi, et il est colossal : comment faire tenir l’ensemble de l’histoire de la bande dessinée, à travers toutes les époques et tous les continents, dans… une BD ?

Dès la création des premiers clubs de bande dessinée en France et en Belgique dans les années 1960, fondés sur le modèle des ciné-clubs, s’est manifestée la volonté de construire une histoire du médium. Les pionniers ont pour noms Pierre Couperie, Francis Lacassin, Claude Moliterni, Maurice Horn, André Leborgne, suivis par bien d’autres, comme Jacques Glénat, Numa Sadoul, François Rivière ou encore Henri Filippini, et toute une cohorte de passionnés gravitant autour de revues comme Giff-Wiff, Phénix ou Les Cahiers de la bande dessinée.

On se souvient notamment de l’ouvrage de Gérard Blanchard, publié chez Marabout Université au début des années 1970, intitulé Histoire de la bande dessinée - Une histoire des histoires en images de la préhistoire à nos jours. Mazette, depuis la préhistoire ? Oui, en passant par la colonne Trajane et jusqu’à la tapisserie de Bayeux. Le besoin de légitimité de l’étude des « illustrés » passait alors par une ambition de « toutisme ».

Un auteur comme Claude Moliterni dirigea ainsi des ouvrages tels que L’Encyclopédie de la bande dessinée (1974, inachevée), Histoire mondiale de la bande dessinée (1990) ou encore Le Larousse de la BD. Ces premiers travaux étaient souvent ceux de fans et relayaient parfois des histoires controuvées ainsi que les préjugés de leur époque. Ainsi, dans le Que sais-je ? consacré à la bande dessinée en 1975, mon amie Annie Baron-Carvais ignorait complètement l’univers gigantesque des mangas. Elle n’était pas la seule…

Avec le temps, la connaissance de la BD s’est affinée. Des auteurs et chercheurs comme Benoît Peeters, Thierry Groensteen, Thierry Smolderen, Christelle Pissavy-Yvernault et Bertrand Pissavy-Yvernault, ou encore Philippe Goddin, ont mené d’importants travaux de recherche s’appuyant sur des fonds d’archives sérieux et conséquents. Il reste néanmoins des angles morts : l’imagerie populaire, comme les images d’Épinal, et des territoires entiers de l’histoire de la bande dessinée demeurent ignorés, voire méprisés.

Faire démarrer la bande dessinée avec Rodolphe Töpffer, sous prétexte qu’il en serait le premier théoricien, me semble ainsi sujet à caution. Cette doxa historique paraît pourtant s’être largement imposée, jusqu’à ce que d’autres travaux viennent, peut-être, remettre en question ce syncrétisme.

« Un nouveau langage »

Töpffer constitue précisément le point de départ du premier chapitre de l’ouvrage, placé sous le signe d’« un nouveau langage ». On convoque l’habituelle caution de Goethe, qui fut l’un des premiers à célébrer l’artiste genevois, tandis que s’égrènent les noms, parfois méconnus, de Cham, Gustave Doré, Wilhelm Busch, Charles H. Ross, Marie Duval ou Christophe, sans oublier des éditeurs comme Charles Philipon, Gabriel Aubert ou Pierre-Jules Hetzel.

Des « aventuriers des premières cases » à la contre-culture des années 1960, en passant par le « miracle belge », les super-héros, les mangas, pas oubliés cette fois et sérieusement documentés, et la « ballade des fumetti » de la bande dessinée italienne, c’est une masse considérable d’informations sur la bande dessinée mondiale qui est brassée dans cet ouvrage, avec l’appui de sources sérieuses.

Casanave, virtuose du pastiche

Mais la véritable vertu de ce travail de titan réside dans le dessin. Souvent, les livres d’histoire se contentent d’une vague vignette, voire d’une page témoin du travail des auteurs évoqués. Ici, Daniel Casanave entre dans l’univers graphique des artistes convoqués, dessinant souvent leurs personnages et reprenant peu ou prou leur manière, sans pour autant oblitérer son propre style. La prouesse est étonnante.

Des sortes d’« arbres généalogiques » viennent en outre ponctuer les chapitres. Ils permettent de mieux appréhender une histoire qui, sans ces respirations, pourrait rapidement tourner à l’épuisant « name dropping ».

Cette histoire, certes perfectible, constitue une magnifique introduction à l’histoire du 9e art. On peut l’offrir sans grand risque d’impair aussi bien à un connaisseur du sujet, qui s’amusera de cette galerie de portraits et d’anecdotes, qu’à un néophyte, qui découvrira d’un premier coup d’œil l’incroyable richesse de ce que notre époque désigne volontiers comme une « pop culture ».

Daniel Casanave et Benoist Simmat vous en parlent dans ce podcast.

Par Didier PASAMONIK

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Code EAN : 9791037516619
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