Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Excellent
11 novembre 2024
Pourquoi peut-on qualifier le lancement de ces Coulisses de l’œuvre d’événement exceptionnel ? Primo parce que si de nombreux d’ouvrages sont publiés chaque année autour de Tintin et d’Hergé, ceux validés (et donc co-édités) par le gardien du temple Nick Rodwell et Tintinimaginatio peuvent presque se compter sur les doigts d’une main. Or, la maison d’édition détentrice des droits de l’oeuvre d’Hergé reste inflexible concernant l’utilisation des illustrations du maître. La parution d’une nouvelle collection nous assure donc de profiter d’ouvrages richement illustrés, tirés directement des archives d’Hergé et très minutieusement reproduites.
Deuxio, le rédacteur de ces volumes, d’une centaine de pages chacun, est Philippe Goddin, certainement l’hergéologue de référence au sein du staff de Tintinimaginatio. On ne présente plus cet ancien professeur, auteur d’ouvrages sur la bande dessinée depuis près de 45 ans. Secrétaire général de la Fondation Hergé pendant plus de dix ans, il a surtout écrit de nombreux ouvrages au sujet du créateur de Tintin, à commencer par l’imposante Chronologie d’une œuvre, qui reste jusqu’à maintenant la référence dans le domaine. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le nom de cette nouvelle collection s’apparente à ce précédent titre.
Par la suite, Goddin a réalisé d’autres ouvrages commentant les planches de certains albums de Tintin. Plus récemment, nous avions signalé les trois excellentes monographies qu’il avait respectivement consacrées à Tintin au Pays des Soviets, Tintin au Congo et Tintin en Amérique. Une succession d’ouvrages fouillés et brillants qui laissait présager une suite progressive de cette analyse, comme nous le mentionnait à notre micro l’hergéologue lui-même : « J’avais en tête l’idée de commencer une collection de ce type, et cela s’est finalement imposé naturellement. Si tout le monde est content de ces albums, je serai bien entendu heureux de continuer, car il y a encore beaucoup à dire sur chacun des albums d’Hergé ! Vous ne serez pas étonné si je vous dis que, pour certains d’entre eux, je dispose d’informations inédites… » Et c’est finalement au sein de l’association Prisma/Tintinimaginatio que celle-ci vient émerger, au rythme d’un volume tous les deux mois, ce qui démontre l’impressionnant travail qu’a dû réaliser Goddin, auquel d’autres membres de l’équipe devraient s’adjoindre.
.
Tertio, cette collaboration entre les deux éditeurs nous a déjà montré toute sa qualité avec le mook trimestriel Tintin c’est l’aventure. Chaque nouveau numéro fait la démonstration du parfait équilibre des apports entre les deux partenaires. Reportages, analyses, invités... le professionnalisme de deux équipes se construit sur une communauté d’intérêt : Prisma profite de la notoriété de Tintin et de la publication de documents rares ou inédits tirés des archives d’Hergé ; et de son côté, Tintinimaginatio bénéficie de la qualité du fonds photographique et de la force du réseau de distribution et de vente de Prisma, afin de continuer à toucher le grand public en librairie, mais aussi en kiosque.
Enfin, il faut saluer l’ambition du projet, à savoir publier un ouvrage documentaire d’une centaine de pages tous les deux mois, histoire de couvrir l’ensemble des vingt-trois albums de la série Tintin. Un rendez-vous pris avec le lecteur pour une durée de quatre ans jusqu’en 2028, qui devrait s’apparenter à un succès, vu la qualité du premier opus. Rajoutons que l’objectif de la collection n’est pas uniquement d’analyser les albums du reporter à la houppe, mais aussi de traiter également d’Hergé, son indissociable créateur, comme l’indique si justement le sous-titre de la collection : « Tintin+Hergé ».
Première sortie : Tintin au pays des Soviets
En feuilletant ce premier opus, on est tout d’abord frappé par la qualité de la fabrication et de la maquette. Le format carré de 25,5 cm se distingue par une très bonne prise en main. Les cahiers cousus et la solidité du dos autorisent une ouverture complète de l’ouvrage qui permettent d’admirer complètement les très grands agrandissements de cases ou de strips sans être gêné par le pli de lecture. Et c’est une réussite assez rare dans le domaine des divers artbooks qui fleurissent actuellement, et dont le prix permet rarement cet avantage. Reste à en analyser le contenu...
Avouons-le tout net, si nous félicitions de la parution de cette collection de 23 ouvrages pour les raisons précitées, nous craignions une bonne part de redite dans les trois premiers titres, vu que d’autres monographies sont sorties ces dernières années, ainsi que nous l’avons évoqué ci-dessus. Cette crainte s’avère heureusement infondée parce que Philippe Goddin ne se limite pas uniquement à commenter l’album de Tintin en soi, mais évoque le contexte de la vie d’Hergé et de son évolution, sans trop déborder non plus, car il ne s’agit pas d’une biographie.
L’entame réintroduit rapidement les débuts d’Hergé : le scoutisme, Totor, Le Petit Vingtième avant d’aborder rapidement l’album à proprement parler. La mise en page est très équilibrée, multipliant les documents (photos, planches, croquis tirés des archives, dessins pour d’autres publications, etc.) et les textes bien introduits par les intertitres, proposent une lecture où l’on peut picorer au gré de ses envies.
Nous ne sommes pas allés jusqu’à comparer chaque paragraphe de cette nouveauté avec le précédent Hergé, Tintin et les Soviets, mais nous faisons confiance à l’équipe de son éditeur Didier Platteau et à la passion et à la probité de Philippe Goddin qui nous explique à chacune de nos rencontres qu’il continue à affiner son analyse de l’œuvre d’Hergé. Chercheur inlassable, il a donc fouillé dans les archives, les documents et la vie d’Hergé, pour une collection qui s’annonce sans doute comme le point d’orgue de sa carrière.
Beaucoup d’incontournables sont bien entendu dispensés car la ligne éditoriale est tout de même d’offrir un contenu accessible à un large public. Ce qui n’empêche pas Goddin de placer des éléments moins connus, telles les trois planches réalisées en 1929 par Hergé et qui épinglaient le parlementaire socialiste belge Schinler. Des extraits éclairants à plus d’un titre car ils montrent le travail d’Hergé sur des gags d’une manière bien différente de celle des futurs Quick et Flupke, et cela rejoint l’esprit du contexte de publication des Soviets, à savoir une commande d’un journal catholique très à droite pressé de brocarder les Bolchéviques, les « Rouges »
Ces nombreux documents assortis d’intéressants éclairages donnent tout leur intérêt à ce premier opus, même si nous avons été un peu déçus par les nombreuses pages couleurs reprises de l’édition colorisée de 2017. Est-ce une volonté de viser le plus public le plus large possible, qui peine parfois à s’enthousiasmer pour le noir et blanc ? Ou une manière de promouvoir la stratégie de colorisation systématique lancée par Tintinimaginatio ? Au final, elles se cantonnent à la rubrique "Revue de détails". Les autres documents d’époque qui émaillent tout le reste de l’ouvrage, reproduits dans leur "jus", sauront cependant satisfaire les fans d’Hergé : de la naissance de Quick et Flupke aux diverses illustrations du Petit Vingtième en passant par des créations réalisées à titre privé.
Au final, le premier numéro de cette collection est une véritable réussite : pointu et accessible, plein de rédactionnel et superbement documenté. Il offre donc quelques heures de lecture qui permettent
de mieux relire dans la foulée l’album concerné. Au prix de 19,95 €, cette collection s’annonce d’ores et déjà comme un succès. Pour notre part, nous attendons impatiemment le tome 2 qui paraîtra en décembre et sera assez légitimement consacré à Tintin au Congo...
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Tintin+Hergé, Les Coulisses d’une œuvre : tome 1 Tintin au Pays des Soviets - Par Philippe Goddin - Tintinimaginatio/Prisma - 19,95 €
Concernant Philippe Goddin, lire nos précédents articles :
– Son analyse : « Dans "Hergé, Tintin et les Américains", j’analyse comment Hergé déconsidérerait les États-Unis »
– l’autre interview liée à sa monographie des Tribulations de Tintin au Congo : « Je ne cherche pas à disculper Hergé, mais dans son contexte, Tintin au Congo n’est pas un album raciste »
– Tintin au Pays des Soviets, le « laboratoire » d’Hergé analysé par Philippe Goddin
– une précédente interview : « Les deux tomes de “La Malédiction de Rascar Capac” ne s’adressent pas seulement aux spécialistes de Tintin et d’Hergé... »
– Tintin, Gil Jourdan... La bande dessinée commentée
– La vraie momie de Rascar Capac
– La véritable histoire de "Tintin et le Crabe aux pinces d’or"
– Goddin et Peeters contestent les propos d’Assouline sur la "brève paternité" d’Hergé
– Philippe Goddin : « J’espère avoir rendu Hergé attachant »
– Philippe Goddin explore les lignes de vie d’Hergé
– Philippe Goddin prépare une nouvelle biographie d’Hergé pour 2007
Toutes les illustrations, couvertures, pages et extraits sont : © Hergé, Tintinimaginatio/2024.
La photographie et les propos de Philippe Goddin sont : Charles-Louis Detournay. (pas d’utilisation sans accord préalable).
Participez à la discussion