En dix ans, la typologie des amateurs de bande dessinée n’a pas tant changé, nous avons toujours affaire à des esthètes qui connaissent sur le bout des doigts tout ce qui concerne leur passion. Car si Freud, lui-même collectionneur, considère que, comme l’avarice, la collection trouve son origine dans « une frustration de stade anal », elle a cependant à nos yeux la vertu d’être une connexion permanente avec la culture, et, grâce aux auteurs, une source perpétuelle de régénération de l’esprit. Une pratique vertueuse, enfin, car le collectionneur est le vrai conservateur du patrimoine qui fait passer les œuvres en les passant de génération en génération, bien avant que les musées s’y intéressent.
Les intégrales feront toujours plaisir aux collectionneurs complétistes, mais vérifiez d’abord qu’elles ne sont pas déjà dans la collection de la cible de votre générosité. Les intégrales ont de plus en plus un accompagnement critique de qualité, pourvu de nombreux inédits et d’analyses inédites. Il en existe aussi bien dans la bande dessinée franco-belge que dans le domaine du comics et, récemment, du manga. Elles sont souvent magnifiquement imprimées et façonnées et… chères. Mais le prix est souvent justifié par un tirage limité, ce qui en fait, dirait Picsou, un bon investissement.
Les éditions à tirage limité sont une autre source d’inspiration.. Certaines chaînes de librairies offrent des éditions alternatives à l’édition courante, CanalBD, BDfugue ou Fnac, mais aussi certains libraires spécialisés qui enrichissent l’offre d’un ex-libris signé de l’artiste. Certains de ces tirages valent aujourd’hui des fortunes, car ils sortent rarement des collections.
Piochez dans les valeurs sûres mais aussi hors des sentiers battus. Prenez conscience que l’édition alternative est par définition à tirage limité. Or, tous les grands noms de la BD du futur commencent dans ce genre de structure. Ayez confiance à votre œil, n’ayez, comme Jules Renard, « pas de goût mais un dégoût très sûr » et choisissez ce qui vous fait plaisir. Ce cadeau, bien qu’il soit destiné à quelqu’un que vous aimez ou que vous estimez, doit aussi être le vôtre.
Les livres savants et de référence sont une autre bonne idée. Le collectionneur adore, mais il a-do-re, savoir tout sur tout sur l’objet de sa passion. Il peut vous détailler les différentes versions de Tintin et le Lotus Bleu, celui avec ou sans grande image dans l’édition en noir et blanc, ou encore vous raconter la différence entre une première et une deuxième édition de La Bête est morte -avec ou sans truffe- de Calvo. Ceux qui décrochent le pompon, ce sont les tintinophiles. Plus de 700 ouvrages de référence au compteur avec des nouveautés à chaque saison. Et cette lancinante question : où les tintinologues vont-ils chercher tout cela ? On vous en reparle très prochainement.
La planche originale est en général une sorte de Graal de la collection. Il y en a qui ne sont accessibles qu’à des milliardaires saoudiens mais d’autres, ne sont vraiment pas chères, de moins de cent euros à quelques centaines. On en trouve sur pas mal de sites de vente en ligne -attention aux arnaques, les faux pullulent- mais aussi chez les galeristes, chez les auteurs eux-mêmes qui font des « commissions » à des prix tout-à-fait raisonnables. Cela fait désormais partie de leur modèle économique.
Ne rêvez pas : une « commission » d’Enki Bilal ou de Frank Miller vaut des milliers de dollars, s’ils ont envie d’en faire, mais il est de bons artisans, en France ou ailleurs, qui pour une somme raisonnable peuvent vous proposer des dessins épatants pour pas cher. On peut les contacter facilement sur Facebook ou sur Instagram. Respectez les artistes néanmoins : ils ne sont pas vos domestiques. Le mieux est encore de les laisser proposer des sujets qui leur ressemblent.
Et les mangas ? Ils cochent toutes les cases désormais : intégrales, éditions à tirage limité, livres savants, beaux livres et même originaux que l’on peut trouver en galerie, parfois même sous la forme de cellulos de dessins animés. Plusieurs galeries se sont ouvertes cette année et des ventes publiques spécialisées se multiplient.
Goodies et kitchies sont aussi de la partie. Certains objets inspirés d’univers de bande dessinée sont des œuvres d’art et s’envolent dans les ventes publiques. Là encore, il y en a pour tous les prix, et on n’est pas obligé de s’encombrer de gros objets : parfois, une petite figurine miniature, comme les pixies, peuvent combler un collectionneur de plaisir.
Bref, la bande dessinée, cet inventaire en est encore une preuve, c’est bien plus qu’une lecture. C’est -vous le savez depuis longtemps- un art de vivre.
Par Didier PASAMONIK
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