Rentrée 2024 : l’astre Tintin luit toujours

Par Didier PASAMONIK 28 août 2024 
Il en va des hommes comme des étoiles. Celles que l’on voit et qui se trouvent à des centaines d’années-lumière ont émis il y a parfois bien longtemps les rayons qui nous parviennent. C’est le cas de l’œuvre d’Hergé, dont l'âge approche le siècle et qui luit toujours avec une singulière intensité. Le corpus de ses commentaires approche les 700 volumes, preuve qu’en dépit de ce que nous annoncent les Pythies depuis quarante ans, alors que l’on célèbre cette année l’anniversaire des albums qui menèrent Tintin sur la Lune, l’émotion que procure l’œuvre d’Hergé nous atteint encore. On a trois nouveaux exemples en cette rentrée.

La diversité des thématiques abordées par Hergé, qui fait de son œuvre une véritable encyclopédie de son époque, est sans doute la première raison de cette longévité ; la deuxième est sa faculté pour faire reluire l’anecdote avec un insurpassable talent fait de clarté, d’intelligence et de probité. Hergé sait à qui il s’adresse : à un jeune lecteur, et il partage avec lui l’émerveillement d’apprendre. Là est sa pierre philosophale : son regard d’enfant.

Témoin de ce fameux fétiche Arumbaya sur lequel se penche avec intelligence Patrice Guérin dans Hergé face à son fétiche : Allers-retours entre réalité et fiction paraît le 4 septembre prochain. Derrière cet objet, on parle de civilisation, d’histoire, d’archéologie, de musée et d’une œuvre dérobée. Et comme on est dans les années 1930 au moment de sa conception, il y a l’histoire culturelle de ces concepts : civilisation, histoire, archéologie, etc. qui est interrogée avec le regard d’aujourd’hui.

Faire reluire l’anecdote : avec ce mystérieux objet que l’on caractérise par son défaut - l’oreille cassée et son origine - cette Amérique du Sud est en pleines révolutions dans les années 1930. Et puis le vol de l’oeuvre qui, comme celui de la Joconde, consacre sa célébrité.

Le fétiche dérobé

Guérin passe tout cela en revue, interrogeant les sources de cette statuette sans doute péruvienne. Ce regard pointu de tintinophile est toujours utile : on découvre une multitude de détails inaperçus à la lecture.

L’essai se termine par l’aventure de l’artefact du fétiche fabriqué pour une exposition, "Le Musée imaginaire de Tintin" à Bruxelles, en 1979, qui fut lui-même volé et retrouvé après de multiples rebondissements. Une méta-aventure qui prolonge l’aventure elle-même éclairée une fois encore par l’anecdote.

Hergé face à son fétiche : Allers-retours entre réalité et fiction – Par Patrice Guérin – Editions 1000 Sabords - Parution le 4 septembre 2024

L’appel de l’espace

Mais oui, c’était il y a 70 ans, en 1954. Hergé avançait de 15 ans la conquête de la Lune, réalisant dans son duo d’albums, Objectif Lune et On a marché sur la Lune, une synthèse des connaissances de l’époque en matière spatiale, prenant parfois sur certains sujets (l’alunissage de la fusée, la présence d’eau sur le satellite de la Terre…) des positions en avance sur son temps.

Martin Vanden Bossche, en compagnie de l’Agence spatiale européenne (ESA), revient sur les différents enjeux de cette fiction à l’aune des nouveaux challenges qui se présentent à l’humanité face au cosmos aujourd’hui. Elon Musk va adorer...

Tintin – L’Aventure de l’espace – Par Martin Vanden Bossche – Editions Geo / Moulinsart – Parution le 5 septembre 2024.

Les astres parfois se repèrent à leurs satellites, en particulier quand ils sont tapis dans l’ombre. En 1976, Alain Baran a été le secrétaire particulier d’Hergé et, dans les dernières années, alors que celui-ci était affecté par la maladie, le jeune homme avait été au cœur, quand il ne les a pas conduites, des dernières préoccupations d’Hergé à la fin de sa vie : La réalisation de Tintin et l’Alph-Art, les premières tractations pour un film avec Steven Spielberg, mais aussi au-delà : les conséquences du décès d’Hergé, la succession aux affaires de Fanny Remi, la seconde épouse d’Hergé convolant en justes noces quelques temps plus tard avec un certain… Nick Rodwell…

Baran est évidemment un témoin privilégié, mais aussi partie prenante de l’histoire. On n’échappera pas au plaidoyer Pro Domo de cet « homme de l’ombre ».

Mais comme le remarquait avec pertinence Jean Rostand : chaque nouveau trait de lumière ne fait que renforcer la profondeur de l’ombre…

Dans l’ombre d’Hergé : Les confidences du dernier secrétaire particulier de Georges Remi – Par Alain Baran et Grégoire Comhaire – Editons Racine – Parution le 3 octobre 2024

Par Didier PASAMONIK

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Code EAN : 9782810439201
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7 Messages :
  • Rentrée 2024 : l’astre Tintin luit toujours
    28 août 2024 10:40, par Julien

    Il y a 40 ans,les cahiers de la bande dessinée,par Thierry Groensteen :
    "Décidément, on en finira jamais avec Tintin..."

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    • Répondu par Alison Marcpelle le 28 août 2024 à  12:09 :

      c’est ce que j’allais écrire... y a pas de nouveautés dans le milieu de la BD que l’on pourrait mettre en avant ? non ? la nouvelle génération de lecteur en à le seum d’Hergé et de Tintin...

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      • Répondu par JuliusMassius le 31 août 2024 à  15:11 :

        Tintin fait partie du patrimoine de la bande dessinée et il y a tellement à écrire dessus. Des bandes dessinées qui sortent aujourd’hui, combien auront encore dans cent ans, des articles, thèses etc...? Ne généralisé pas votre seum de Tintin, certains jeunes l’apprécient

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    • Répondu par Gina Vanilla le 28 août 2024 à  17:29 :

      Oui, et le pire, c’est que la plupart de ces livres ne sont pas illustrés, puisque les moules-à-gaufres de Moulinsart veillent au grain, armés d’un bataillon d’avocats, hihihi !
      Enfin, plutôt bwerk, ces pratiques judiciaires ont causé bien des soucis à de simples amateurs passionnés (pas seulement des éditeurs, parfois des animateurs de sites internet gratuits). On peut confier les droits d’adaptation cinoche à Spielberg ou à Leconte, on devrait aussi pouvoir laisser les fans et chercheurs publier sans problèmes, dans un monde idéal qui n’existe pas, bien sûr !

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      • Répondu le 28 août 2024 à  22:04 :

        Si ces livres sont autorisés, ils peuvent très bien être illustrés. Mais c’est vrai que ça commence un peu à bien faire. Il faudrait un nouvel album pour relancer l’intérêt. Mais à part Floc’h, personne ne sait dessiner comme ça. Et ce serait une mauvaise idée. Tintin n’est pas Blake et Mortimer. Ni Corto Maltese qui survit à ses reprises. Et de toute façon c’est interdit.

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        • Répondu par denis le 29 août 2024 à  10:10 :

          Plutôt que de "survivre" médiocrement comme B&M et Corto Maltese, Gaston et j’en passe, il vaut mieux mourir au firmament, comme l’ont choisi heureusement Hergé et sa veuve.
          La bd retro est une affaire commerciale, Tintin c’est beaucoup plus que cela.

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          • Répondu le 29 août 2024 à  16:14 :

            Pas l’impression que Corto Maltese survive médiocrement… il y a de grandes expos constamment dans toute l’Europe et les reprises du personnage l’ont largement refait connaître en Espagne et en Italie où il était bien oublié. Et dans le genre marketing rétro, la gestion de Tintin par Moulinsart, c’est un peu le pompon.

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