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"Les Travailleurs de la mer", la nature, les dogmes et la gravure

Par Anna Blume Favori de la rédaction 25 décembre 2024 
Victor Hugo a rédigé « Les Travailleurs de la mer » dans le cadre insulaire de Guernesey en 1866 pendant son exil. Le fruit de quinze années à la marge, lequel synthétise avec justesse une pensée initiée des années auparavant. Des anankés funestes et des luttes sempiternelles que le dessinateur Michel Durand s’est appropriés en rendant hommage à la gravure des 19ᵉ et 20ᵉ siècles.

Roman fataliste, Les Travailleurs de la mer est à la nature ce que Notre-Dame de Paris est à la religion. La description d’un dogme profond et inaliénable auquel chaque individu doit se confronter pour espérer pouvoir un jour se transcender.

Nous retrouvons le personnage du pêcheur Gilliat, l’amoureux transi, victime d’un désir qui le poussera dans ses retranchements pour parvenir à son objectif, et conquérir Déruchette, promise par son père à celui qui sauvera des flots le moteur de La Durande, steamer ayant fait naufrage dans la Manche.

Ce texte décrivant l’idylle désenchantée d’un paria rêveur, est introduit comme suit :
« Je dédie ce livre au rocher d’hospitalité et de liberté, à ce coin de vieille terre normande où vit le noble petit peuple de la mer, à l’île de Guernesey, sévère et douce, mon asile actuel, mon tombeau probable. »

"Les Travailleurs de la mer", la nature, les dogmes et la gravure
Michel Durand © Glénat

Exercice complexe et difficile que de transposer un classique aussi important sur lequel autant d’illustrateurs se sont rompus à commencer par Hugo lui-même, avec ses lavis sépia, bien connus du grand public désormais. De Franklin Booth à Gustave Doré en passant par François-Nicolas Chifflart (dont les gravures sont peut-être les plus emblématiques dans nos imaginaires quand on songe à ce roman), Michel Durand a choisi de ne surtout pas négliger ce patrimoine fécond pour embrasser une technique à la plume s’inscrivant dans la continuité de ses pères. Il a ainsi opté pour des compositions lyriques grandioses, qui ne sont pas sans rappeler les hachures éthérées de Bernie Wrightson. Faisant fi des gaufriers et des contours, l’on découvre des images à fonds perdus, nerveuses, qui correspondent exactement à cette ère de la révolution industrielle, cadre idoine du roman de Victor Hugo.

Octopus © Victor Hugo

Doté d’une fabrication généreuse inspirée par Hetzel, cet ouvrage grand format permet d’appréhender la richesse des planches de l’auteur qui restitue parfaitement le caractère nébuleux de ce texte. De ces paysages hallucinés, instiguant le souffle des éléments, aux personnages typiques du siècle, il attrape la réelle substance de ce qui définissait ce temps définitivement révolu, entre espoir et résignation.

Plus précisément, il parvient à distiller la dualité caractéristique de cette histoire, entre la nature et l’industrie. Le protagoniste principal se retrouvant en permanence en proie avec ces conflits respectifs, que ce soit lorsqu’il se confronte à l’avidité du Mess Lethierry ou à la pieuvre géante rôdant autour de la Durande.

Sous les apparences d’un drame héroïque anodin, l’auteur, et de facto, le dessinateur, invitent le lecteur à une réflexion beaucoup plus profonde sur les déterminismes et l’idée qu’il est finalement très difficile de s’affranchir de nos conditions (sociale, émotionnelle, physique…) pour accéder aux idéaux qui pourraient nous correspondre.

C’est en ça que cette adaptation est réussie. Elle parvient, fidèlement, à faire la synthèse de ces ambivalences en brossant à la fois des personnages identifiés tout en rendant hommage au territoire, à la terre, à l’heure du progrès technique tels que Hugo a souhaité les raconter. L’exil demeure bien sûr prégnant, et l’on comprend bien que le dessinateur n’a pu se contenter de plonger avec cœur dans le texte, mais bien qu’il se soit documenté abondamment de manière à connaître l’intention derrière ce roman et pénétrer dans la psyché de son auteur.

Michel Durand © Glénat

Par Anna Blume

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Code EAN : 9782344047033

Les Travailleurs de la mer - Michel Durand d’après Victor Hugo - ed. Glénat
152 pages
Sortie le 16 octobre 2024

SÉLECTION OFFICIELLE - 52E ÉDITION DU FIBD

Glénat ✏️ Michel Durand Adaptation littéraire
 
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3 Messages :
  • "Les Travailleurs de la mer", la nature, les dogmes et la gravure
    25 décembre 2024 18:42, par Gina Vanilla

    Il a l’air magnifique, cet album de Durand adapté de Victor Hugo !
    En plus si j’ai lu Notre-Dame de Paris et les Misérables (que je connais par coeur, trop de films !), je n’ai jamais lu le roman à la base de cette BD, donc je pourrais bien me faire tenter. Il y a quarante ans environ, Tardi avait déjà rendu hommage aux graveurs de Hetzel avec son Démon des glâces !

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    • Répondu le 25 décembre 2024 à  20:25 :

      Il ne suffit pas de faire des tas de petits traits pour que ça soit de la gravure.

      Répondre à ce message

      • Répondu le 25 décembre 2024 à  23:35 :

        Il y a toujours un gardien d’un temple quelconque pour venir ici poser son petit aphorisme désapprobateur de son cru. On ne croit pas une seconde que le dessinateur prétende ici faire de la gravure, il fait seulement ce qu’on appelle une citation, une référence à un temps révolu, une license artistique couramment pratiquée, en somme.

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